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Quelle est l'origine de l'expression « Three score and ten » ?

La signification de l'expression

« Three score and ten » désigne la durée de vie humaine estimée à soixante-dix ans.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Un « score » vaut vingt, donc « threescore » vaut soixante et « three score and ten » vaut soixante-dix. L’expression désigne une vie humaine de soixante-dix ans, et elle vient du Psaume 90 :10, que la King James Version de 1611 traduit par « The days of our years are threescore years and ten » (les jours de nos années sont de trois vingtaines et dix). Le mot « score » pour désigner vingt est bien plus ancien que ce verset, et en anglais moderne il ne survit guère qu’ici et dans le « fourscore » (quatre-vingts) du discours de Gettysburg de Lincoln.

Quelle est l’origine de l’expression « Three score and ten » ?

« Threescore » servait autrefois à désigner soixante, tout comme on emploie encore une douzaine pour douze, ou parfois un « score » pour vingt.

Si « score » signifie vingt, c’est en raison d’une ancienne méthode de comptage. Etymonline fait remonter le mot au vieil anglais tardif « scoru » et au vieux norrois « skor », une encoche ou une marque, et explique le procédé : « The notion probably is of counting large numbers (of a passing flock of sheep, etc.) by making a notch in a stick for each 20 » (l’idée est probablement de compter de grands nombres, par exemple un troupeau de moutons qui passe, en faisant une encoche sur un bâton pour chaque groupe de vingt). Selon cette explication, une encoche représentait vingt bêtes, et l’encoche a donné son nom au nombre lui-même. Le calcul de l’expression est donc trois fois vingt plus dix, soit soixante-dix.

L’usage de « threescore » pour désigner soixante a depuis longtemps disparu, mais il subsiste dans cette expression. On trouve « threescore » dès 1388 au moins, comme dans ce passage de la Bible de John Wyclif, Lévitique 12, à cette date :

“Thre scoor and sixe daies.” [Trois vingtaines et six jours.]

Le verset est Lévitique 12 :5, et le texte de Wycliffe donné sur Wikisource complète la phrase ainsi : « thre scoor and sixe daies sche schal dwelle in the blood of her clensyng » (elle demeurera trente-six jours dans le sang de sa purification). À cette époque, « threescore » était un simple chiffre, non une tournure archaïque. Etymonline date son équivalent « fourscore » (quatre-vingts) du milieu du XIIIe siècle, note que « Middle English also had threescore ‘sixty,’ etc. » (le moyen anglais avait aussi « threescore » pour soixante, etc.), et ne le qualifie d’archaïque qu’à l’époque où Lincoln l’emploie à Gettysburg en 1863.

La Bible emploie de nombreuses fois « threescore ». La plupart du temps, il s’agit simplement du nombre soixante, comme ici :

“…threescore and ten bullocks, an hundred rams, and two hundred lambs: all these were for a burnt offering to the Lord.” […soixante-dix taureaux, cent béliers et deux cents agneaux : tout cela en holocauste pour l’Éternel.]

C’est 2 Chroniques 29 :32, où le chiffre ne fait que compter : « threescore and ten » taureaux signifie soixante-dix bêtes.

Un emploi renvoie à la durée de notre vie, dans les Psaumes 90 :

The days of our years are threescore years and ten; and if by reason of strength they be fourscore years, yet is their strength labor and sorrow; for it is soon cut off, and we fly away. [Les jours de nos années sont de soixante-dix ans, et pour les plus vigoureux de quatre-vingts ans ; et l’orgueil qu’on en tire n’est que peine et misère, car il passe vite et nous nous envolons.]

C’est le Psaume 90 :10, et le « fourscore » du deuxième vers désigne quatre-vingts, la limite extrême accordée à une vie d’une force exceptionnelle. Ce calcul est antérieur en anglais à la King James Version. La Bible de Genève de 1599, la traduction que la plupart des lecteurs anglais connaissaient auparavant, disait déjà : « The time of our life is threescore years and ten, and if they be of strength, fourscore years » (le temps de notre vie est de soixante-dix ans, et pour les forts, quatre-vingts ans). C’est la formulation de la King James qui s’est imposée, et soixante-dix est resté depuis la limite d’usage, celle à laquelle on mesure le fait d’atteindre un âge vénérable.

Comme bien d’autres expressions bibliques, celle-ci a été reprise par Shakespeare. Dans Macbeth, en 1605, on lit :

Threescore and ten I can remember well: Within the volume of which time I have seen Hours dreadful and things strange; but this sore night Hath trifled former knowings. [Je me souviens bien de soixante-dix années : durant ce laps de temps j’ai vu des heures effroyables et des choses étranges ; mais cette nuit funeste a rendu dérisoire tout ce que je savais.]

Celui qui parle est le Vieillard de l’acte 2, scène 4, s’entretenant avec Ross devant le château de Macbeth au matin du meurtre de Duncan ; le texte de la Folger Shakespeare Library ouvre sa tirade par « Threescore and ten I can remember well ». Rien, dans ses soixante-dix années de souvenirs, n’égale la nuit qui vient de s’écouler.

Fait curieux : bien que Shakespeare ait puisé de nombreuses expressions et images dans la Bible, le mot « Bible » lui-même n’apparaît dans aucune de ses pièces.