Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « You can lead a horse to water, but you can’t make it drink » ?
Les proverbes enrichissent une langue et définissent, dans une certaine mesure, une culture. On pourrait considérer que « You can lead a horse to water, but you can’t make it drink » résume l’état d’esprit des peuples anglophones mieux que tout autre dicton, puisqu’il semble être le plus ancien proverbe anglais encore en usage courant aujourd’hui. Il fut consigné dès 1175 dans les Old English Homilies :
Hwa is thet mei thet hors wettrien the him self nule drinken [qui peut donner à boire au cheval qui ne veut pas boire de lui-même ?]
D’autres proverbes prétendent au titre du plus ancien de la langue anglaise, par exemple :
A friend in need is a friend indeed. [un ami dans le besoin est un véritable ami] (milieu du XIe siècle en anglais, Ve siècle avant J.-C. en grec)
When the blind lead the blind, both shall fall into the ditch. [quand un aveugle guide un autre aveugle, tous deux tombent dans le fossé] (fin du IXe siècle en anglais, Bible, Évangile de Luc, chapitre 6)
Bien que ces expressions aient été prononcées en anglais avant « lead a horse to water… », elles proviennent d’une source grecque ou biblique et ne peuvent donc revendiquer une origine pleinement anglaise. À moins qu’elles n’aient tout simplement pas résisté à l’épreuve du temps, comme le proverbe du XIe siècle « full cup, steady hand » [une coupe pleine, une main sûre].
Le proverbe « lead a horse to water » est utilisé sans interruption depuis le XIIe siècle. John Heywood le recense dans son influent glossaire A Dialogue conteinyng the nomber in effect of all the Prouerbes in the Englishe tongue :
“A man maie well bring a horse to the water, But he can not make him drinke without he will.” [un homme peut bien amener un cheval à l’eau, mais il ne peut le faire boire s’il ne le veut pas]
L’expression apparaît également, sous diverses formes, dans la littérature au fil des siècles, par exemple dans la pièce Narcissus, publiée en 1602, d’auteur inconnu, sous-titrée A Twelfe Night merriment, played by youths of the parish at the College of Saint John the Baptist in Oxford :
Your parents have done what they coode, They can but bringe horse to the water brinke, But horse may choose whether that horse will drinke. [vos parents ont fait ce qu’ils pouvaient, ils ne peuvent que mener le cheval au bord de l’eau, mais c’est au cheval de choisir s’il boira]
Il fallut attendre le XXe siècle pour que « lead a horse to water… » connaisse une réécriture notable, lorsque Dorothy Parker le transforma, de sa forme proverbiale, en cette épigramme : « you can lead a horticulture, but you can’t make her think ».