Quelle est l'origine de cette expression ?
« The devil is in the details » signifie qu’un projet qui paraît simple et séduisant dans ses grandes lignes dissimule ses véritables difficultés dans les petits détails, et que c’est précisément là qu’il risque d’échouer. Cette formule est l’inversion d’un dicton allemand plus ancien, « Der liebe Gott steckt im Detail », c’est à dire « Dieu est dans le détail », dont la première trace datée est l’annonce d’un séminaire tenu à Hambourg en novembre 1925. La version anglaise avec le diable est beaucoup plus récente et appartient à la seconde moitié du vingtième siècle.
Quelle est l’origine de l’expression « The devil is in the details » ?
L’origine du proverbe « the devil is in the details » est souvent attribuée à l’architecte germano-américain Ludwig Mies Van Der Rohe. Il s’agit presque certainement d’une erreur d’attribution. L’expression dérive en réalité d’un proverbe allemand antérieur, « Der liebe Gott steckt im Detail », que l’on traduit par « Dieu est dans le détail ». Mies Van Der Rohe est lui aussi associé à cette forme plus ancienne mais, s’il l’a peut-être employée, rien ne prouve qu’il en soit l’auteur.
On peut désormais dater cette forme allemande plus ancienne, et il s’agit d’une source documentaire plutôt que littéraire. Le Yale Book of Quotations, cité par son rédacteur Fred Shapiro sur le site Freakonomics en janvier 2010, fait remonter « Der liebe Gott steckt im Detail » à l’annonce d’un séminaire donné par l’historien de l’art Aby Warburg à l’université de Hambourg le 11 novembre 1925, retrouvée dans les archives du Warburg Institute à Londres. C’est la date la plus ancienne que le Yale Book of Quotations attribue à ce dicton, soit plus de quarante ans avant la mort de Mies Van Der Rohe.
Au cours de la migration de l’expression, un « s » a été ajouté : la forme la plus ancienne est habituellement « God is in the detail » (au singulier), tandis que la forme plus récente est le plus souvent « the devil is in the details » (au pluriel).
Le remplacement de Dieu par le diable s’est aussi produit en allemand, et plus tôt qu’en anglais. Le Redensarten-Index, dictionnaire allemand des expressions idiomatiques, recense « Der Teufel steckt im Detail » comme proverbe à part entière et, en citant le lexicographe spécialiste de l’argot Heinz Küpper, le date d’environ 1940.
« The devil is in the details » n’est entré dans l’usage courant que dans les années 1990 (Van Der Rohe est mort en 1969), et la citation la plus ancienne que j’ai trouvée dans un texte imprimé figure dans l’ouvrage de Richard Mayne consacré au fonctionnement de la Communauté européenne, The Community of Europe, paru en 1963 :
On the principle that ‘the devil is in the details’, what should have been a merely formal occasion developed into a debate about the Community’s official languages and the site of its headquarters. [Selon le principe que « le diable se cache dans les détails », ce qui aurait dû n’être qu’une occasion purement formelle s’est transformé en un débat sur les langues officielles de la Communauté et sur le lieu de son siège.]
Le Yale Book of Quotations donne une première attestation légèrement plus tardive pour la version anglaise du proverbe : The Times de Londres, le 9 juillet 1969. Cela fait six ans après Mayne, mais cela place tout de même la version avec le diable dans un journal national l’année même de la mort de Mies Van Der Rohe, soit deux décennies avant que l’expression ne devienne courante.
L’expression semble presque avoir été conçue pour les négociations entre pays de l’Union européenne, réputées pour leur attention labyrinthique et pointilleuse aux détails.
Le mot clé, dans les deux versions, porte déjà le sens recherché. Etymonline fait remonter « detail » en anglais à environ 1600 et le rattache à un mot d’ancien français désignant « un petit morceau ou une petite quantité », littéralement « une coupe en morceaux », le sens de « une partie individuelle, un élément particulier » apparaissant vers 1786. Selon cette étymologie, un détail est un fragment découpé d’un tout, et le proverbe s’applique aux plans conclus dans les grandes lignes puis fragmentés en clauses. Le même terrain est couvert par nitty-gritty et par l’avertissement selon lequel a chain is only as strong as its weakest link.