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Quelle est l'origine de l'expression « There's no such thing as a free lunch » ?

La signification de l'expression

Rien n'est jamais vraiment gratuit, quelqu'un finit toujours par payer, d'une manière ou d'une autre.

Quelle est l'origine de cette expression ?

L’expression est aussi connue sous l’acronyme de « there ain’t no such thing as a free lunch », soit TANSTAAFL.

Quelle est l’origine de l’expression « There’s no such thing as a free lunch » ?

Avant d’aborder l’origine de « there’s no such thing as a free lunch », il est utile de revenir à l’époque où les déjeuners étaient effectivement gratuits. L’expression free lunch était courante aux États-Unis, et dans une moindre mesure en Grande-Bretagne, à partir du milieu du XIXe siècle. Elle ne désignait pas des distributions de nourriture aux pauvres et aux affamés, mais bien la nourriture gratuite que les tenanciers de saloons américains offraient pour attirer les buveurs. Par exemple, cette publicité pour un saloon de Milwaukee, parue dans The Commercial Advertiser en juin 1850 :

At The Crescent… Can be found the choicest of Segars, Wines and Liquors… N. B. A free lunch every day at 11 o’clock will be served up.

[Au Crescent… on trouve les meilleurs cigares, vins et liqueurs… N.B. Un déjeuner gratuit sera servi tous les jours à 11 heures.]

Ces déjeuners gratuits, souvent des mets froids mais parfois des repas assez élaborés, étaient offerts à quiconque achetait à boire. Ce procédé déplaisait au mouvement de tempérance et fut critiqué pour la même raison que celle qui a présidé, au XXe siècle, à l’introduction de l’idée de TANSTAAFL dans la pensée économique : les clients des saloons finissaient toujours par payer la nourriture, dissimulée dans le prix des boissons qu’ils étaient obligés de consommer. Certains tenanciers furent même poursuivis pour publicité mensongère, le free lunch n’étant en réalité accessible qu’après paiement.

C’est dans ce contexte que les théoriciens de l’économie entrent en scène et que naît l’expression « there’s no such thing as a free lunch ». On ignore qui l’a inventée. Ce n’est certainement pas l’économiste Milton Friedman, pourtant très associé à cette formule. Économiste célèbre, lauréat du prix Nobel, ses théories monétaristes ont fortement influencé les administrations Reagan et Thatcher dans les années 1980 et 1990. Friedman était bien convaincu qu’il n’existe pas de déjeuner gratuit, et il publia d’ailleurs un livre portant ce titre en 1975, mais il n’était pas, et n’a jamais prétendu être, l’auteur de l’expression.

L’expression semble être née en réponse aux positions libertaires de Henry Wallace, vice-président des États-Unis de 1941 à 1945. Il publia un article dans The Atlantic Monthly dans lequel il proposait, pour l’après Seconde Guerre mondiale, un régime économique mondial garantissant des « normes minimales de nourriture, de vêtement et de logement » à tous les peuples, estimant que « si nous pouvons nous permettre des sommes colossales pour gagner la guerre, nous pouvons nous permettre d’investir tout ce qu’il faut pour gagner la paix ». Paul Mallon, journaliste à Washington, répondit à Wallace par un article critique, publié dans plusieurs journaux américains, dont The Lima News, en janvier 1942 :

Mr. Wallace neglects the fact that such a thing as a ‘free’ lunch never existed. Until man acquires the power of creation, someone will always have to pay for a free lunch.

[M. Wallace néglige le fait qu’un « déjeuner gratuit » n’a jamais existé. Tant que l’homme n’aura pas acquis le pouvoir de la création, quelqu’un devra toujours payer pour un déjeuner gratuit.]

La première occurrence exacte que j’aie pu trouver de l’expression « there’s no such thing as a free lunch » figure dans un éditorial du Long Beach Independent, en octobre 1943, qui évoque à nouveau Wallace :

Some people say there is no such thing as a free lunch, but you listen to a fireside chat from Washington, and the voice will tell you all about it, and how you can make something for nothing.

[Certains disent qu’il n’existe pas de déjeuner gratuit, mais écoutez une causerie au coin du feu venue de Washington, et la voix vous expliquera tout cela, et comment obtenir quelque chose pour rien.]

La version « there ain’t no such thing as a free lunch » est souvent réduite à l’acronyme TANSTAAFL. On l’associe largement à l’écrivain de science-fiction Robert Heinlein, qui l’employa à plusieurs reprises dans son roman de 1966 The Moon is a Harsh Mistress. Mais la création de l’acronyme lui est en réalité antérieure d’au moins un quart de siècle. La citation la plus ancienne que j’aie trouvée pour tanstaafl date d’octobre 1949, dans une critique de livre publiée dans plusieurs journaux américains, dont The Independent Record :

Now, our secret: Tanstaafl is mnemonic for “there ain’t no such thing as a free lunch.”

[Maintenant, notre secret : Tanstaafl est un moyen mnémotechnique pour « there ain’t no such thing as a free lunch ».]

Voir d’autres expressions nées aux États-Unis.