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Quelle est l'origine de l'expression « Stool pigeon » ?

La signification de l'expression

Un « stool pigeon » est un indicateur, en particulier un criminel qui renseigne la police.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Un « stool pigeon » est un indicateur, en particulier un criminel qui livre des informations à la police. Le nom vient de l’oiseau leurre de la chasse américaine, un pigeon attaché à un tabouret ou à un perchoir pour attirer d’autres oiseaux à portée de tir. Le terme est américain et apparaît à l’écrit dès 1806 ; le sens d’indicateur suit dans les années 1830.

Quelle est l’origine de l’expression « Stool pigeon » ?

Etymonline et le Green’s Dictionary of Slang s’accordent à dire que cette expression vient de la pratique de chasse consistant à fixer un pigeon mort ou factice sur un tabouret pour servir de leurre et attirer d’autres oiseaux.

On ne sait pas exactement de quel « tabouret » il s’agissait. Ce n’était certainement pas le siège à trois pieds que nous connaissons aujourd’hui, mais l’un des nombreux autres sens du mot anglais « stool ». Au XVIe siècle, un « stoale » désignait la base d’un arbre, ce que nous appellerions aujourd’hui une souche, un endroit tout indiqué pour poser un oiseau leurre. Il est aussi possible que « stool » dérive d’« estale », un ancien mot français désignant un pigeon utilisé pour attirer un faucon dans un filet. Il n’y a pas loin d’« estale pigeon » à « stool pigeon ».

Etymonline formule la même idée plus simplement, considérant le « stool » comme « le poteau ou perchoir mobile auquel un pigeon était attaché pour attirer les oiseaux sauvages ». Le site place à côté de cette hypothèse sur « estale » un mot apparenté, « stall », qui désigne un oiseau leurre dès environ 1500, en particulier « un pigeon utilisé pour attirer un faucon dans le filet ». Etymonline admet que le tabouret ait pu être le dispositif d’origine, mais pense que les deux mots ont pu converger.

Tout cela semble assez simple, sauf que le terme « stool pigeon », ou « stoolie », n’apparaît à l’écrit qu’au XIXe siècle, et dans un tout autre contexte. Il est d’abord employé dans des publications américaines et désigne des criminels qui entraînaient d’autres personnes dans le crime, et non des oiseaux leurres. Le plus ancien exemple que j’ai pu trouver date de mai 1816, dans le journal de Gettysburg The Adams Centinel, dans un article sur des fabricants de faux papiers, autrement dit des faux-monnayeurs. Malheureusement, la mauvaise qualité d’impression du journal rend le contexte difficile à lire dans son intégralité, mais on y décrit quelqu’un impliqué dans l’écoulement de faux billets comme un « procuror or stool pigeon » (« procureur ou stool pigeon »).

Le Green’s Dictionary of Slang remonte une décennie plus tôt, jusqu’au Evening Post de New York du 15 septembre 1806, qui se moque de « the ludicrous farce of making a stool pigeon of the “beastly” representative of a petty Barbary power, for the purpose of decoying Congress » (« la farce ridicule consistant à faire d’un « stool pigeon » le représentant « bestial » d’une petite puissance barbaresque, dans le but de leurrer le Congrès »). Green’s relève la même formule, « procuror, or stool pigeon », dans un autre journal de Pennsylvanie du même mois, le Carlisle Weekly Herald du 2 mai 1816, où le texte est assez lisible pour révéler pour qui travaillait cet homme :

He acts as procuror, or stool pigeon, to a Faro bank […] and divides the spoil with four other sharpers of the black leg tribe.

[Il agit comme procureur, ou stool pigeon, pour une banque de pharaon […] et partage le butin avec quatre autres escrocs de la même engeance de tricheurs.]

On trouve des exemples de canards leurres appelés « stools » à partir de 1825, mais le terme « stool pigeon » n’est employé dans ce sens qu’en 1871, quand M. Schele De Vere le répertorie dans Americanisms ; the English of the New World :

Stool-Pigeon… it means the pigeon, with its eyes stitched up, fastened on a stool, which can be moved up and down by the hidden fowler.

[Stool-Pigeon… cela désigne le pigeon, les yeux cousus, attaché à un tabouret que le chasseur caché peut faire monter et descendre.]

Etymonline date le sens d’oiseau leurre plus tôt, de 1812, et donne 1821 pour le stool pigeon au sens de celui qui trahit les imprudents. Selon ce site, l’oiseau et le mouchard humain étaient tous deux imprimés bien avant que Schele De Vere ne les consigne.

Il se pourrait que des canards leurres aient été appelés « stool (ou estale) pigeons » depuis le XVIe siècle sans que personne ne l’ait mis par écrit, bien que cela semble peu probable. Ce que l’on sait, c’est que le sens actuel d’indicateur est né aux États-Unis vers le milieu du XIXe siècle. The Sheboygan Mercury publie en août 1851 un article sur la situation politique en Italie :

“Everyone fears that his confederate may prove a traitor… and avoided as a Police stool-pigeon and spy.”

[« Chacun craint que son complice ne se révèle un traître… et l’évite comme un indicateur et espion de la police. »]

Le Green’s Dictionary of Slang trouve l’indicateur à l’écrit près de vingt ans plus tôt, dans le New-York Daily Advertiser du 5 décembre 1833, à propos d’un manteau volé : « J. Edwards, a sort of stool pigeon as he is called by the department… Turning traitor to his accomplice, [Edwards] informed against him sufficiently to have him arrested » (« J. Edwards, une sorte de stool pigeon comme on l’appelle au sein du service… Trahissant son complice, [Edwards] a livré suffisamment d’informations contre lui pour le faire arrêter »). Les sources ne s’accordent pas sur la date à laquelle ce sens s’est fixé : Etymonline situe l’indicateur de police en 1859, plus tard que les deux exemples de journaux.

L’explication la plus plausible est que l’expression a été forgée pour décrire ces indicateurs de police qui traînaient dans les bars (perchés sur des tabourets, sans doute) afin de glaner des rumeurs du milieu, mais que le nom a été influencé par les leurres de chasse plus anciens, quoique encore sans nom à l’époque.

C’est ce sens qui a survécu. Le Cambridge Dictionary définit le stool pigeon comme une personne, souvent un criminel, qui renseigne secrètement la police afin qu’elle puisse arrêter d’autres criminels. L’idée du leurre demeure : l’indicateur est placé parmi les gens que la police veut capturer. L’anglais britannique dispose de grass up pour désigner le même acte, ce qui n’est pas le même rôle que le whistle-blower, qui donne l’alerte de l’intérieur d’une organisation plutôt que de travailler pour la police.

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