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Quelle est l'origine de l'expression « My humble abode » ?

La signification de l'expression

« My humble abode » désigne, avec une politesse volontairement excessive, la maison ou l'appartement de celui qui parle.

Quelle est l'origine de cette expression ?

« My humble abode » est ce que l’on dit en ouvrant sa porte d’entrée, et presque personne ne le dit sérieusement. « Welcome to my humble abode » relève de la fausse cérémonie, une politesse délibérément grandiloquente et désuète qui fonctionne aussi bien pour un manoir que pour un studio. La plaisanterie marche dans les deux sens : fausse modestie à propos d’une maison dont on est visiblement fier, ou excuse ironique pour un appartement plein de tasses sales. Le Farlex Dictionary of Idioms le définit simplement comme « chez soi », avec « Welcome to our humble abode ! » comme formule type.

Quelle est l’origine de l’expression « my humble abode » ?

Commençons par le nom. « Abode » vient du verbe « abide », dont le sens le plus ancien, au treizième siècle, était l’action d’attendre ou de rester. L’Online Etymology Dictionary date le sens de « résidence habituelle » des années 1570. Au dix-huitième siècle, c’était un mot formel et légèrement littéraire pour désigner un foyer, exactement le genre de mot qu’on emploie quand on veut se montrer d’une politesse recherchée.

L’association avec « humble » apparaît à l’écrit vers 1760, ce qui correspond au premier repérage de l’expression dans le corpus Ngram de Google. Son berceau fut la fiction sentimentale de cette décennie, où elle décrivait les chaumières des pauvres vertueux, à la troisième personne et tout à fait sincèrement. Dans le roman Sophia (1762) de Charlotte Lennox, la grande sœur de l’héroïne fait irruption dans la chaumière où Sophia brode, qualifiée de « that humble abode of innocence and industry » (« cette humble demeure de l’innocence et du labeur »). Un an plus tard, The History of Lady Julia Mandeville (1763) de Frances Brooke évoque des fermiers souriant « on their humble abodes » (« devant leurs humbles demeures ») grâce à un bon propriétaire. Dans les dernières décennies du siècle, les formes possessives, « our humble abode » et « his humble abode », se multiplient également, et l’expression devient un élément classique de l’autodénigrement poli.

C’est Jane Austen qui a saisi ce qui clochait dans cette formule. Dans Orgueil et Préjugés (1813), « my humble abode » appartient à Mr Collins, le pasteur obséquieux dont la modestie n’est en réalité qu’une vantardise déguisée à propos de sa protectrice. « The garden in which stands my humble abode is separated only by a lane from Rosings Park, her Ladyship’s residence » (« Le jardin où se trouve mon humble demeure n’est séparé que par un chemin de Rosings Park, la résidence de Sa Seigneurie »), dit-il à Mrs Bennet, ajoutant que la fille de Lady Catherine « often condescends to drive by my humble abode in her little phaeton and ponies » (« daigne souvent passer devant mon humble demeure dans son petit phaéton attelé de poneys »). Le narrateur d’Austen enfonce le clou lorsque Elizabeth se rend à Hunsford et que Collins l’accueille « with ostentatious formality, to his humble abode » (« avec une formalité ostentatoire, dans son humble demeure »), et il continue sur sa lancée à son départ : « We know how little there is to tempt anyone to our humble abode » (« Nous savons combien peu notre humble demeure a de quoi tenter qui que ce soit »). L’expression apparaît cinq fois dans Orgueil et Préjugés et pas une seule fois dans les cinq autres romans d’Austen. C’est la phrase de Collins, et elle s’en sert pour montrer que l’humilité ostentatoire n’est que de l’ostentation.

« Humble abode » a connu son âge d’or dans la presse victorienne, culminant dans les années 1840 selon le corpus Ngram, avant de décliner lentement à mesure que son usage sincère disparaissait. Ce qui a survécu, c’est le registre de Collins. Endangered Phrases (2011) de Steven D. Price la définit comme « une manière autodénigrante de désigner son propre foyer » et renvoie directement à Orgueil et Préjugés. Le corpus montre d’ailleurs que « my humble abode » est plus fréquent dans les écrits du vingt et unième siècle qu’à n’importe quelle époque antérieure : l’expression n’existe désormais presque plus que pour être prononcée le sourcil levé, si bien que la plaisanterie d’Austen est devenue sa raison d’être. Le sentiment anglais sincère à l’égard du foyer se loge dans une tout autre expression : an Englishman’s home is his castle.

Exemples d'utilisation

  • Welcome to my humble abode, disait-il en ouvrant sa porte, tout en sachant que sa maison n'avait rien d'humble.
  • Excusez le désordre, my humble abode n'est pas toujours aussi accueillante.