Français

Quelle est l'origine de l'expression « Graveyard shift » ?

La signification de l'expression

« Graveyard shift » désigne l'équipe de nuit, généralement de minuit à huit heures du matin.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Quelle est l’origine de l’expression « Graveyard shift » ?

Je répugne à le faire, car il se trouvera peut-être quelqu’un pour prendre au pied de la lettre le passage suivant, mais voici la réimpression du dernier paragraphe (et sans doute le plus faible) d’un ramassis d’inventions et de sottises qui circule sur Internet depuis un certain temps sous le nom de « Life in the 1500s » :

England is old and small and they started running out of places to bury people. So they would dig up coffins and would take the bones to a “bone-house” and reuse the grave. When reopening these coffins, one out of 25 coffins were found to have scratch marks on the inside and they realized they had been burying people alive. So they thought they would tie a string on the wrist of the corpse, lead it through the coffin and up through the ground and tie it to a bell. Someone would have to sit out in the graveyard all night (the “graveyard shift”) to listen for the bell; thus, someone could be “saved by the bell” or was considered a “dead ringer.”

[L’Angleterre est vieille et petite, et l’on a commencé à manquer d’endroits pour enterrer les gens. Alors on déterrait les cercueils et on emportait les os dans une « maison des os » pour réutiliser la tombe. En rouvrant ces cercueils, on a découvert qu’un sur vingt-cinq portait des marques de griffures à l’intérieur, et l’on a compris que l’on avait enterré des gens vivants. On a donc pensé à attacher une ficelle au poignet du défunt, à la faire passer à travers le cercueil et jusqu’à la surface, puis à l’attacher à une cloche. Quelqu’un devait rester assis toute la nuit dans le cimetière (le « graveyard shift ») pour guetter la cloche ; ainsi, on pouvait être « sauvé par la cloche » (saved by the bell) ou être considéré comme un « dead ringer ».]

Nous avons déjà démonté les mythes de saved by the bell et de dead ringer ; penchons-nous maintenant sur « graveyard shift ». Puisque l’origine des expressions « saved by the bell » et « dead ringer » n’a strictement rien à voir avec des enterrements ou des cimetières, on pourrait croire que « graveyard shift » peut être écartée sans autre examen. Ce serait un peu hâtif. Ces expressions n’ont peut-être rien à voir avec des cloches attachées aux cercueils pour prévenir l’enterrement prématuré, mais de tels dispositifs ont bel et bien existé et furent parfois utilisés. Puisque certaines personnes craignaient suffisamment d’être enterrées vivantes pour investir dans de tels cercueils, il est au moins plausible qu’elles aient également prévu que quelqu’un surveille la tombe afin d’entendre sonner la cloche en cas de besoin. Néanmoins, comme souvent en étymologie des expressions, plausibilité et vérité ne sont que de lointaines cousines.

Le Graveyard Shift, ou Graveyard Watch, est le nom donné à l’équipe de travail du petit matin, typiquement de minuit à huit heures. Le terme est né aux États-Unis à la toute fin du XIXe siècle. Rien n’indique qu’il ait un rapport direct avec la surveillance des cimetières : il tient simplement au fait que ces équipes travaillaient en pleine nuit, dans une ambiance calme et solitaire.

La première occurrence imprimée que j’aie trouvée figure dans le journal américain The Salt Lake Tribune, en juin 1897 :

The police changed shifts for the month yesterday. This month Sergeant Ware takes the morning relief. Sergeant Matt Rhodes the middle and Sergeant John Burbidge the graveyard shift.

[La police a changé ses équipes mensuelles hier. Ce mois-ci, le sergent Ware prend la relève du matin, le sergent Matt Rhodes celle du milieu, et le sergent John Burbidge le graveyard shift.]

La variante « graveyard watch » était normalement employée par les marins de quart, un groupe pourtant mal placé pour surveiller des cercueils enterrés. Le lien avec le cimetière est rendu explicite dans cette définition proposée par le marin américain Gershom Bradford, dans A Glossary of Sea Terms, 1927 :

Graveyard watch, the middle watch or 12 to 4 a.m., because of the number of disasters that occur at this time.”

[« Graveyard watch », le quart du milieu, de minuit à quatre heures du matin, en raison du nombre de désastres qui surviennent à cette heure-là.]

Un clou de plus dans le cercueil de cette étymologie populaire, espérons-le, à moins que je n’entende encore une faible cloche tinter dans le cimetière d’Internet.

Exemples d'utilisation

  • Après des années à travailler le graveyard shift, il ne supportait plus de dormir en pleine journée.