Quelle est l'origine de cette expression ?
« A horse, a horse, my kingdom for a horse » est l’une des répliques les plus célèbres de Shakespeare. Le roi prononce cette phrase à l’acte V de la pièce Richard III, après avoir perdu son cheval au combat.
Cette citation est aujourd’hui parfois reprise avec ironie lorsqu’une personne a besoin d’un objet finalement bien peu important, offrant son « royaume » pour une tasse de thé, un manteau chaud, ou n’importe quoi d’autre.
Quelle est l’origine de l’expression « A horse, a horse, my kingdom for a horse » ?
« A horse, a horse, my kingdom for a horse » provient de Richard III de Shakespeare, publié en 1594.
Cette expression est l’une des plus célèbres de tout le théâtre. Elle se distingue pour deux raisons.
D’abord, « a horse, a horse, my kingdom for a horse » est un excellent exemple de pentamètre iambique. Shakespeare utilisait fréquemment ce procédé, et cette réplique en est souvent citée comme l’illustration classique.
Un iambe est une forme poétique composée de deux syllabes, la première non accentuée et la seconde accentuée, ce qui donne un rythme du type « ta TAM ».
Tout vers utilisant des iambes est dit iambique, et un vers qui en compte cinq est un pentamètre iambique. Le schéma du pentamètre iambique est donc :
« ta TAM, ta TAM, ta TAM, ta TAM, ta TAM »
Le vers de Shakespeare, lorsqu’on le prononce naturellement, suit ce rythme : a Horse, a Horse, my Kingdom For a Horse.
La seconde raison pour laquelle ce vers est important tient aux tentatives de certains historiens modernes, appelés « ricardiens », de réhabiliter la réputation de Richard III. La Richard III Society existe précisément dans ce but. Ses membres affirment que le portrait dressé par Shakespeare, celui d’un tyran infirme et sans scrupules ayant fait assassiner « les princes de la Tour », ses neveux Édouard V et Richard, duc d’York, est inexact.
Les ricardiens considèrent le portrait shakespearien de Richard III comme un assassinat de réputation orchestré par les ennemis du roi, notamment Henri VII, qui monta sur le trône d’Angleterre après avoir vaincu et tué Richard III à la bataille de Bosworth en 1485.
Les revendications de la Richard III Society semblent avoir un certain fondement, car le règne de Richard, bien que n’ayant duré que deux ans, fut plutôt éclairé. Cependant, lorsque le squelette de Richard fut retrouvé sous un parking de Leicester en 2012, on découvrit qu’il souffrait d’une malformation de la colonne vertébrale. Le portrait de Shakespeare n’était donc pas entièrement faux. Par ailleurs, Richard avait été nommé Lord Protecteur, chargé de veiller sur ses jeunes neveux et d’organiser le couronnement d’Édouard V. La disparition ultérieure des enfants de la Tour de Londres, suivie du couronnement de Richard, constitue un faisceau de preuves circonstancielles accablant qui reste inexpliqué. Quoi qu’en disent les ricardiens, Richard disposait amplement du mobile, des moyens et de l’occasion, de quoi justifier une arrestation selon les critères modernes de la criminologie.
Revenons à « a horse, a horse, my kingdom for a horse ». Ce vers occupe une place importante dans la campagne incessante des ricardiens visant à démontrer que la pièce de Shakespeare est trompeuse. Ils avancent que Shakespeare dépeint Richard comme un lâche prêt à tout offrir pour abandonner ses troupes et fuir la mort au combat. En réalité, Shakespeare décrit Richard, après avoir perdu son cheval, combattant vaillamment à pied pour l’emporter. Son désir d’un cheval visait à poursuivre le combat, non à s’enfuir.
Dans la réalité, l’examen récent du squelette de Richard, redécouvert après cinq cent vingt-sept ans, montre qu’il est mort de blessures à la tête. Il est probable qu’il les ait reçues à pied, non à cheval. Il fut le dernier roi d’Angleterre à mourir au combat.
Quelle que soit la vérité sur Richard, cinq siècles plus tard, nous en sommes réduits à des conjectures. Personne ne sait ce qu’il est advenu des princes de la Tour, et les rares récits vérifiables de la bataille de Bosworth manquent de détails.
La pièce de Shakespeare est bien sûr une œuvre de fiction, non un essai historique. Tout dramaturge recherche le drame, et que serait un bon drame sans un méchant ? Shakespeare écrivait un siècle après la mort de Richard et reflétait, probablement en l’exagérant à des fins théâtrales, l’opinion très négative que l’on avait de Richard dans l’Angleterre du XVIe siècle. À l’époque comme aujourd’hui, on croyait largement que Richard avait trempé dans le meurtre des princes.
« A horse, a horse, my kingdom for a horse » était un vers assez célèbre, même du vivant de Shakespeare, pour susciter des parodies. En 1605, ses contemporains John Marston, Ben Jonson et George Chapman écrivirent une pièce satirique intitulée Eastward Hoe, qui contient ce vers :
A boat, a boat, a boat, a full hundred marks for a boat! (« Un bateau, un bateau, un bateau, cent marks pour un bateau ! »)
Marston reprit le procédé plus tard dans le poème The Scourge of Villainie :
A Man, a man, a kingdome for a man. (« Un homme, un homme, un royaume pour un homme. »)
On notera l’absence de rythme iambique dans la variante d’Eastward Hoe. Shakespeare est généralement considéré comme le plus grand écrivain de la langue anglaise, tandis que Marston, pour ne pas dire les choses autrement, ne l’est pas.
Voici ce vers replacé dans son contexte, au sein de la pièce :
CATESBY : Rescue, my Lord of Norfolk, rescue, rescue! The king enacts more wonders than a man, Daring an opposite to every danger: His horse is slain, and all on foot he fights, Seeking for Richmond in the throat of death. Rescue, fair lord, or else the day is lost! KING RICHARD III : A horse! a horse! my kingdom for a horse! CATESBY : Withdraw, my lord; I’ll help you to a horse.
KING RICHARD III : Slave, I have set my life upon a cast, And I will stand the hazard of the die: I think there be six Richmonds in the field; Five have I slain to-day, instead of him. A horse! a horse! my kingdom for a horse!
(« CATESBY : Au secours, mon seigneur de Norfolk, au secours, au secours ! Le roi accomplit plus de prodiges qu’un homme, bravant tous les dangers : son cheval est tué, et il combat à pied, cherchant Richmond au cœur même de la mort. Au secours, noble seigneur, ou la journée est perdue ! LE ROI RICHARD III : Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! CATESBY : Retirez-vous, mon seigneur, je vais vous trouver un cheval. LE ROI RICHARD III : Misérable, j’ai joué ma vie sur un coup de dé, et j’en assumerai le risque. Je crois qu’il y a six Richmond sur ce champ de bataille ; j’en ai tué cinq aujourd’hui à sa place. Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! »)