Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « the writing is on the wall » ?
« The writing is on the wall » se rencontre aussi sous la forme « the handwriting is on the wall » ou encore « mene mene ». La première variante est un synonyme évident, mais que signifie « mene mene » ? Il s’agit d’une abréviation de « mene mene tekel upharsin », expression d’origine araméenne. Si votre araméen n’est pas très solide, la Bible peut vous éclairer, dans Daniel 5, avec le récit du festin de Balthazar. Pour résumer un long épisode de l’Ancien Testament, Balthazar se livrait à des réjouissances avinées et profanait des vases sacrés du Temple en s’en servant comme coupes à vin, lorsqu’une main désincarnée écrivit « mene mene tekel upharsin » sur le mur du palais.
À première vue, et pris au pied de la lettre, cela semblait dénué de sens. L’expression paraissait signifier « deux mines, un sicle et deux parts », ou encore « compté, pesé, divisé ». Rien de tout cela ne parlait à Balthazar, qui décida qu’il fallait une interprétation plus poussée et fit venir l’exilé juif Daniel. Il apparut alors que la phrase reposait sur un jeu de mots élaboré, chaque terme pouvant désigner une monnaie différente, le troisième mot pouvant aussi être lu comme « Perse ». L’interprétation de Daniel, telle qu’elle figure dans la première version anglaise de la Bible facilement compréhensible, la King James Version de 1611, était la suivante :
And this the writing that was written, MENE, MENE, TEKEL, UPHARSIN. This the interpretation of the thing: MENE; God hath numbered thy kingdom, and finished it. TEKEL; Thou art weighed in the balances, and art found wanting. PERES; Thy kingdom is divided, and given to the Medes and Persians.
(Et voici l’écriture qui a été tracée : MENE, MENE, TEKEL, UPHARSIN. Et voici l’interprétation de ces mots : MENE, Dieu a compté les jours de ton règne et y a mis fin. TEKEL, tu as été pesé dans la balance et tu as été trouvé léger. PERES, ton royaume est divisé et donné aux Mèdes et aux Perses.)
Le sens moral de ce récit était que Balthazar ne pouvait voir l’avertissement pourtant visible aux yeux des autres, car il était trop absorbé par ses péchés.
La subtilité de ce jeu de mots biblique nous échappe largement aujourd’hui, faute de connaître l’araméen ancien. On peut peut-être en donner un aperçu en la comparant aux paroles de la célèbre chanson humoristique de la Seconde Guerre mondiale, Mairzy Doats :
Mairzy doats and dozy doats and liddle lamzy diveya A kiddley divey too, wooden shoe?
(Mairzy doats et dozy doats et liddle lamzy diveya, a kiddley divey too, wooden shoe ?)
Pris à la lettre, cela ne veut rien dire, mais un Daniel de l’époque aurait pu en donner la véritable traduction :
Mares eat oats and does eat oats and little lambs eat ivy, A kid’ll eat ivy too, wouldn’t you?
(Les juments mangent de l’avoine, les biches mangent de l’avoine et les petits agneaux mangent du lierre, un chevreau en mangerait aussi, n’est-ce pas ?)
L’expression « writing on the wall » a commencé à être employée au sens figuré, c’est-à-dire pour désigner des avertissements sans qu’il y ait réellement d’écriture ni de mur, dès le début du XVIIIe siècle. On en trouve un exemple dans les Miscellaneous works de Jonathan Swift, en 1720 :
A baited Banker thus desponds, From his own Hand foresees his Fall; They have his Soul who have his Bonds; ‘Tis like the Writing on the Wall.
(Ainsi désespère un banquier harcelé, qui de sa propre main prévoit sa chute ; ceux qui détiennent ses obligations détiennent son âme ; c’est comme l’écriture sur le mur.)