Quelle est l'origine de cette expression ?
« The last straw », aussi rendue sous la forme complète « the straw that broke the camel’s back », désigne ce tout petit ajout final qui rend un fardeau déjà lourd tout à fait impossible à supporter. L’image est plus ancienne que le chameau lui-même : on la trouve d’abord dans les années 1650, avec une plume et un cheval, et la version au chameau était déjà imprimée bien avant que Charles Dickens ne l’emploie dans Dombey et Son.
Quelle est l’origine de l’expression « the last straw » ?
La version complète de cette expression métaphorique est « the last straw which breaks the camel’s back », qui a une consonance vétérotestamentaire. Les recherches dans l’Ancien Testament donnent en effet de nombreuses références à la paille et aux chameaux, mêlées aux fléaux et aux généalogies, mais aucune trace de « last straw ».
L’Oxford Dictionary of Quotations la classe comme un « proverbe du milieu du XVIIe siècle », sans toutefois fournir de preuve à l’appui. La citation la plus ancienne que l’on puisse trouver provient de The Edinburgh Advertiser, en mai 1816 :
“MR. BROUGHAM remarked, that if it [a tax on soap] were only 3d. a head, or 4d. and 5d. upon the lower orders, yet straw upon straw was laid till the last straw broke the camel’s back.”
[« M. Brougham a fait remarquer que si cette taxe, sur le savon, n’était que de 3 pence par tête, ou de 4 et 5 pence pour les classes populaires, on empilait néanmoins paille sur paille jusqu’à ce que la dernière brise le dos du chameau. »]
Le chameau figurait déjà à l’imprimé auparavant. La notice d’Etymonline sur le mot straw cite un auteur écrivant sur la fiscalité dans The Scots Magazine d’avril 1799, qui recourt à cette image en se tournant vers l’Orient plutôt que vers la Bible : “it is, as the Oriental proverb says, the last straw that overloads the camel ; a small addition, if ill-timed, may overturn the whole.” [« c’est, comme le dit le proverbe oriental, la dernière paille qui surcharge le chameau ; un petit ajout, survenu au mauvais moment, peut faire basculer le tout. »] Ce n’est là que la manière dont cet auteur de 1799 présente lui-même le dicton, non la preuve d’une origine orientale avérée.
Certains estiment que l’expression serait une variante d’un ancien proverbe, « it is the last feather that breaks the horse’s back ». Cela est possible. La plus ancienne occurrence trouvée pour cette variante est postérieure à 1816, donc bien plus tardive que le milieu du XVIIe siècle évoqué plus haut. Elle vient elle aussi de The Edinburgh Advertiser, en novembre 1829 :
“It may be very well for Mr. O’Connell, in his own exultation of heart, to ascribe the success of the Catholic Relief Bill to his ‘agitation;’ but the fact is, that ‘agitation’ was only the cause of Emancipation in the same sense in which it is true that the last feather breaks the horse’s back.”
[« Il se peut que M. O’Connell, dans l’exaltation de son cœur, attribue le succès du Catholic Relief Bill à son « agitation » ; mais en réalité, cette « agitation » n’a été la cause de l’émancipation que dans la même mesure où il est vrai que la dernière plume brise le dos du cheval. »]
La plume et le cheval remontent bien plus loin que 1829, et plus loin encore que le chameau. Ils appartiennent au débat sur la liberté et la nécessité que Thomas Hobbes mena par écrit contre John Bramhall, évêque de Derry. Hobbes employa cette comparaison, que Bramhall lui retourna : “as the last feather may be said to break a horse’s back, when there were so many laid on before that there wanted but that to do it.” [« comme on peut dire que la dernière plume brise le dos d’un cheval, quand tant d’autres avaient déjà été posées auparavant qu’il ne manquait plus que celle-là pour y parvenir. »] La réponse de Bramhall fut publiée pour la première fois en 1655, ce qui place la plume et le cheval un siècle et demi avant le plus ancien exemple du chameau cité plus haut.
Enfin, il exista, en 1843 du moins, une fusion des deux expressions, dans The Southport American d’octobre 1843 :
“And finally, the ‘feather which breaks the camel’s back’ having been added to Sir Walter’s burthen, he was struck down by paralysis, and after lingering a few months, was gathered to his fathers.”
[« Et finalement, la « plume qui brise le dos du chameau » s’étant ajoutée au fardeau de Sir Walter, il fut frappé de paralysie et, après avoir décliné pendant quelques mois, rejoignit ses pères. »]
Etymonline situe l’apparition de cette image en anglais en 1755, et la forme raccourcie, « the last straw » employée seule sans le chameau, en 1836. Charles Dickens utilisa la version au chameau dans Dombey and Son, dont la préface est datée du 24 mars 1848 : “As the last straw breaks the laden camel’s back, this piece of information crushed the sinking spirits of Mr Dombey.” [« Comme la dernière paille brise le dos du chameau chargé, cette information acheva d’accabler l’esprit déjà défaillant de M. Dombey. »] Le Cambridge Dictionary traite désormais les formes longue et courte comme un seul idiome, défini comme « le dernier d’une série d’événements désagréables qui finit par vous faire sentir que vous ne pouvez plus accepter une mauvaise situation ».
La paille joue ce rôle précisément parce qu’elle ne pèse presque rien, et l’anglais fait un usage différent de cette même paille dans clutch at straws, où un homme en train de se noyer s’accroche à quelque chose de trop fragile pour le sauver.