Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression ‘on your tod’ ?
C’est l’un des exemples les plus connus de Cockney rhyming slang (l’argot rimé des cockneys de Londres) : on your tod -> on your Tod Sloan -> on your own (tout seul).
Dans l’argot rimé, il est courant d’utiliser le nom d’une célébrité populaire. D’autres candidats pour désigner ‘tout seul’ sont ‘on your Jack’ (Jones, au Royaume-Uni) et ‘on your Pat’ (Malone, en Australie). Mais la célébrité est éphémère, et aucun de ces noms n’évoque plus grand-chose aujourd’hui.
James Forman (Tod) Sloan est né dans l’Indiana en 1874. Il a surmonté une enfance marquée par l’abandon et la pauvreté pour devenir un jockey extrêmement réputé. Rejeté par ses parents dans un premier temps, sa vie a basculé lorsqu’il a découvert son talent de cavalier et commencé à remporter des courses prestigieuses et lucratives. Son succès reposait sur un style de monte à étriers courts, assis très haut sur l’encolure du cheval, qu’il avait lui-même mis au point : la ‘position du singe’. Malgré ses débuts de gamin des rues sous-alimenté et sans instruction, Sloan a vécu le rêve américain en devenant l’un des sportifs les plus célèbres au monde. Il a adopté le nom de Todhunter et mené une existence flamboyante, entre voitures rapides, admiratrices et valet personnel. La chanson de George M. Cohan, The Yankee Doodle Boy, tirée du spectacle Little Johnny Jones, s’inspirait de la vie de Sloan :
I’m a Yankee Doodle dandy, A Yankee Doodle, do or die; A real live nephew of my Uncle Sam’s, Born on the Fourth of July. I’ve got a Yankee Doodle sweetheart, She’s my Yankee Doodle joy. Yankee Doodle came to London, Just to ride the ponies, I am a Yankee Doodle boy.
[Je suis un dandy Yankee Doodle, un Yankee Doodle prêt à tout, le vrai neveu de mon Oncle Sam, né un quatre juillet. J’ai une amoureuse Yankee Doodle, elle fait ma joie de Yankee Doodle. Yankee Doodle est venu à Londres, seulement pour monter des chevaux, je suis un garçon Yankee Doodle.]
Ayant tout gagné en Amérique, Sloan a tourné son attention vers l’Angleterre, alors épicentre du monde des courses hippiques. En 1897, il fut engagé comme cavalier principal du Prince de Galles. D’abord tourné en ridicule pour son style de monte, il fut surnommé ‘le jockey singe’ par la presse anglaise. Mais il continua d’enchaîner les victoires, et une véritable vague de ressentiment monta contre son succès, mais aussi contre son arrogance et les soupçons de paris illégaux sur ses propres courses. Beaucoup de ses proches ne l’appréciaient guère, son manque total de tact le faisant passer pour grossier et dédaigneux.
La chute de Sloan fut aussi spectaculaire que son ascension. Sous la pression de Lord Durham, intendant du Jockey Club, l’organe dirigeant du sport, le Prince de Galles finit par le renvoyer. En décembre 1900, le New York Times rapportait :
“Now the Prince of Wales has thrown him over no English owner is likely to employ him.”
[Maintenant que le Prince de Galles l’a abandonné, aucun propriétaire anglais n’est susceptible de l’employer.]
Le Jockey Club l’informa ensuite qu’il n’avait “pas besoin de demander de licence” pour la saison 1901, en raison d’une “conduite préjudiciable aux meilleurs intérêts du sport” restée non précisée. La presse américaine évoqua des accusations de jalousie et d’antiaméricanisme. Ces motifs n’étaient sans doute pas dénués de fondement, mais il semble surtout qu’on ne l’aimait tout simplement pas. Quelle qu’en soit la cause, l’interdiction fut également maintenue aux États-Unis, et sa carrière prit fin. Après quelques tentatives malheureuses dans les affaires et le cinéma, Sloan disparut peu à peu de la vie publique. Marié et divorcé deux fois, il mourut seul, d’une cirrhose, en 1933.
Il est assez poignant que le nom de Sloan soit devenu synonyme de solitude. Sa vie, tant au début qu’à la fin, semble avoir été marquée par l’isolement et le désespoir. Dans son autobiographie, intitulée avec une certaine émotion ‘Tod Sloan by Himself’, il évoquait sa tristesse d’avoir été abandonné par ses parents, morts depuis longtemps : “I was left alone by those I have never ceased to grieve for” [j’ai été laissé seul par ceux que je n’ai jamais cessé de pleurer].