Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « My bad » ?
Cette expression argotique est apparue vers 1970. À cette époque, c’est à dire avant l’usage généralisé d’Internet, les termes d’argot circulaient souvent au niveau de la rue pendant de nombreuses années avant d’être adoptés par quelqu’un qui prenait la peine de les écrire. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui, et tout mot ou expression largement connu peut être daté assez précisément grâce aux archives des sites web.
La première utilisation publique connue de l’expression provient d’un échange dans l’émission The Ed Sullivan Show, en juin 1956. Louis Armstrong souhaitait un joyeux anniversaire à Sullivan avant de se reprendre en disant :
“Happy Aniversary. My bad.” [« Joyeux anniversaireuh. C’est ma faute. »]
Rien ne prouve qu’Armstrong ait inventé cette expression. Il est plus probable qu’elle existait déjà comme argot de rue ou de musiciens avant d’être utilisée à la télévision.
Shakespeare a employé ce terme avec un sens proche du sens actuel, dans son Sonnet 112 :
Your love and pity doth the impression fill Which vulgar scandal stamp’d upon my brow; For what care I who calls me well or ill, So you o’er-green my bad, my good allow? [Votre amour et votre pitié comblent la marque que le scandale vulgaire a imprimée sur mon front ; que m’importe qui me dit bon ou mauvais, du moment que vous couvrez de vert mon mal, et permettez mon bien ?]
Il s’agit clairement d’une simple coïncidence, et il n’est guère surprenant qu’une expression aussi fragmentaire apparaisse dans une œuvre aussi vaste que celle de Shakespeare. C’est aussi très éloigné du basketball de rue, ce sport informel où les joueurs s’interpellent fréquemment (le « trash talking »), et qui est une source bien connue d’argot urbain.
« My bad » s’est répandu dans l’usage populaire courant aux États-Unis au milieu et à la fin des années 1990, grâce au film « Clueless » sorti en 1995. Ce film, avec Alicia Silverstone, contient ce qui semble être la première utilisation de l’expression dans les médias grand public. Les pages de révision « Green » de 1994 pour le scénario du film comportent une scène où le personnage d’Alicia Silverstone apprend à conduire :
“Cher swerves - to avoid killing a person on a bicycle. Cher: Whoops, my bad.” [Cher fait une embardée pour éviter de tuer une personne à vélo. Cher : Oups, c’est ma faute.]
Bien qu’il s’agisse d’un terme de rue, il est pratiquement synonyme de l’expression latine plus ancienne, « mea culpa ». Il n’en descend cependant pas plus directement que du Sonnet 112 de Shakespeare.
« My bad » a reçu cet hommage sans équivoque qu’est l’imitation. Dans la chanson de REM « Leaving New York » de 2004, on trouve ce couplet, qui inclut, comme vous le verrez, « my proud » :
You might have laughed if I told you You might have hidden a frown You might have succeeded in changing me I might have been turned around It’s easier to leave than to be left behind Leaving was never my proud Leaving New York, never easy I saw the light fading out [Tu aurais peut-être ri si je te l’avais dit / Tu aurais peut-être caché un froncement de sourcils / Tu aurais peut-être réussi à me changer / J’aurais peut-être fait volte-face / Il est plus facile de partir que d’être quitté / Partir n’a jamais été ma fierté / Quitter New York, jamais facile / J’ai vu la lumière s’éteindre]
La bande dessinée Doonesbury du 14 juin 2006 comportait ceci :
“Okay, I’m bitter that I have to support myself! There I said it! My brave.” [« D’accord, je suis amer d’avoir à subvenir à mes propres besoins ! Voilà, je l’ai dit ! C’est mon courage. »]
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