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Quelle est l'origine de l'expression « Hear no evil, see no evil, speak no evil » ?

La signification de l'expression

« Hear no evil, see no evil, speak no evil » signifie fermer volontairement les yeux sur une méfaisance plutôt que de la reconnaître ou de la dénoncer.

Quelle est l'origine de cette expression ?

« Hear no evil, see no evil, speak no evil » signifie fermer volontairement les yeux sur une méfaisance plutôt que de la reconnaître ou de la dénoncer. Employée ainsi, l’expression est une critique. Ces mots décrivent les trois singes sages, un panneau sculpté sur l’écurie sacrée du sanctuaire Tōshō-gū à Nikkō, au Japon, achevé en 1636, et la leçon qu’ils incarnent est encore plus ancienne.

Quelle est l’origine de l’expression « hear no evil, see no evil, speak no evil » ?

L’expression « hear no evil, see no evil, speak no evil » dérive des enseignements bouddhistes relatifs aux trois singes sages, qui remonteraient peut-être au moins au premier siècle avant notre ère. Ces trois singes forment une maxime visuelle, symbolisant le précepte bouddhiste « ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal ». Les trois singes sont :

Mizaru, qui se couvre les yeux et « ne voit pas le mal ».

Kikazaru, qui se couvre les oreilles et « n’entend pas le mal ».

Iwazaru, qui se couvre la bouche et « ne dit pas le mal ».

Selon les enseignements bouddhistes, si l’on n’entend pas, ne voit pas et ne dit pas le mal, on sera soi-même épargné par le mal. Une sculpture du XVIIe siècle, placée au-dessus d’une porte d’écurie du sanctuaire Tōshō-gū à Nikkō, au Japon, a popularisé cette maxime visuelle. Aujourd’hui, les trois singes sages sont fréquemment représentés dans des sculptures, des peintures et d’autres formes d’art à travers de nombreuses cultures.

Cette sculpture peut être datée avec précision. Le guide de Nippon.com consacré au Tōshōgū de Nikkō rappelle que le troisième shogun Tokugawa, Iemitsu, fit reconstruire à grands frais le sanctuaire, plus modeste, de son grand-père, et que « les travaux furent achevés en 1636, et la cour impériale accorda au sanctuaire le nom de Tōshōgū neuf ans plus tard ». Les singes n’y forment pas une image isolée. Nippon.com dénombre ce panneau parmi « huit sculptures de singes ornant l’écurie des chevaux sacrés dans l’enceinte du sanctuaire, les singes étant alors considérés comme les protecteurs des chevaux ».

Les trois noms forment un jeu de mots qui ne fonctionne qu’en japonais. Nippon.com les glose ainsi : « mizaru (ne pas voir), kikazaru (ne pas entendre) et iwazaru (ne pas parler) », en soulignant que ces noms jouent aussi sur saru, le mot japonais pour singe. Basil Hall Chamberlain et W. B. Mason avaient déjà expliqué ce jeu de mots aux lecteurs anglophones dans la troisième édition de A Handbook for Travellers in Japan (John Murray, 1894), à l’entrée consacrée à Kōshin, le jour divinisé du singe dans le cycle sexagésimal chinois : « This being the day of the monkey, it is represented by three monkeys (sam-biki-zaru) called respectively, by a play upon words, mi-zaru, kika-zaru, and iwa-zaru. » (« Ce jour étant celui du singe, il est représenté par trois singes (sam-biki-zaru) nommés respectivement, par un jeu de mots, mi-zaru, kika-zaru et iwa-zaru. ») Chaque nom est une forme verbale négative se terminant en -zaru, terminaison qui évoque aussi le mot désignant l’animal qui refuse.

Une leçon très proche est plus ancienne que la sculpture, et chinoise plutôt que japonaise. Au livre douze des Entretiens, Confucius répond à son disciple Yan Yuan, qui l’interroge sur la vertu parfaite, par quatre interdits, donnés dans la traduction de James Legge en ces termes : « Look not at what is contrary to propriety ; listen not to what is contrary to propriety ; speak not what is contrary to propriety ; make no movement which is contrary to propriety. » (« Ne regarde pas ce qui est contraire aux convenances ; n’écoute pas ce qui est contraire aux convenances ; ne dis pas ce qui est contraire aux convenances ; ne fais aucun mouvement contraire aux convenances. ») Trois de ces quatre interdits correspondent aux trois refus des singes ; le quatrième, relatif au mouvement, n’a pas d’équivalent simiesque.

Lorsque l’expression « hear no evil, see no evil, speak no evil » est passée en Occident, sa signification s’est considérablement transformée. En Occident, elle sert à décrire le fait d’ignorer volontairement un mauvais comportement ou une méfaisance. Employée dans ce sens, elle rejoint le sens de l’expression « turn a blind eye ».

Cette lecture anglaise apparaît déjà en 1894. Décrivant les pierres de Kōshin dressées le long des routes de campagne au Japon, Chamberlain et Mason écrivent que les trois singes y étaient sculptés en relief, « the idea being that this curious trinity will neither see, hear, nor speak any evil » (« l’idée étant que cette curieuse trinité ne verra, n’entendra ni ne dira aucun mal »). À Nikkō même, ils trouvèrent les singes au-dessus des portes de l’écurie « represented as closing their ears and mouth and shading their eyes with their hands » (« représentés se bouchant les oreilles et la bouche, et s’ombrageant les yeux de leurs mains »), et leur donnèrent le nom local san-gokwu no saru, les singes des trois pays, c’est-à-dire l’Inde, la Chine et le Japon. La formulation anglaise fixée en trois volets s’impose au début du XXe siècle. Les cartons du film muet américain Shadows, réalisé par Tom Forman en 1922, comportent les intertitres « See no evil », « Hear no evil » et « Speak no evil » ; et dès 1926, les petites figurines étaient assez répandues pour meubler une boutique de curiosités dans une nouvelle de Weird Tales, exposées parmi « cases of beads, carved ivory, jade, statuettes of Buddha, the Three Wise Monkeys of many sizes and materials » (« des vitrines de perles, d’ivoire sculpté, de jade, de statuettes de Bouddha, des trois singes sages de toutes tailles et de tous matériaux »).

Quels sont quelques emplois notables de l’expression « hear no evil, see no evil, speak no evil » ?

Franklin D. Roosevelt reprit les deux premiers volets de l’expression dans sa causerie au coin du feu du 29 décembre 1940, le discours où il déclara que les États-Unis devaient être « le grand arsenal de la démocratie ». Répondant à un télégramme qui l’implorait de ne pas préciser à quel point les villes américaines pouvaient facilement être bombardées, il déclara que ce message « exprimait l’attitude de la petite minorité qui veut see no evil et hear no evil, alors même qu’elle sait au fond d’elle-même que le mal existe ». Il décrivait ainsi un aveuglement volontaire, sens que l’expression a conservé en anglais.

Le film américain de comédie policière de 1989 ‘See No Evil, Hear No Evil’, réalisé par Arthur Hiller, tire son titre de l’expression « hear no evil, see no evil, speak no evil ». Ce fut un grand succès, avec Gene Wilder et Richard Pryor dans les rôles d’un sourd et d’un aveugle témoins d’un meurtre. « Speak no evil » manque au titre, ce qui fait partie de la plaisanterie dans un film où l’on jure abondamment.

Exemples d'utilisation

  • « Il a assisté à toute la scène, mais il joue les hear no evil, see no evil, speak no evil depuis. »
  • « La direction préfère faire hear no evil, see no evil, speak no evil plutôt que d'enquêter sur les plaintes. »