Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Fools rush in where angels fear to tread » ?
Le mot « fool » (« fou ») avait une connotation moins péjorative qu’aujourd’hui à l’époque où ce proverbe fut créé, au début du XVIIIe siècle. Un « fou » n’était alors pas un simple d’esprit, mais quelqu’un qui s’était comporté de façon insensée.
« Fools rush in… » a une origine bien précise : c’est une citation tirée de l’ouvrage du poète anglais Alexander Pope, An essay on criticism, paru en 1709 :
Such shameless Bards we have; and yet ‘tis true, There are as mad, abandon’d Criticks too. The Bookful Blockhead, ignorantly read, With Loads of Learned Lumber in his Head, With his own Tongue still edifies his Ears, And always List’ning to Himself appears. All Books he reads, and all he reads assails, From Dryden’s Fables down to Durfey’s Tales. With him, most Authors steal their Works, or buy; Garth did not write his own Dispensary. Name a new Play, and he’s the Poet’s Friend, Nay show’d his Faults - but when wou’d Poets mend? No Place so Sacred from such Fops is barr’d, Nor is Paul’s Church more safe than Paul’s Church-yard: Nay, fly to Altars; there they’ll talk you dead; For Fools rush in where Angels fear to tread.
[Nous avons de tels bardes sans vergogne, et pourtant il existe aussi des critiques tout aussi fous et dévoyés. Le pédant bourré de livres, lu sans discernement, la tête chargée d’un fatras de savoir, s’écoute sans cesse lui-même parler. Il lit tout, et attaque tout ce qu’il lit, des Fables de Dryden aux Contes de Durfey. Selon lui, la plupart des auteurs volent ou achètent leurs oeuvres ; Garth n’a pas écrit son propre Dispensary. Citez une nouvelle pièce, et il se dit l’ami du poète, lui montrant même ses défauts, mais quand les poètes se corrigeraient-ils ? Aucun lieu n’est trop sacré pour de tels fats, et l’église Saint-Paul n’est pas plus protégée que son cimetière : qu’ils se réfugient jusque sur les autels, on les y importunera à mort ; car « fools rush in where angels fear to tread ».]
Les « fous » que Pope visait ici étaient les critiques littéraires de son époque.
Cette formule a ensuite été reprise par plusieurs auteurs célèbres :
- Edmund Burke, dans Reflections on the Revolution in France, 1790 :
But - “fools rush in where angels fear to tread”.
[Mais, « fools rush in where angels fear to tread ».]
- Thomas Hardy, dans The Woodlanders, 1887 :
“…it seemed too nearly like the act of those who rush in where angels fear to tread.”
[Cela ressemblait trop à l’attitude de ceux qui se précipitent là où les anges craignent de s’aventurer.]
-
E. M. Forster, avec le titre de son premier roman, Where Angels Fear to Tread, 1905.
-
James Joyce, dans Ulysses, 1922 :
“…without anyway prying into his private affairs on the ‘fools step in where angels’ principle…”
[Sans pour autant se mêler de ses affaires privées, selon le principe voulant que « les fous s’engagent là où les anges hésitent ».]