Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Between the Devil and the deep blue sea » ? La réponse courte :
Personne ne sait avec certitude comment cette expression est née. On croit largement qu’elle est d’origine maritime et que le mot « devil » (diable) désignerait une couture de la coque d’un navire. Les preuves manquent cependant, et il est plus probable que ce « devil » fasse référence à Satan lui-même.
Quelle est l’origine de l’expression « Between the Devil and the deep blue sea » ? La réponse complète :
L’expression était à l’origine « Between the Devil and the deep sea » (et parfois « the Dead Sea » ou « the Red Sea »). La mer n’est devenue « bleue » que bien plus tard, et l’expression a gagné en notoriété grâce au titre d’une chanson populaire, Between the Devil and the Deep Blue Sea, écrite par Ted Koehler et Harold Arlen, et enregistrée par Cab Calloway en 1931.
Quelle est la source de l’expression originale ? Nous aimerions vraiment le savoir. CANOE, le comité mythique chargé d’attribuer une origine nautique à tout (Committee to Ascribe a Nautical Origin to Everything), voudrait nous faire croire qu’elle a une origine maritime, mais évidemment, ils diraient ça. Dans son livre « When a loose cannon flogs a dead horse there’s the devil to pay », Olivia Isil attribue elle aussi une origine maritime à l’expression, sans toutefois fournir de preuve.
Face à cela, il y a l’explication reposant sur le sens habituel du mot « Devil », c’est à dire l’esprit suprême du mal. Si c’est bien de ce Diable là qu’il s’agit, l’origine devient limpide : le Diable est mauvais, et tomber dans la mer profonde l’est tout autant. Être pris entre les deux serait donc une source légitime d’inquiétude.
Les partisans de cette explication renvoient à la mythologie grecque, où l’on trouve une version plus ancienne de cette idée d’être pris entre le mal et la mer. Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse doit affronter le passage entre Scylla (un monstre à six têtes) et Charybde (un tourbillon).
Pour expliquer la théorie nautique, il faut définir quelques termes marins. Terrain toujours risqué pour un terrien, cela finit généralement par attirer un vieux loup de mer qui vous reproche de confondre écoutes et cordages, mais tentons tout de même l’exercice.
“Devil, the seam which margins the waterways on a ship’s hull.” [« Devil : la couture qui borde les gouttières d’une coque de navire. »]
Cette définition provient de l’ouvrage majeur de l’amiral Henry Smyth, The Sailor’s Word-Book : an alphabetical digest of nautical terms, 1867. Cette définition ne m’était pas entièrement claire, mais un correspondant se décrivant comme « ingénieur et constructeur naval » l’a précisée ainsi :
“Devil, the seam between the deck planking and the topmost plank of the ship’s side.” [« Devil : la couture entre le platelage du pont et la plus haute planche du bordé du navire. »]
Pour se trouver « between the devil and the deep sea », un marin devait donc se tenir tout au bord du pont, voire par dessus bord : dans les deux cas, une position particulièrement précaire.
Notons au passage qu’un autre terme désignant l’action de calfater une couture est « paying ». Les tenants de l’origine nautique invoquent aussi ce mot pour expliquer the Devil to pay, bien que les preuves leur soient également défavorables sur ce point.
La première citation imprimée connue de « the Devil and the deep sea » se trouve dans l’ouvrage de Robert Monro, His expedition with the worthy Scots regiment called Mac-keyes, 1637 :
“I, with my partie, did lie on our poste, as betwixt the devill and the deep sea.” [« Moi, avec mon détachement, nous étions à notre poste, comme entre le diable et la mer profonde. »]
La théorie maritime est séduisante, mais tient elle la route ? Le terme nautique « devil » était il seulement en usage à l’époque où l’expression a été forgée ? Rien ne prouve que ce mot était employé dans ce sens avant plus de deux cents ans après la première apparition de l’expression. Si celle ci est effectivement antérieure au terme technique, alors l’origine nautique est clairement erronée. C’est donc aux partisans de cette théorie de fournir des preuves, et je ne retiens pas mon souffle en attendant.
CANOE ne convainc décidément pas sur ce coup là. Tout bien pesé, mieux vaut rester sur la terre ferme et s’en tenir au Diable que l’on connaît.
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