Quelle est l'origine de cette expression ?
“Wax poetic” signifie parler ou écrire d’une chose d’une manière de plus en plus fleurie et enthousiaste. Le verbe « wax » est ici un vieux mot signifiant « croître », et n’a rien à voir avec la cire ou les bougies. L’expression apparaît pour la première fois à l’écrit en 1872, dans How I Found Livingstone de Sir Henry Morton Stanley. Les formes « waxing poetic » et « waxed poetic » sont le même idiome à d’autres temps, et « wax lyrical » ainsi que « wax eloquent » en sont des cousines proches. Ce n’est que rarement un véritable compliment : l’expression décrit le plus souvent un purple patch, ou un orateur qui devient long-winded à propos d’un sujet mineur.
Quelle est l’origine de l’expression “Wax poetic” ?
“Waxing poetic” n’a aucun rapport avec les abeilles, les bougies ou le polissage des voitures. Le verbe « to wax » signifie « croître » ; il est l’opposé de « to wane », qui signifie « décroître ». Dans presque tous les usages modernes, « grow » et « decrease » ont largement supplanté les termes archaïques « wax » et « wane », sauf pour désigner les phases de la lune, croissante et décroissante. Les autres emplois contemporains de « wax » au sens de « croître » survivent dans diverses expressions comme « wax poetic » et « wax lyrical ». On les explique souvent par l’image de la lune croissante. En réalité, le mot est extrêmement ancien et servait à désigner la croissance dans de nombreux contextes bien avant d’être appliqué à l’augmentation mensuelle de la lune visible. Le roi Alfred, dans la traduction du Pastoral Care du pape Grégoire, qu’il commanda en 897 apr. J.-C., utilisait la forme en vieil anglais du mot : « weaxan ».
L’entrée d’Etymonline pour « wax » (v.1) présente le même déroulement des faits. Le mot vient du vieil anglais weaxan, « croître, grandir », employé d’abord « à propos des arbres, des plantes » ; il n’atteint la lune qu’« à partir du moyen anglais ancien », où il se trouve « associé par allitération à wane ». La même entrée relève un second usage ancien, « passer d’un état à un autre », comme dans « wax old », et c’est sur ce sens que repose « wax poetic » : moins une croissance qu’une transformation. Les anciennes formes fortes du verbe, wax, weox et waxen, étaient déjà archaïques après le XIVe siècle. On trouve aisément weaxan dans le texte du Pastoral Care, dans des sens tout à fait concrets, notamment à propos d’un prêtre qui « his feax lete weaxan », c’est-à-dire laisse pousser ses cheveux.
On trouve de nombreux exemples de « wax » au sens de « croître » dans les textes médiévaux ; par exemple, la Geneva Bible de 1560, au Deutéronome 32 :15 :
“But he that shulde haue bene vpright, when he waxed fat, spurned with his hele.” [« Mais celui qui aurait dû rester droit, quand il devint gras, rua des talons » ; la version de 1611 le formule en anglais plus moderne par « Jesurun waxed fat, and kicked ».]
Dans les deux cas, le verbe est employé dans son sens le plus littéral de croissance, sans aucune allusion à la parole.
Ce n’est que bien plus tard que « wax » a commencé à désigner un discours ou une écriture fleurie et poétique. Cela se retrouve dans diverses expressions, comme « wax lyrical », « wax poetic » et « wax eloquent ». Parmi elles, c’est « wax poetic » qui reste la plus employée aujourd’hui. Les dictionnaires ont mis du temps à s’y adapter. Michael Quinion, sur World Wide Words, fait remarquer que la première édition de l’Oxford English Dictionary, dont l’entrée pour « wax » parut en 1926, omettait complètement ce sens idiomatique, et qu’il a « fallu attendre 2006 pour qu’il soit ajouté à l’entrée en ligne », avec un premier exemple daté de 1842. « Wax eloquent » fut la première de ce groupe d’expressions à décrire quelqu’un devenant de plus en plus expansif et expressif dans son discours. Cela remonte au début du XIXe siècle, comme dans cet extrait de Bracebridge Hall, un recueil d’essais et de tableaux littéraires que Washington Irving publia sous le pseudonyme de Geoffrey Crayon. La première édition londonienne, imprimée pour John Murray, à Albemarle Street, date de 1822, et le passage provient de l’essai « English Gravity », dans le second volume :
“The whole country is covered with manufacturing towns… a region of fire; reeking with coal-pits, and furnaces, and smelting-houses, vomiting forth flames and smoke.” The squire is apt to wax eloquent on such themes. [« Tout le pays est couvert de villes industrielles… une région de feu, empestant les puits de charbon, les fourneaux et les fonderies, vomissant flammes et fumée. » Le châtelain a tendance à s’enflammer d’éloquence sur de tels sujets.]
Ironiquement, loin de « wax eloquent », Irving souffrait alors d’une panne d’inspiration en assemblant ce livre, à la suite d’un deuil familial, et peinait à réunir assez d’essais pour justifier une publication. Ses adieux à la fin du second volume l’admettent lui-même, évoquant « combien de fois j’ai pris ma plume, l’esprit troublé ».
“Waxing poetic” est venu ensuite. Le premier exemple que l’on puisse trouver à l’écrit se trouve dans How I Found Livingstone de Sir Henry Morton Stanley, en 1872 :
“One could almost wax poetic, but we will keep such ambitious ideas for a future day.” [« On pourrait presque s’enflammer de poésie, mais gardons de telles ambitions pour un autre jour. »]
Quinion retrouve cette même phrase de 1872 sur World Wide Words, et ajoute que l’entrée de l’Oxford English Dictionary ne comporte aucune occurrence de “wax poetic”, si bien que 1872 reste la date la plus ancienne que l’un ou l’autre ait trouvée.
Stanley semble avoir été un adepte enthousiaste du « wax ». Son livre contient aussi « I waxed indignant », « Farquhar and Shaw waxed too wroth », « I accordingly waxed courageous », le tout à un moment où, selon lui, le soleil « waxed hotter and hotter ». On ne saurait passer sous silence une réplique des Marx Brothers à ce sujet. Le rôle de Groucho Marx en professeur Quincy Adams Wagstaff, dans le film de 1932 Horse Feathers, a donné cette perle :
Wagstaff’s Receptionist: The Dean is furious! He’s waxing wroth! Prof. Wagstaff: Is Roth out there, too? Tell Roth to wax the Dean for awhile. [La réceptionniste de Wagstaff : « Le doyen est furieux ! Il enrage ! » Le professeur Wagstaff : « Roth est là aussi ? Dites à Roth de cirer le doyen un moment. »]
“Wax lyrical” a suivi au début du XXe siècle ; par exemple, dans la traduction de Gilbert Cannan de Jean-Christophe à Paris, en 1911 :
“He had the genius of taste except at certain moments when the Massenet slumbering in the heart of every Frenchman awoke and waxed lyrical.” [« Il avait le génie du goût, sauf à certains moments où le Massenet sommeillant au cœur de tout Français s’éveillait et devenait lyrique. »]
Cannan traduisait alors le cycle romanesque Jean-Christophe de Romain Rolland.
Il est temps pour moi de cesser de m’enflammer et de conclure.