Quelle est l'origine de cette expression ?
« Tilting at windmills » signifie s’en prendre à des ennemis imaginaires, ou mener un combat impossible à gagner. Tilting désigne la joute équestre : les moulins à vent sont ceux que Don Quichotte charge dans le roman de Cervantès, publié en espagnol en 1605 puis en anglais en 1612. Il les avait pris pour des géants.
Quelle est l’origine de l’expression « Tilting at windmills » ?
Tilting signifie jouter. L’expression vient de Don Quichotte de Cervantès, publié pour la première fois en 1604 sous le titre L’ingénieux hidalgo de la Manche.
Le roman raconte les exploits de Don Quichotte, hidalgo qui se rêve chevalier, et de son fidèle écuyer Sancho Panza, résolus à combattre l’injustice par la chevalerie. Il est considéré comme un chef-d’œuvre resté best-seller dans de nombreuses traductions.
John Ormsby, dont la traduction figure sur le Projet Gutenberg, précise les dates : la première partie fut imprimée en décembre et parut « with the new year, 1605 » [avec la nouvelle année 1605], tandis que la seconde partie « was not printed till the very end of 1615 » [ne fut imprimée qu’à la toute fin de 1615]. Les lecteurs anglais découvrirent les moulins grâce à Thomas Shelton, dont la traduction, selon Ormsby, fut « the first in any language » [la première dans quelque langue que ce soit], réalisée vers 1608 mais publiée seulement en 1612.
Le livre, qui nous a aussi donné l’adjectif quichottesque (poursuivant des idéaux visionnaires), montre son héros s’imaginant combattre des géants alors qu’il attaque des moulins à vent.
Just then they came in sight of thirty or forty windmills that rise from that plain. And no sooner did Don Quixote see them that he said to his squire, “Fortune is guiding our affairs better than we ourselves could have wished. Do you see over yonder, friend Sancho, thirty or forty hulking giants? I intend to do battle with them and slay them. With their spoils we shall begin to be rich for this is a righteous war and the removal of so foul a brood from off the face of the earth is a service God will bless.”
“What giants?” asked Sancho Panza.
“Those you see over there,” replied his master, “with their long arms. Some of them have arms well nigh two leagues in length.”
“Take care, sir,” cried Sancho. “Those over there are not giants but windmills. Those things that seem to be their arms are sails which, when they are whirled around by the wind, turn the millstone.”
[Ils aperçurent bientôt trente ou quarante moulins à vent dans la plaine. Don Quichotte dit à son écuyer : « La fortune guide nos affaires mieux que nous ne l’aurions espéré. Vois-tu, ami Sancho, ces géants massifs ? Je vais les combattre et les tuer ; leurs dépouilles feront notre fortune, car c’est une guerre juste que Dieu bénira. » « Quels géants ? » demanda Sancho. « Ceux-là, avec leurs longs bras, dont certains mesurent près de deux lieues », répondit son maître. « Prenez garde, seigneur : ce ne sont pas des géants mais des moulins à vent ; ce que vous prenez pour des bras, ce sont des ailes qui, tournées par le vent, font tourner la meule. »]
La traduction de Shelton dit la même chose : « those which appear there are no giants, but windmills ; and that which seems in them to be arms, are their sails » [ce qui apparaît là n’est pas des géants mais des moulins, et ce qui semble être des bras n’est que leurs ailes]. Les géants n’existaient que dans l’esprit de Don Quichotte.
Hormis dans les reconstitutions médiévales, on ne joute plus au sens propre. « Tilting at windmills » désigne aujourd’hui des attaques d’une nature bien moins martiale.
Le mot tilt est celui du tournoi. Etymonline atteste le nom dès les années 1510 : « un combat entre deux hommes en armes à cheval, chacun cherchant à désarçonner l’autre » et le verbe « jouter, charger à la lance » dès les années 1590. Les deux sens étaient déjà bien établis en anglais avant même la traduction de Shelton.
Les premières attestations figurées de l’expression apparaissent au XVIIe siècle. John Cleveland publie The character of a London diurnall en 1644 (un diurnall tenait du journal intime et du journal d’actualité) :
“The Quixotes of this Age fight with the Wind-mills of their owne Heads.”
[Les Quichottes de cette époque combattent les moulins à vent de leur propre esprit.]
Le pamphlet de Cleveland, conservé dans les numérisations Early English Books de l’Internet Archive, porte déjà cette formule en 1644. Le moulin à vent y représente un ennemi inventé, bien que personne ne le « tilt » encore vraiment.
La forme complète n’apparaît que vers la fin du XIXe siècle, par exemple dans le New York Times d’avril 1870 :
“They [Western Republicans] have not thus far had sufficient of an organization behind them to make their opposition to the Committee’s bill anything more than tilting at windmills.”
[Ils (les républicains de l’Ouest) n’avaient pas encore une organisation assez solide pour faire de leur opposition au projet de loi du comité autre chose que du tilting at windmills.]
Etymonline situe pourtant la forme figurée plus tôt : son entrée pour tilt (v.2) indique que « The figurative phrase tilting at windmills is suggested in English by 1798 ; the image is from Don Quixote, who mistook them for giants » [l’expression figurée est attestée dès 1798 ; l’image vient de Don Quichotte, qui les avait pris pour des géants]. L’exemple du New York Times de 1870 reste toutefois le plus ancien connu sous sa forme complète.
Le Cambridge Dictionary répertorie l’idiome sous la forme plus courte ‘tilt at windmills’, le qualifie de littéraire et le définit comme « to fight enemies who do not really exist » [combattre des ennemis qui n’existent pas réellement]. C’est ainsi qu’on l’emploie aujourd’hui : une fool’s errand contre un adversaire inexistant, plus proche d’une wild goose chase que d’un vrai combat.