Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « throw a spanner in the works » ?
« Throw (ou put) a spanner in the works » évoque les effets désastreux que produirait le fait de jeter une clé à molette (« spanner ») dans les engrenages et les pistons d’un moteur.
L’expression existe sous plusieurs variantes : « put/throw a spanner in the works/wheels/gears ». Il existe même une variante américaine, « throw a monkey wrench in the works ». Mais c’est bien la forme « throw a spanner in the works » qui est aujourd’hui la plus courante.
Cette expression est une rareté linguistique : c’est une locution anglaise très répandue qui a en fait été forgée en Nouvelle-Zélande.
La première occurrence imprimée que l’on connaisse figure dans les débats du Parlement néo-zélandais de 1932 (The Parliamentary Debates of the New Zealand Parliament) :
“Of course, every honourable member has a right to express his opinions, even of a critical nature, but I do think we should expect them to help and not throw a spanner in the gears.”
[Bien sûr, chaque honorable membre a le droit d’exprimer ses opinions, même critiques, mais je pense que nous devrions attendre d’eux qu’ils nous aident, et non qu’ils jettent une clé anglaise dans les rouages.]
Ce passage n’emploie pas la forme « spanner in the works », aujourd’hui plus fréquente, mais il s’agit manifestement de la même expression, dans le fond.
Étant donné la date et le lieu, il est possible que l’orateur néo-zélandais ait fait référence, ou du moins ait été influencé par, une légende de Whangamomona, une petite ville de l’île du Nord. On y trouve une plaque commémorative sur le site présenté comme celui du plus vieux puits de pétrole au monde. Elle indique ceci :
“This is the site of the World’s First Oil Well drilled here in 1828. Legend has it that Mr Ewen McGregor set up the derrick and drilled a hole 700 feet deep. All was going well and signs of an oil strike were imminent when his son Jethro dropped a spanner down the hole. From this incident the term, ‘A spanner in the works’, originated, and is now known world-wide. The spanner was not retrievable and so another hole was drilled, this time to 1200 feet, where gas was struck. Alas Ewen’s other son Cletus fell into this hole, and ended all prospecting on the site.”
[Ceci est le site du premier puits de pétrole au monde, foré ici en 1828. La légende raconte que M. Ewen McGregor installa le derrick et creusa un trou de 700 pieds de profondeur. Tout se passait bien et les signes d’une découverte de pétrole étaient imminents lorsque son fils Jethro laissa tomber une clé anglaise dans le trou. C’est de cet incident qu’est né le terme « a spanner in the works », désormais connu dans le monde entier. La clé fut irrécupérable, si bien qu’un autre trou fut foré, cette fois jusqu’à 1200 pieds, où l’on trouva du gaz. Hélas, l’autre fils d’Ewen, Cletus, tomba dans ce trou, ce qui mit fin à toute prospection sur le site.]
Que cette histoire soit vraie, ou que ce site soit réellement le premier puits de pétrole au monde, reste sujet à débat. En revanche, l’usage de « throw a spanner in the gears » dans le même pays quatre ans plus tard, lui, ne fait aucun doute.
Cela constitue un faisceau d’indices assez solide pour situer l’origine de l’expression en Nouvelle-Zélande, en 1828.
La plus ancienne occurrence imprimée de « throw a spanner in the works » se trouve dans Right Ho, Jeeves de P. G. Wodehouse, 1934 :
“He should have had sense enough to see that he was throwing a spanner into the works.”
[Il aurait dû avoir assez de bon sens pour voir qu’il jetait une clé anglaise dans les rouages.]
L’expression ne s’est diffusée que lentement aux États-Unis, où elle reste encore peu employée, même sous la forme « monkey wrench ».
John Lennon a joué sur cette expression dans le titre de son livre A Spaniard in the Works.
Comme beaucoup de gens ayant grandi en Grande-Bretagne dans les années 1950, Lennon était un admirateur du « professeur » Stanley Unwin, un comique connu pour son flot de galimatias inspiré, à mi-chemin du contrepèterie. Le titre de son livre doit d’ailleurs beaucoup à l’influence d’Unwin.