Quelle est l'origine de cette expression ?
Une chose qualifiée de « the cat’s pajamas » est excellente, la meilleure de son genre. L’expression est un argot américain datant d’environ 1920, l’une des nombreuses expressions animalières loufoques de l’ère des « flappers » qui a aussi donné the cat’s whiskers et the cat’s meow. L’anglais britannique l’écrit généralement « the cat’s pyjamas ».
Quelle est l’origine de l’expression « The cat’s pajamas » ?
Avant de commencer, réglons la question de l’orthographe de « pajamas ». L’orthographe la plus utilisée dans le monde est « pajamas ». Au Royaume-Uni, on préfère « pyjamas ». Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise version : le mot vient du persan et de l’ourdou pay-jama, si bien que les deux orthographes ont une légitimité égale. J’ai choisi ici l’orthographe habituellement utilisée aux États-Unis, puisque c’est là que « the cat’s pajamas » a été inventée.
Dans les années 1920, les villes de la côte est des États-Unis étaient un terreau fertile pour des modes d’expression nouvelles et extravagantes. Les jeunes gens brillants de l’ère des flappers voulaient rejeter tout ce qui était vieux ou guindé dans la mode, la musique et le langage. De nombreuses expressions animalières nouvelles, la plupart absurdes, furent inventées pour désigner l’excellence. On trouve ainsi the snake’s hips, the kipper’s knickers, the monkey’s eyebrows, et bien d’autres. Parmi toutes ces expressions, seules the bee’s knees et the cat’s pajamas restent en usage courant.
_ « The cat’s pajamas » est une expression absurde, mais elle repose tout de même sur une certaine logique. _
Il existe une expression apparentée, « the cat’s whiskers » (les moustaches du chat). Elle a servi de terme d’excellence, aussi bien dans les années 1920 qu’aujourd’hui encore, mais elle diffère des autres expressions de l’ère flapper en ce sens que, en plus de désigner littéralement les moustaches d’un chat, elle était aussi le nom des fins fils métalliques d’accord des premiers postes de radio à cristal. En tant qu’expression déjà existante, elle a simplement été récupérée parmi les nombreux termes désignant l’excellence.
« The cat’s pajamas » se distingue des autres expressions animalières similaires car elle était déjà en usage avant les cercles new-yorkais des années 1920. Le plus ancien exemple imprimé que j’aie pu trouver provient du journal de Caroline du Sud The Pageland Journal, en février 1918 :
Wouldn’t that beat the cat’s pajamas?
[N’est-ce pas ce qui se fait de mieux ?]
Wordorigins.org, qui travaille à partir d’archives numérisées de journaux américains, indique sa propre trouvaille la plus ancienne au 17 juillet 1919, dans le journal interne du 21e hôpital général de l’armée américaine à Denver, Colorado. L’expression y était utilisée à propos d’une offre de nourriture gratuite lors des matchs de baseball hebdomadaires de l’unité :
it would be the cat’s pajamas to have feed like that dished up to the fellows every Thursday.
[ce serait le nec plus ultra que l’on serve un tel repas aux gars chaque jeudi.]
C’est un an après l’exemple du Pageland Journal, et comme lui, cela provient d’un lieu bien éloigné de New York.
L’invention de l’expression est souvent attribuée au dessinateur sportif américain Thomas Aloysius « Tad » Dorgan, et les deux sources de référence sur l’expression ne sont pas d’accord à ce sujet. Le Green’s Dictionary of Slang présente cette attribution comme un fait établi, décrivant toute la famille de termes comme inventée, à l’instar de nombreux autres termes similaires, par le journaliste sportif américain T.A. « Tad » Dorgan. Wordorigins.org rejette cette thèse : Dorgan a bien employé the cat’s meow, mais cela ne fait pas de lui l’inventeur de l’expression. Les exemples de 1918 et 1919 cités plus haut, dont aucun ne lui est attribuable, posent problème, et la question reste réellement ouverte.
Le Green’s Dictionary of Slang donne comme première citation datée pour le sens d’excellence le journal du Connecticut le Bridgeport Telegram, du 14 septembre 1921 :
Speaking about drummers, wasn’t Howard Goulden the cat’s pajamas at the Sousa concert.
[À propos des batteurs, Howard Goulden n’était-il pas the cat’s pajamas au concert de Sousa.]
Etymonline situe l’apogée de cet engouement deux ans plus tard encore. Le site décrit the bee’s knees comme un survivant d’une mode datant d’environ 1923 pour les expressions argotiques d’excellence fondées sur l’anatomie animale, et cite the cat’s whiskers, the cat’s pajamas et the cat’s meow comme les versions qui ont traversé le siècle. La formule fonctionnait encore à la fin de ce même siècle : Etymonline fait remonter l’expression britannique dog’s bollocks à 1989.
« The cat’s pajamas » diffère aussi des autres expressions d’une autre manière : la référence animale n’est pas purement fantaisiste. « Cat » était un terme d’argot flapper désignant une jeune femme à la mode. Il fut ensuite repris dans les cercles du jazz et devint un terme désignant, homme ou femme, une personne au style affirmé, comme dans cool cat et hepcat.
Au milieu des années 1920, les expressions américaines the cat’s eyebrows / pajamas étaient devenues assez établies pour avoir traversé l’Atlantique, comme le montre cet extrait du journal londonien The Daily Herald, de mai 1923 :
“Oh, you lovers of Rudolph [Valentino] - He is the cat’s eyebrows.” If you have studied the American language you will know that this is the highest of all praise, except perhaps “he is the cat’s pyjamas.”
[« Oh, vous qui aimez Rudolph [Valentino], il est the cat’s eyebrows. » Si vous avez étudié la langue américaine, vous saurez qu’il s’agit là du plus grand éloge possible, si ce n’est peut-être « il est the cat’s pyjamas ».]
P. G. Wodehouse reprit cette famille d’expressions la même année, prêtant l’expression sœur à Miss Peavey, la poétesse américaine de Leave It to Psmith, 1923 :
Well, if this ain’t the cat’s whiskers!
[Eh bien, si ce n’est pas the cat’s whiskers !]
« The Cat’s Pajamas » était une expression si à la mode qu’elle servit à nommer de nombreuses choses dans les années 1920 : une danse, un spectacle, une chanson, un film, et même un style de sous-vêtements en fourrure.
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