Quelle est l'origine de cette expression ?
Une personne qui « sweating cobs » transpire abondamment : elle est trempée, ruisselante, bien au-delà d’une simple moiteur. L’expression est britannique, familière et fermement régionale. Son berceau se trouve dans les Midlands et le nord de l’Angleterre, de Nottingham et des Black Country jusqu’au Lancashire, où elle reste une façon quotidienne de se plaindre de la chaleur, d’un travail pénible ou d’une attente nerveuse (« I was sweating cobs before the interview »). Elle vit dans la langue parlée des cuisines, des chantiers et des bus bondés plutôt que sur la page écrite, ce qui explique en partie pourquoi son histoire est si peu documentée.
Quelle est l’origine de l’expression « sweating cobs » ?
L’expression est un authentique dialectalisme dont la trace écrite est courte. Le Green’s Dictionary of Slang définit « sweat cobs » comme « transpirer très abondamment », et le registre écrit qu’il rassemble est étonnamment récent : l’édition de 1984 du Dictionary of Slang and Unconventional English d’Eric Partridge date l’expression du milieu du vingtième siècle, et la citation la plus ancienne relevée par Green’s, tirée d’une pièce de 1980 sur la marine, Submariners, concerne en réalité une variante militaire, « I’m sweating neaters ». Des expressions comme celle-ci peuvent vivre à l’oral pendant des générations avant que quiconque ne les mette par écrit, il est donc possible qu’elle soit plus ancienne ; personne, cependant, n’a encore produit de citation victorienne.
Le vrai débat porte sur le sens précis de « cob » qui est ici transpiré, car cob est l’un des mots les plus chargés de sens de la langue anglaise. Etymonline note que ses nombreux sens s’organisent autour des idées de « tas, masse, objet arrondi » et de « tête », et que la première édition de l’Oxford English Dictionary répartissait le mot en huit noms distincts, un compte que la seconde édition a porté à onze. Les dictionnaires actuels recensent, entre autres, un cygne mâle, un petit cheval trapu aux pattes courtes, une noisette, un épi de maïs, un matériau de construction en argile et en paille, un pain rond et « un petit tas ou une petite masse arrondie de charbon ». L’English Dialect Dictionary de Joseph Wright, compilé à la fin du dix-neuvième siècle, ajoute toute une colonne de cobs locaux, depuis une petite meule de blé dans l’Oxfordshire jusqu’au noyau de cerise dans le Lincolnshire et un coup sur la tête, « a cob o’ the yead », dans le Leicestershire.
Les lexicographes privilégient le plus simple de ces sens. Green’s fait dériver l’expression de cob au sens de « masse arrondie » : sweat cobs, c’est transpirer en grosses gouttes rondes, des masses de sueur, la même exagération comique qui produit « sweating buckets ». Cette lecture ne nécessite aucune histoire particulière derrière elle, ce qui est généralement bon signe en étymologie.
L’explication populaire la plus répandue se tourne plutôt vers le pain. Précisément dans les régions où l’expression est la plus courante, un cob désigne un petit pain : lorsque YouGov a interrogé près de 25 000 Anglais en 2018 sur le nom qu’ils donnaient à ce pain, « cob » était la réponse majoritaire dans le Leicestershire, le Nottinghamshire et le Derbyshire. Les cobs fraîchement sortis du four se couvrent de perles d’humidité en refroidissant, et les boulangers qui les sortent du four transpirent eux aussi abondamment, d’où une histoire qui semble se raconter d’elle-même. Aucune preuve documentaire ne vient étayer cette hypothèse au-delà de cette coïncidence géographique, mais celle-ci est réelle : l’expression et le petit pain partagent le même terrain.
Une troisième piste évoque le cheval. Un cob est un petit cheval de travail trapu, du genre à se couvrir d’écume après une journée de labeur, et selon cette théorie « sweating cobs » serait une forme contractée de « sweating like a cob ». La grammaire joue contre cette hypothèse : dans l’expression, les cobs sont au pluriel et constituent ce que l’on transpire, pas ce qui transpire.
Quel que soit le cob en question, le mot s’est montré manifestement productif dans l’argot du nord et des Midlands au vingtième siècle. Son parent le plus connu est « to have a cob on », qui signifie être de mauvaise humeur, une expression que le Green’s Dictionary of Slang fait remonter à l’argot des stewards de la marine marchande relevé par Partridge en 1937, avec un exemple de 1943 : « he seems to have a proper cob on this morning ». Sauf découverte d’une citation plus ancienne, le résumé honnête est le suivant : « sweating cobs » est une expression régionale du vingtième siècle, sa filiation exacte reste disputée, et la masse arrondie demeure l’explication la moins forcée parmi celles proposées. La langue anglaise possède toute une garde-robe d’expressions liées à la transpiration, jusqu’à blood, sweat and tears ; celle-ci est celle pour laquelle il faut un guide local.