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Quelle est l'origine de l'expression « Strait-laced » ?

La signification de l'expression

« Strait-laced » désigne une personne rigide, austère et à la moralité stricte, en particulier en matière de convenances.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Quelle est l’origine de l’expression « Strait-laced » ?

« Strait », souvent confondu avec son homonyme « straight », est un mot rarement employé seul mais qui subsiste dans des expressions comme « strait and narrow », « dire straits », « strait-jacket » et « straitened circumstances ». Le sens de ces expressions devient clair quand on sait que « strait » ne signifie pas « exempt de courbure » mais « serré, étroit ». Cet usage remonte au XIIIe siècle, et l’on trouve un exemple ancien de ce sens de « serré » dans la traduction par John Trevisa du De Proprietatibus Rerum de Bartholomew de Glanville, 1398 :

A rynge that is streyghte on a fyngre and may not be take of afore mete, maye easely be take of after mete. [Un anneau serré au doigt, qu’on ne peut retirer avant le repas, se retire aisément après le repas. L’auteur devait manger salement.]

La confusion entre « straight » et « strait » est compréhensible, car certaines des expressions citées, comme « strait and narrow », semblent avoir un sens avec l’idée de « droit ». Pour l’orthographe, il peut être utile de retenir le sens de « serré » : ainsi, un « strait-jacket » n’est pas une veste « droite » mais une veste « serrée ». Cette confusion orthographique entre « straight » et « strait » a aussi troublé la compréhension de « strait-laced ». On pourrait croire (et j’avoue l’avoir moi-même cru) que cet adjectif renvoyait à la droiture du laçage bien tendu des robes féminines. L’expression vient effectivement du laçage des robes et des corsets, mais parce que ce laçage était serré, non parce qu’il était droit.

Geoffrey Chaucer fait référence à des vêtements « streyte » dans The Canterbury Tales, Prologue, vers 1405 :

Hir hosen weeren of fyn Scarlet reed Ful streyte yteyd. [Elle portait de fins bas écarlates, serrés par des jarretières bien ajustées.]

L’expression « strait-laced » apparaît pour la première fois à l’écrit, également dans un texte en moyen anglais : le poème de John Lydgate My Fayr Lady, vers 1430. Dans ce poème, à visée comique, Lydgate décrit sa bien-aimée tantôt comme « lyke as an olivaunt » [pareille à un éléphant], tantôt dotée de « greet square shulderys brood » [grandes épaules larges et carrées]. On ignore si sa « fayr lady » appréciait la plaisanterie :

Hire crowpe doth the semys shrede, Whan they so streyght lasyd been. [Son postérieur fait craquer les coutures, alors qu’elles étaient pourtant bien serrées.]

Au XVIe siècle, « strait-laced » commence à être employé au figuré pour désigner des personnes rigides dans leurs croyances et leur façon de penser. Le pamphlet religieux de Thomas Martin, The Marriage of Priestes, 1554, illustre cet usage :

He had to doe with certaine holy and straite lased heretikes, whiche denied it to be lawful for a Christian man after his baptisme to retourne to his wife. [Il avait affaire à certains hérétiques pieux et strait-laced, qui niaient qu’il fût licite pour un chrétien, après son baptême, de retourner auprès de sa femme.]

Aux XVIIIe et XIXe siècles, la mode voulait que les femmes de qualité portent des corsets extrêmement serrés pour souligner leur silhouette en sablier. L’image que nous gardons aujourd’hui des dames de la haute société victorienne, guindée et formelle, est qu’elles étaient « strait-laced » à plus d’un titre.