Français

Quelle est l'origine de l'expression « Shoddy » ?

La signification de l'expression

« Shoddy » désigne aujourd'hui quelque chose de médiocre ou de bâclé, alors qu'il désignait à l'origine une laine recyclée de bonne qualité.

Quelle est l'origine de cette expression ?

D’où vient le mot « Shoddy » ?

Ce site traite des significations et des origines d’expressions, aussi je m’attarde rarement sur des mots isolés. Mais « shoddy » est un cas suffisamment intéressant pour faire exception.

Ici, dans le Yorkshire, il n’est pas rare de voir sur d’anciennes usines victoriennes des enseignes proclamant fièrement « shoddy manufacturers » (fabricants de shoddy). Ces enseignes semblent étranges : pourquoi mettre ainsi en avant la mauvaise qualité de son propre travail ?

En réalité, ces usines ne produisaient pas des marchandises inférieures. Elles ont été construites avant le milieu du XIXe siècle, avant que « shoddy » ne prenne son sens de « médiocre ». À cette époque, le mot désignait uniquement un type de fil de laine fabriqué en déchiquetant de vieux chiffons de laine, puis en tissant les fibres obtenues, parfois mélangées à un peu de laine neuve, pour produire une étoffe elle aussi appelée « shoddy ».

Ce procédé de fabrication n’avait rien de médiocre. On y verrait aujourd’hui un modèle exemplaire de recyclage, et à l’époque victorienne, ces entreprises jouissaient d’une réputation de fabricants de lainage de qualité. Le réformateur social Henry Mayhew, dans London labour and the London poor (1851), établissait même une distinction entre le véritable shoddy laineux du nord et l’imitation méridionale fabriquée à partir de chutes de coton :

To this stuff [cotton rags ground up] the name of ‘shoddy’ is given, but the real and orthodox ‘shoddy’ is a production of the woollen districts. [On donne le nom de « shoddy » à cette matière (des chiffons de coton broyés), mais le véritable et authentique « shoddy » est une production des régions lainières.]

C’est dans la seconde moitié du XIXe siècle que « shoddy » a commencé à descendre du sommet vers le bas de notre estime.

Le talon d’Achille du shoddy était que, sa matière première étant pratiquement gratuite, il coûtait moins cher que le drap neuf tissé à partir de toison de mouton. Des fabricants peu scrupuleux se sont mis à mélanger du shoddy à leurs tissus de laine pour en augmenter le volume à moindre coût.

Dans ma jeunesse, nous n’avions pas de Playstation mais de la pâte à modeler, et ceux qui, à l’époque, mélangeaient les couleurs de l’arc-en-ciel se souviendront du gris violacé terne qui en résultait immanquablement. C’est exactement la couleur du shoddy. Bien fabriqué et parfaitement adapté aux couvertures, aux rembourrages et autres usages, ce n’était pourtant pas ce dont un dandy de bonne société aurait voulu voir son costume neuf confectionné.

Cette plainte, tirée du Yorkshire Post and Leeds Intelligencer de décembre 1872, illustre bien la situation :

It is gratifying to find that all-wool goods hold their own, though large quantities of shoddy goods and unions are produced in order to get the same appearance as first-class manufactures, at a lower price. [Il est réjouissant de constater que les articles tout laine se maintiennent, bien que de grandes quantités d’articles en shoddy et en tissus mixtes soient produites afin d’imiter l’apparence des articles de première qualité, à moindre coût.]

C’est vers cette époque que diverses occurrences de « shoddy », employé au sens de « médiocre », apparurent dans la presse britannique. Elles évoquaient souvent la tromperie consistant à faire passer le shoddy pour de la laine neuve. Par exemple :

J. R. Lowell’s The Biglow Papers, 1862 - ‘You think thet’s ellerkence [elegance], - I call it shoddy, A thing,’ sez I, ‘wun’t cover soul nor body; I like the plain all-wool o’ common-sense.’ [Vous trouvez cela élégant, moi j’appelle ça du shoddy, une chose, dis-je, qui ne couvrirait ni l’âme ni le corps ; je préfère le tout laine simple du bon sens.]

Leslie Stephen’s Essays on Freethinking and Plainspeaking, 1873 - He calmly retailed his lengths of theological shoddy, - old fragments of decaying systems woven into a web of the usual polish and flimsiness. [Il débitait calmement ses métrages de shoddy théologique, vieux fragments de systèmes décadents tissés en une toile du poli et de la fragilité habituels.]

« Shoddy » a ainsi rejoint « sleazy », « seedy », « shabby », « shonky », « second-rate », « scruffy » et « slipshod » parmi les termes généraux signifiant « bon marché et de mauvaise qualité » (et ce n’est là qu’un échantillon commençant par S, l’anglais ne manquant pas de vocabulaire pour dénigrer). Aux États-Unis, « shoddy » en vint aussi à désigner une personne qui utilisait sa richesse pour affirmer un statut social.

Les fabricants de shoddy du nord de l’Angleterre rechignaient à adopter ce sens péjoratif, et les journaux du nord continuèrent, jusqu’à la fin du XIXe siècle, à vanter fièrement leurs « shoddy goods ». Ils finirent pourtant par capituler, le mot s’étant définitivement imposé comme un terme de dénigrement.

Quant à savoir pourquoi les premiers fabricants ont choisi ce nom, la certitude nous échappe. L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agirait d’une déformation de « shode », terme utilisé dans le Northumberland pour désigner des fragments de minerai d’étain et de plomb trouvés à la surface du sol. De nos jours, si le commerce du shoddy existe encore, il est plus souvent vendu sous le nom de « mungo », désignant un produit similaire. Le mot « mungo » a d’ailleurs sa propre histoire, mais c’est là une autre affaire.

Exemples d'utilisation

  • « Ce produit est vraiment shoddy, il s'est cassé au bout de deux jours. »