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Quelle est l'origine de l'expression « Scot free » ?

La signification de l'expression

« Scot free » désigne le fait d'échapper à toute punition ou de ne pas payer ce que l'on doit.

Quelle est l'origine de cette expression ?

« Scot free » signifie échapper à toute punition, ou ne pas payer ce que l’on doit. Le mot « scot » désignait un impôt médiéval, et l’expression n’a rien à voir avec l’Écosse ni avec Dred Scott. Elle existe en anglais depuis la période du vieil anglais. Les orthographes standard sont scot free et scot-free ; Scott free est une faute d’orthographe, et scotch free est une ancienne variante tombée en désuétude depuis longtemps.

Quelle est l’origine de l’expression ‘Scot free’ ?

Dred Scott était un esclave noir né en Virginie, aux États-Unis, en 1799. Lors de plusieurs procès retentissants, jusqu’à la Cour suprême des États-Unis en 1857, il tenta d’obtenir sa liberté. Ces procès échouèrent tous, mais Scott fut plus tard affranchi par ses soi-disant propriétaires, la famille Blow. Sachant cela, on pourrait croire qu’il n’y a pas lieu de chercher plus loin l’origine de l’expression « scot free ». Beaucoup de gens, surtout aux États-Unis, sont convaincus que l’expression vient de l’histoire de Dred Scott.

L’étymologie de cette expression montre bien le danger de vouloir bâtir une démonstration sur de simples indices circonstanciels. En réalité, l’expression n’a rien à voir avec M. Scott.

Étant donné la réputation des Écossais, réputés économes, on pourrait chercher l’origine de « scot free » du côté de l’Écosse. Encore raté, mais on se rapproche géographiquement. « Skat » est un mot scandinave désignant l’impôt ou le paiement, et ce mot a migré vers la Grande-Bretagne pour se transformer en « scot », nom d’un impôt redistributif, prélevé dès le Xe siècle sous forme d’aide municipale aux pauvres.

L’entrée d’Etymonline pour scot (n.) fait remonter le mot au vieux norrois skot, une contribution, dont le sens littéral était un tir ou une chose lancée. Le nom du pays est un mot totalement différent, avec une histoire distincte : l’entrée d’Etymonline pour Scot le fait dériver du latin tardif Scotti, attesté vers 400, un nom d’origine incertaine. Les deux mots ne font que se ressembler, et aucun Écossais n’a jamais eu de lien avec le fait d’aller scot free. C’est l’une des expressions que l’on comprend souvent de travers.

La même entrée d’Etymonline précise qu’à partir d’environ 1300, un scot désignait aussi le paiement de la nourriture ou de la boisson lors d’une réunion sociale. Payer son scot signifiait régler sa part de l’addition, si bien qu’aller scot free consistait, très littéralement, à sortir sans payer sa part.

« Scot », comme terme désignant un impôt, a ensuite été utilisé sous diverses formes : Church scot, Rome scot, Soul scot, et ainsi de suite. Quel que soit l’impôt en question, l’expression « getting off scot free » signifiait simplement échapper au paiement de ses taxes.

Personne n’aime payer l’impôt, et des gens s’en tirent scot free depuis au moins le XIe siècle. La première mention imprimée de « scot free » se trouve dans une copie falsifiée du Writ of Edward the Confessor. Nous n’avons pas de date précise pour cette version falsifiée du décret, mais Édouard mourut en 1066 et la copie fut réalisée quelque temps au XIIIe siècle. Dans tous les cas, cela précède de loin l’affranchissement de Dred Scott.

Le mot composé est au moins aussi ancien que le décret dans lequel il fut falsifié. Etymonline date scot-free de la fin du vieil anglais, sous la forme scotfreo, glosée comme exempt de l’impôt royal, formée de scot, un impôt royal, et de freo, libre. Le mot est entré dans la langue anglaise comme un terme du vocabulaire fiscal, et ce n’est que plus tard qu’il en est venu à désigner le fait d’échapper à n’importe quoi.

L’usage figuré de l’expression, c’est à dire celui où aucun impôt scot n’est réellement en jeu mais où quelqu’un échappe à une arrestation, apparaît au XVIe siècle, comme dans cet exemple tiré de l’ouvrage d’histoire naturelle de John Maplet, Green Forest, 1567 :

“Daniell scaped scotchfree by Gods prouidence.” [« Daniel s’en tira scotchfree par la providence de Dieu. »]

La première édition de 1567 a été numérisée par l’Internet Archive, et l’orthographe scotchfree y figure bien dans le texte de Maplet. La forme que les gens tapent encore aujourd’hui dans un moteur de recherche existait donc bel et bien en imprimé au XVIe siècle, même si elle a cessé depuis longtemps d’être de l’anglais standard.

« Scotchfree » était une variante née d’une mauvaise audition du mot. Un exemple de la forme actuellement utilisée, à savoir « scot free », apparaît quelques années plus tard, dans l’œuvre de l’auteur anglais Robert Greene, The Historie of Dorastus and Fawnia, 1588 :

“These and the like considerations something daunted Pandosto his courage, so that hee was content rather to put up a manifest injurie with peace, then hunt after revenge, dishonor and losse; determining since Egistus had escaped scot-free.” [« Ces considérations et d’autres semblables ébranlèrent quelque peu le courage de Pandosto, si bien qu’il préféra tolérer en paix une injustice manifeste plutôt que de rechercher la vengeance, le déshonneur et la perte, se résignant puisqu’Egistus s’en était tiré scot-free. »]

Le roman de Greene, plus connu sous le nom de Pandosto, est l’histoire que Shakespeare réutilisera plus tard dans Le Conte d’hiver. Le sens y est déjà pleinement moderne. Aucun impôt n’est en jeu dans ce passage ; Egistus s’en est simplement tiré sans conséquence, et Pandosto lui en veut pour cela.

Ainsi, les premiers à s’en être tirés scot free ne datent pas du XIXe siècle mais du XVIe, et n’étaient ni américains ni écossais, mais anglais.

Le Cambridge Dictionary donne comme définition moderne de l’adverbe : « sans recevoir la punition méritée ou attendue, ou sans subir de préjudice ». L’impôt qui a donné son nom à l’expression a disparu depuis des siècles, mais l’exemption qu’il désignait subsiste, appliquée à quiconque échappe aux conséquences alors qu’une sanction était attendue.

Exemples d'utilisation

  • Il a été acquitté et s'en est sorti scot free, sans avoir à rembourser un centime.
  • Malgré les preuves accablantes, l'entreprise s'en est tirée scot free.