Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « The rub of the green » ?
Au Royaume-Uni, les commentateurs de snooker évoquent souvent le « rub of the green ». Le contexte de leurs propos montre clairement que l’expression signifie « la chance », le plus souvent la malchance. J’avais toujours supposé que le « green » en question était le tapis de feutre vert qui recouvre la table de snooker. Puis, en entendant l’expression employée dans un contexte similaire lors d’un commentaire de golf, il m’a semblé tout aussi plausible que le mot désignait plutôt un green de golf. Une petite recherche révèle en réalité que, malgré les origines anciennes du golf, le terme « rub » n’a pas d’abord été utilisé dans ce sport, ni dans le snooker, si tant est qu’on puisse appeler cela un sport, mais bien dans le jeu de boules.
Un « rub » désigne tout obstacle ou empêchement qui détourne la boule de sa trajectoire normale. Le terme est quasiment synonyme de « let », qui subsiste aujourd’hui au tennis, notamment dans l’expression « let or hindrance ».
Certaines références du début du XVIe siècle au mot « rub » sont figurées, ce qui laisse penser que le sens littéral du terme était déjà en usage auparavant. Shakespeare y fait allusion dans Richard II, en 1593 :
Lady: Madame, wee’le play at Bowles. Queen: ‘Twill make me thinke the World is full of Rubs, And that my fortune runnes against the Byas.
[Dame : Madame, jouons aux boules. Reine : Cela me fera penser que le monde est plein d’obstacles, et que ma fortune va à contre-biais.]
Shakespeare emploie également « the rub », au sens d’« obstacle », dans l’un de ses passages les plus célèbres, le monologue d’Hamlet « To be, or not to be » :
To sleep: perchance to dream: ay, there’s the rub; For in that sleep of death what dreams may come
[Dormir : peut-être rêver : ah, voilà l’obstacle ; Car dans ce sommeil de la mort, quels rêves peuvent venir]
La première apparition imprimée de « rub of the green » que j’aie trouvée n’a rien à voir avec les jeux où des messieurs enfoncent des balles dans des trous : elle provient de The High-German Doctor, ouvrage de Philip Horneck paru en 1716, un discours étrange et décousu sur l’occultisme. Horneck utilise l’expression comme nom d’un personnage.
La première citation que j’aie trouvée du sens sportif actuel du terme provient bien du monde du golf. Les règles du golf sont codifiées en Écosse depuis leur première publication en 1744. À partir du XIXe siècle, elles émanent principalement de la Society of St Andrews Golfers, sous le nom sans équivoque de The Rules of Golf. En 1812, les règles comprenaient :
Whatever happens to a Ball by accident, must be reckoned a Rub of the green.
[Tout ce qui arrive accidentellement à une balle doit être considéré comme un « rub of the green ».]
Avec le temps, un « rub » est passé du sens d’une bosse, d’un creux ou de tout autre obstacle physique sur la surface du green à celui d’« un coup de chance ou de malchance ».