Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Peeping Tom » ?
L’expression « Peeping Tom » vient de la légende de la chevauchée de Lady Godiva à travers les rues de Coventry.
Le nom provient de cette légende selon laquelle Lady Godiva aurait traversé nue les rues de Coventry afin de persuader son mari d’alléger les taxes écrasantes qui pesaient sur les pauvres de la ville. L’histoire raconte que les habitants avaient accepté de ne pas la regarder passer, mais que Peeping Tom trahit cette promesse et l’observa en cachette.
Cette chevauchée est encore commémorée (habillée, cette fois) chaque année dans la ville. Comme le montre l’image traditionnelle, il n’y a plus aujourd’hui aucun tabou à la regarder.
Il n’est pas simple de démêler le vrai du légendaire dans ce récit. Lady Godiva fut un personnage historique réel, mentionné dans divers documents anciens, notamment le Domesday Book de 1085. Certains éléments permettent de la considérer comme une bienfaitrice de la ville, bien que d’autres récits contestent cette version. Elle épousa Leofric en 1040 et, en 1043, le persuada de faire construire un monastère bénédictin à Coventry.
Voici la traduction d’un texte latin, rédigé environ un siècle après les faits supposés, les Flores Historiarum de Roger de Wendover, mort en 1236.
“Ascend,” he said, “thy horse naked and pass thus through the city from one end to the other in sight of the people and on thy return thou shalt obtain thy request.” Upon which she returned: “And should I be willing to do this, wilt thou give me leave?” “I will,” he responded. Then the Countess Godiva, beloved of God, ascended her horse, naked, loosing her long hair which clothed her entire body except her snow white legs, and having performed the journey, seen by none, returned with joy to her husband who, regarding it as a miracle, thereupon granted Coventry a Charter, confirming it with his seal.
[« Monte, lui dit-il, nue sur ton cheval et traverse ainsi la ville d’un bout à l’autre, à la vue du peuple, et à ton retour tu obtiendras ce que tu demandes. » Ce à quoi elle répondit : « Et si j’accepte de le faire, m’en donneras-tu la permission ? » « Je te la donne », répondit-il. Alors la comtesse Godiva, aimée de Dieu, monta sur son cheval, nue, dénouant ses longs cheveux qui couvraient tout son corps hormis ses jambes d’une blancheur de neige, et ayant accompli le trajet sans être vue de personne, revint avec joie auprès de son mari qui, y voyant un miracle, accorda dès lors à Coventry une charte, la scellant de son propre sceau.]
Quelle que soit la part de vérité dans cette chevauchée à travers la ville, aucun récit ne mentionne un personnage nommé « Peeping Tom » avant le XVIIIe siècle, ce qui laisse penser à un ajout plus tardif. Pourquoi cette broderie fut greffée sur l’histoire reste incertain.
Le nom « Peeping Tom » apparaît pour la première fois dans les comptes municipaux de Coventry en 1773, où l’on note l’achat d’une nouvelle perruque et de peinture pour l’effigie de Tom le tailleur (qui devait donc exister depuis un certain temps déjà).
La première mention faisant allusion à ses habitudes douteuses se trouve dans le Classical Dictionary of the Vulgar Tongue de Grose, en 1796.
“Peeping Tom, a nick name for a curious prying fellow.”
[« Peeping Tom, surnom donné à un individu curieux et fureteur. »]
Les Peeping Toms ne se limitent évidemment pas à l’époque médiévale. Vers la fin du XXe siècle, ils se sont vu attribuer une nouvelle activité, ou du moins un nouveau nom pour une pratique ancienne. Le terme dogging fut inventé au Royaume-Uni pour désigner le fait d’épier des couples ayant des rapports sexuels dans une voiture ou un autre lieu public. Le sens de dogging s’est depuis élargi pour inclure aussi la pratique elle-même, en public.
Voir d’autres expressions consignées pour la première fois par le capitaine Francis Grose.