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Quelle est l'origine de l'expression « On cloud nine » ?

La signification de l'expression

Être sur un nuage, dans un état de bonheur parfait.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Être « on cloud nine », ou sur le nuage neuf, c’est se trouver dans un état de bonheur parfait. L’expression est américaine, attestée pour la première fois en 1935 sous la forme « cloud eight », et l’explication populaire liée au Bureau météorologique américain ne tient pas la route. Le chiffre neuf ne s’est imposé que plus tard, après que le nuage sept avait été le favori.

Quelle est l’origine de la phrase « on cloud nine » ?

Chaque fois qu’une expression contient un nombre, comme the whole nine yards ou at sixes and sevens, les tentatives d’explication de son origine se concentrent généralement sur la signification de ce nombre. « On cloud nine » ne fait pas exception.

Une explication souvent entendue veut que l’expression vienne d’une des classifications de nuages définies par le Bureau météorologique américain dans les années 1950, dans laquelle le « Cloud Nine » désignerait le type cumulonimbus, cette masse duveteuse jugée si spectaculaire.

Une autre explication fait remonter la phrase au bouddhisme, où le neuvième nuage serait une des étapes de la progression vers l’éveil d’un bodhisattva (celui destiné à devenir bouddha).

Aucune de ces deux explications ne tient debout. D’abord, la classification des nuages comme les étapes bouddhistes vers l’éveil comptent toutes deux dix niveaux.

Isoler l’avant-dernière étape de l’une ou l’autre revient à attribuer l’origine de « the whole nine yards » au football américain, où c’est dix yards, et non neuf, qui constitue la mesure significative. Par ailleurs, le fait que le neuf soit loin d’être le seul chiffre associé aux nuages plaide contre ces origines. Les premières attestations d’expressions en « cloud » mentionnent les nuages sept, huit, neuf, et même trente-neuf.

Les deux ouvrages de référence qui rapportent l’histoire de la classification des nuages ne la racontent pas de la même façon, ce qui invite déjà à la prudence. Le Green’s Dictionary of Slang la fait remonter au Brewer’s Dictionary of Phrase and Fable, 15e édition, 1995, où le système est attribué au Bureau météorologique américain et compte « nine divisions, and number nine is cumulonimbus » (neuf catégories, et la numéro neuf est le cumulonimbus). L’Online Etymology Dictionary renvoie plutôt à l’Atlas international des nuages de 1895, « long the basic source for cloud shapes, in which, of the ten cloud types, cloud No. 9, cumulonimbus, was the biggest, puffiest, most comfortable-looking » (longtemps la source de référence pour les formes de nuages, où, parmi les dix types, le nuage n° 9, le cumulonimbus, était le plus gros, le plus moelleux, le plus accueillant). Etymonline date « cloud nine » lui-même de 1950 et laisse la question ouverte, décrivant l’expression comme « American English, of uncertain origin or significance » (anglais américain, d’origine ou de signification incertaine).

Il semble que ce soient les nuages eux-mêmes, plutôt que leur numéro, qui aient inspiré les créateurs de cette expression. L’image évoquait au départ une rêverie du type « cloud cuckoo land » ou « la tête dans les nuages », provoquée par l’ivresse ou par l’inspiration, plutôt que le bonheur idyllique que l’on associe aujourd’hui à la phrase. Toutes les premières attestations viennent des États-Unis du milieu du XXe siècle, et la plus ancienne que j’aie trouvée figure dans le répertoire d’argot d’Albin Pollock, The Underworld Speaks, 1935 :

“Cloud eight, befuddled on account of drinking too much liquor.” [Nuage huit, hébété à force d’avoir trop bu.]

« Cloud nine » apparaît un peu plus tard, par exemple dans The Oxnard Press-Courier, d’août 1946 :

“I think he has thought of everything, unless the authorities pull something new on him out of cloud nine.” [Je crois qu’il a pensé à tout, à moins que les autorités ne lui sortent quelque chose de nouveau tout droit du nuage neuf.]

À la même époque, on trouve les nuages sept et trente-neuf, respectivement dans The San Mateo Times, avril 1952, et dans Hustlers de Ross, 1956 :

“Mantovani’s skilled use of reeds and strings puts this disc way up on Cloud Seven.” [L’usage habile que fait Mantovani des anches et des cordes hisse ce disque tout en haut du nuage sept.]

“That stuff is way up on Cloud Thirty-nine.” [Ce truc-là est tout en haut du nuage trente-neuf.]

Le favori des débuts était « cloud seven », et bon nombre des plus anciennes citations emploient cette forme, comme dans cet extrait du Dictionary of American Slang, 1960, qui fut la première définition imprimée du terme :

“Cloud seven, completely happy, perfectly satisfied; in a euphoric state.” [Nuage sept, complètement heureux, parfaitement satisfait ; dans un état euphorique.]

Cette préférence initiale pour le sept comme chiffre significatif a peut-être été influencée par l’expression déjà existante « seventh heaven » (septième ciel).

Le Green’s Dictionary of Slang regroupe toutes ces formes numérotées sous une seule entrée, qu’il ouvre avec la même citation de Pollock datée de 1935 : la date de départ n’est donc pas contestée. L’orthographe chiffrée que l’on emploie souvent aujourd’hui, « cloud 9 », apparaît dans Green’s une génération avant les albums de George Harrison et des Temptations, dans une parole de la chanson de 1959 « Kookie, Kookie, Lend Me Your Comb » : “Don’t cut out of here till we get on Cloud 9.” [Ne file pas d’ici avant qu’on soit sur le nuage 9.]

Depuis les années 1980 environ, « cloud nine » a fini par dominer. Cela tient probablement à l’usage de « cloud nine » dans la musique populaire : George Harrison a repris le terme comme titre de son album de 1987, et surtout, les Temptations en ont fait le titre de leur album de « psychedelic soul » de 1969.

Comme le veut l’inflation propre au langage, on entend aujourd’hui des gens exprimer leur bonheur avec un « cloud ten » encore plus exagéré, ce qui nous ramène aux théories sur le cumulonimbus et le bouddhisme. Un huitième ciel, quelqu’un ?

L’alcool, lui, a disparu de l’expression en chemin. Le Cambridge Dictionary définit aujourd’hui « be on cloud nine » comme « to be extremely happy and excited » [être extrêmement heureux et excité], ce qui est bien loin de l’hébétude du « cloud eight » de Pollock en 1935.

Voir d’autres expressions nées aux États-Unis.

Exemples d'utilisation

  • Cloud eight, befuddled on account of drinking too much liquor.
  • I think he has thought of everything, unless the authorities pull something new on him out of cloud nine.
  • Mantovani's skilled use of reeds and strings puts this disc way up on Cloud Seven.
  • That stuff is way up on Cloud Thirty-nine.
  • Cloud seven, completely happy, perfectly satisfied ; in a euphoric state.
  • Don't cut out of here till we get on Cloud 9.