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Quelle est l'origine de l'expression « Never a truer word spoken » ?

La signification de l'expression

On dit « never a truer word spoken » pour approuver avec emphase une remarque qui vient d'être faite, comme pour dire qu'elle ne pourrait pas être plus juste.

Quelle est l'origine de cette expression ?

« Never a truer word spoken » est ce que l’on dit quand quelqu’un vient de résumer une situation avec une justesse parfaite. C’est une approbation emphatique, un peu théâtrale : les paroles que l’on vient d’entendre ne pourraient pas être mieux dites. Grammaticalement, c’est une phrase tronquée, raccourcie à partir de formes plus complètes comme « never was a truer word spoken » ou « you never spoke a truer word », et on la trouve souvent allongée en « never a truer word spoken in jest » lorsqu’une plaisanterie tombe accidentellement sur la vérité. Les locuteurs britanniques et irlandais préfèrent cette tournure, tandis que les Américains disent plutôt « truer words were never spoken ».

Quelle est l’origine de l’expression « never a truer word spoken » ?

Deux vieux fils se rejoignent dans cette expression : le proverbe selon lequel la vérité s’échappe en plaisantant, et le compliment ordinaire « you never spoke a truer word ». Le fil proverbial remonte au moins à Geoffrey Chaucer. Dans le prologue du Conte du Cuisinier, écrit à la fin du quatorzième siècle, l’Hôte taquine Roger le Cuisinier sur l’état de sa gargote, avec ses tourtes deux fois réchauffées et ses mouches en liberté, puis lui demande de ne pas mal le prendre :

But yet I pray thee, be nat wroth for game; A man may seye ful sooth in game and pley.

[Mais je te prie pourtant de ne pas te fâcher pour une plaisanterie ; un homme peut dire une pleine vérité en jeu et en s’amusant.]

La réponse du Cuisinier contient les deux idées à la fois : « Thou seist ful sooth » (tu n’as jamais dit une parole plus vraie), « But ‘sooth pley quaad pley’, as the Flemyng seith » [mais « plaisanterie vraie, mauvaise plaisanterie », comme dit le Flamand], citant un proverbe flamand signifiant, en gros, qu’une plaisanterie vraie est une mauvaise plaisanterie.

L’idée a conservé sa vigueur. Shakespeare en donne une version à Regan dans le Roi Lear : « Jesters do oft prove prophets » [Les bouffons se révèlent souvent prophètes]. Quand Jonathan Swift compile Polite Conversation (1738), son anthologie satirique des propos de salon usés jusqu’à la corde, l’un de ses personnages sort « they say, many a true Word’s spoke in Jest » [on dit que plus d’une parole vraie se dit en plaisantant], preuve que le dicton était déjà un lieu commun. Les recueils de proverbes victoriens le mentionnent dans sa formulation aujourd’hui familière ; le Hand-book of Proverbs de Henry Bohn (1855), fondé sur la collection de John Ray datant du dix-septième siècle, le donne sous la forme « Many a true word spoken in jest ».

À côté du proverbe circulait le compliment superlatif. Dans la satire théâtrale de David Garrick, Lethe, imprimée dès 1749, un vieil homme avare admet que c’est son argent qui fait son malheur, et Ésope lui répond : « Thou never spok’st a truer Word in thy Life, old Gentleman » [Tu n’as jamais dit une parole plus vraie de ta vie, vieux monsieur].

La formulation moderne et raccourcie apparaît au dix-neuvième siècle ; le corpus de livres numérisés de Google enregistre pour la première fois l’expression exacte « never a truer word spoken » dans les années 1840, et les romanciers en font bientôt une réplique toute faite. Dans Westward Ho ! (1855) de Charles Kingsley, quand Eustace Leigh déclare « Our paths lie on very different roads, sir ! » [Nos chemins sont bien différents, monsieur !], son cousin Amyas répond : « I am afraid you never spoke a truer word, sir » [J’ai bien peur que vous n’ayez jamais dit une parole plus vraie, monsieur]. In Maremma (1882) d’Ouida présente la forme elliptique elle-même, dans la protestation d’un capitaine de navire : « Lies ? I said never a truer word » [Des mensonges ? J’ai dit la vérité même].

La forme complète « never a truer word spoken in jest » soude simplement cette réplique à l’ancien proverbe, many a true word is spoken in jest, et cette formulation hybride apparaît dans le corpus de livres à partir de la fin des années 1860. Dans un cas comme dans l’autre, l’expression rend le même service que celui rendu par le Cuisinier à l’Hôte : dire à quelqu’un, avec un petit panache, qu’il a parfaitement raison.