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Quelle est l'origine de l'expression « Lock, stock and barrel » ?

La signification de l'expression

« Lock, stock and barrel » signifie la totalité, l'ensemble complet d'une chose, sans rien en exclure.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Quelle est l’origine de l’expression « Lock, stock and barrel » ?

On prétend parfois que cette expression désignerait l’ensemble des biens d’un commerçant : le stock de marchandises, les articles entreposés dans des tonneaux (barrels) et la serrure (lock) de sa boutique. Cette explication est pourtant purement fantaisiste. Le « tout » auquel l’expression fait référence à l’origine est en réalité un mousquet. Les mousquets étaient composés de trois éléments :

Le « lock », ou platine à silex, qui est le mécanisme de mise à feu. Diverses formes de platines furent utilisées à partir du XVe siècle : platines à mèche, à silex, à rouet, etc. Le terme « lock » (serrure) fut probablement retenu parce que ce mécanisme ressemble à celui d’une serrure de porte.

Le « stock », qui désigne la crosse en bois de l’arme. « Stock » est un terme ancien pour souche ou tronçon de bois, et désigne plus généralement une base solide. On le trouve dès 1495 associé aux armes à feu des Tudor, dans une facture mentionnant des « gonne stokkes ».

Le « barrel », c’est-à-dire un objet cylindrique, est un mot encore plus ancien, déjà bien établi au XVe siècle. C’est le moins évident des trois termes pour désigner une pièce de mousquet : à cette époque, les gens connaissaient surtout les tonneaux comme des récipients trapus fabriqués par les tonneliers, bien différents des tubes cylindriques et parallèles utilisés dans les mousquets. Il est possible que le terme se soit transmis depuis les canons ou d’autres types d’armes plus proches, dans leur forme, d’un véritable tonneau.

Note : « lock, stock and barrel » désigne des mousquets, et non des fusils rayés. Ce qui distingue les fusils rayés des armes plus anciennes, ce sont les rainures en spirale à l’intérieur du canon, qui font tourner la balle sur elle-même pour une trajectoire plus précise. Le mot anglais « rifle » vient du verbe français « rifler », qui signifie racler ou érafler.

Autre note : certains distinguent la spirale (qui s’enroule autour d’un point fixe, comme un ressort de montre) de l’hélice (qui progresse le long d’un axe, comme un tire-bouchon). Pour les puristes, les rainures d’un fusil rayé sont donc hélicoïdales et non spirales.

Étant donné l’ancienneté des trois mots qui composent l’expression, et le fait que les armes à feu étaient utilisées dès la guerre de Cent Ans, vers 1450, voire plus tôt encore dans d’autres pays comme la Chine, on pourrait s’attendre à ce que l’expression soit très ancienne. Ce n’est pourtant pas vraiment le cas : ses premiers emplois connus remontent au tout début du XIXe siècle. Ce « vers » un peu prudent tient à la difficulté de distinguer les emplois littéraux de « lock, stock and barrel », qui renvoient directement aux armes, des emplois figurés, qui n’y font plus référence. Ainsi, la plus ancienne occurrence que j’aie trouvée provient de l’ouvrage de James Ray, A Compleat History of the [Jacobite] Rebellion, paru en 1752 :

…she found my Highland Pistols, which were a Piece of curious Workmanship, the Stock, Lock and Barrel being of polish’d Steel.

[…elle trouva mes pistolets des Highlands, qui étaient d’une facture remarquable, la crosse, la platine et le canon étant en acier poli.]

Qualifier cet emploi d’« expression » serait exagéré : il s’agit plutôt d’une simple formule descriptive, nullement une référence métaphorique au « tout ». Mais ce rapprochement entre « stock », « lock » et « barrel » a préparé le terrain à leur fusion en une seule locution figée. On en trouve un exemple aux États-Unis en juillet 1803, dans The Connecticut Sentinel. Le journal publiait une lettre relatant les festivités du 4 juillet dans la ville de Stratford. Trente hommes y avaient porté à travers la ville un « énorme tonneau de rhum », avant de porter des toasts, verres remplis à ras bord, notamment :

1st: The 4th of July, 1776, the birthday of our ninepence… 2nd: Jefferson, Paine, Gallatin and all the rest… […] 6th: Patriotism - Self interest, the cock, lock, stock and barrel. [et ainsi de suite…]

[1er toast : le 4 juillet 1776, jour de naissance de notre pièce de neuf pence… 2e toast : Jefferson, Paine, Gallatin et tous les autres… […] 6e toast : le patriotisme, l’intérêt personnel, la totalité, chien de fusil compris. [et ainsi de suite…]]

Après le treizième toast, les archives s’essoufflent, notant que la compagnie était « trop zélée » et avait « fait la fête toute la nuit ». Les participants, sans doute passablement éméchés, ne se souvenaient probablement pas de grand-chose le lendemain matin, mais le rédacteur semble, lui, avoir consigné les événements avec précision. Son emploi de l’expression est clairement figuré, et non littéral : c’est, à ma connaissance, la première occurrence figurée de l’expression. La présence du mot « cock » (le chien du fusil) renforce l’idée que l’allusion vise bien les armes à feu. L’usage familier de l’expression, sans la moindre explication, laisse penser qu’elle circulait déjà aux États-Unis en 1803, et que des attestations plus anciennes pourraient encore être découvertes.

Rudyard Kipling s’approcha d’une véritable définition du terme en 1891, dans Light That Failed :

“The whole thing, lock, stock, and barrel, isn’t worth one big yellow sea-poppy.”

[Tout cela, dans son intégralité, ne vaut pas un seul gros pavot de mer jaune.]

Exemples d'utilisation

  • Ils ont vendu l'entreprise lock, stock and barrel, sans en garder la moindre part.
  • La famille a déménagé lock, stock and barrel dans le sud de la France.