Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Jack tar » ?
Le nom Jack tar a commencé à être utilisé pour désigner les marins britanniques vers le tournant du XVIIIe siècle. La plus ancienne occurrence imprimée que l’on puisse trouver provient du Female Tatler, un magazine éphémère publié entre 1709 et 1710. Le numéro d’août 1709 décrivait un ramassis de personnes ainsi :
…his Grace and my Lady Dutchess, Jack Tar, and Mrs. Top-gallant-Sail, with every Coffee-Man, and his Wife.
[…sa Grâce et madame la Duchesse, Jack Tar, et Mme Top-gallant-Sail, avec chaque cafetier et son épouse.]
La dérivation de « Jack tar » semble assez simple. Examinons d’abord « Jack ».
En Angleterre, depuis le XIVe siècle, « Jack » est un synonyme de « l’homme du commun », tout comme « Jock » en Écosse. On en trouve un exemple précoce dans le poème en moyen anglais de John Gower, Confessio Amantis, 1390 :
Therwhile he hath his fulle packe, They seie, ‘A good felawe is Jacke’.
[Tandis qu’il a son plein sac, on dit : « Jack est un bon compagnon ».]
Chaque fois qu’il fallait un nom pour désigner un homme du commun typique, on choisissait Jack. En voici des exemples :
Jack of all trades Jack the giant killer Jack in the box Jack Robinson Jack the lad et ainsi de suite…
Un marin était l’homme du commun en mer. Jack représentait donc la part de « l’homme du commun ». « Tar » (le goudron) a été choisi pour évoquer tout ce qui touchait au marin.
Cela avait une bonne raison : les navires à voile du XVIIIe siècle empestaient le goudron. Quiconque visite le HMS Victory, le navire amiral de Nelson, dans les chantiers navals de Portsmouth, remarquera encore cette forte odeur de goudron, de nombreuses années après que le navire a pris la mer pour la dernière fois.
Le goudron servait d’imperméabilisant sur de nombreuses parties du navire : entre les planches de la coque et du pont, sur les cordages et les toiles. Les mains, les cheveux et les vêtements des marins finissaient maculés de goudron. Ils l’utilisaient pour tresser leurs nattes et pour imperméabiliser leurs chapeaux et pantalons en toile. Rien d’étonnant donc qu’on ait appelé un marin « tar » : son parfum était impossible à manquer.
La forme étendue « Jolly Jack tar » a commencé à être utilisée vers le tournant du XIXe siècle. En voici un exemple ancien tiré de The Edinburgh Advertiser, avril 1802 :
Two jolly Jack tars exhibited a complaint at Bow-street on Saturday evening of having severally been robbed.
[Deux joyeux Jack tars ont déposé une plainte à Bow Street samedi soir, ayant chacun été victimes d’un vol.]
Cela ne semble pas venir du fait que les marins étaient considérés comme particulièrement joviaux. « Jolly », ou « jollie », désignait un fusilier marin royal. Cela est consigné dans The Sailor’s Word-Book : an alphabetical digest of nautical terms de l’amiral W. H. Smyth, 1867 :
Tame jolly, a militiaman: royal jolly, a marine.
[Tame jolly, un milicien : royal jolly, un fusilier marin.]
Cet ouvrage constitue une liste précieuse et exhaustive des mots employés par les marins au XIXe siècle.
Il semble que les marins n’appréciaient pas particulièrement le nom de Jack tar, car bien que « Jack » soit mentionné dans l’ouvrage dans de nombreux contextes, « Jack tar » n’y apparaît pas. Ce qui y figure, en revanche, c’est ce que les marins préféraient s’appeler eux-mêmes : « Jack afloat ».