Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression ‘In limbo’ ?
Pour ceux d’un certain âge, le mot « limbo » évoque avant tout la danse de fête où les danseurs se penchent en arrière et avancent en glissant sous un bâton horizontal sans le toucher. Cette danse est née aux Antilles dans les années 1950 et est devenue une véritable mode dans les années 1960. Cet engouement a été créé, ou diront les mauvaises langues exploité, par Chubby Checker, qui a sorti le single Limbo Rock et l’album Limbo Party en 1962. L’adjectif anglais « limber », qui signifie « souple, facile à plier », est utilisé depuis le XVIe siècle. Aucun lien documenté ne relie formellement « limber » et « limbo », mais il est très probable qu’il s’agisse en réalité de deux formes du même mot.
Bien avant les années 1950, on pouvait déjà être « in limbo ». À l’origine, le limbe désignait un lieu plutôt qu’une danse : les confins de l’Enfer. Le mot vient du latin « limbus », qui signifie bordure. La croyance chrétienne médiévale voulait que seuls ceux baptisés dans l’Église chrétienne puissent entrer au Paradis. Les théologiens, en particulier ceux de tradition catholique romaine, se sont beaucoup interrogés sur le sort de ceux qui, sans être des pécheurs condamnés à l’Enfer, n’avaient pas été baptisés sans que ce soit de leur faute. C’était notamment le cas des nourrissons morts à la naissance ou de ceux décédés avant la venue du Christ, qui n’avaient eu aucun moyen d’être baptisés. Dès le XIVe siècle, cette incohérence fut résolue par le concept des limbes, séjour des âmes justes qui n’étaient destinées ni au Paradis ni à l’Enfer. Deux formes de limbes existaient : le Limbo Infantum (limbes des enfants) et le Limbo Patrum (limbes des pères, ou des adultes).
Ainsi, les limbes se situaient à la frontière, ni en Enfer ni au Paradis, et l’expression « in limbo » a fini par prendre le sens figuré de « en prison ». Shakespeare l’emploie ainsi dans Henry VIII, en 1613 :
I have some of ‘em in Limbo Patrum, and there they are like to dance these three days. [J’en ai quelques-uns dans les limbes des pères, et ils sont bien partis pour y danser ces trois prochains jours.]
Peu après, le sens s’est élargi pour désigner l’usage actuel de l’expression, qui décrit toute situation où une personne ou un projet se retrouve confiné et délaissé, sans issue jusqu’à ce qu’un événement vienne relancer les choses. On en trouve une allusion dans An Apology… de John Milton, en 1642, dans lequel il répondait à une attaque menée contre un groupe presbytérien connu sous le nom de Smectymnuus :
“I am met with a whole ging of words and phrases not mine, for he hath maimed them and … mangled them in this his wicked limbo.” [Je me trouve face à toute une bande de mots et de tournures qui ne sont pas les miens, car il les a mutilés et … dénaturés dans ces limbes malfaisantes qui sont les siennes.]
La croyance médiévale voulait que les esprits des âmes en limbes soient tout autour de nous, et beaucoup y croient encore aujourd’hui. De nos jours, les limbes ne sont jamais bien loin. L’expression « in limbo » désigne aussi, en informatique, l’état des fichiers supprimés de l’affichage mais pas encore physiquement effacés de la mémoire, comme ceux qui se trouvent dans la corbeille de Windows.