Quelle est l'origine de cette expression ?
D’où vient l’expression « Gild the lily » ?
Shakespeare n’a pas tout à fait inventé l’expression « gild the lily », mais il en est venu très près dans King John, en 1595 :
SALISBURY : Therefore, to be possess’d with double pomp, To guard a title that was rich before, To gild refined gold, to paint the lily, To throw a perfume on the violet, To smooth the ice, or add another hue Unto the rainbow, or with taper-light To seek the beauteous eye of heaven to garnish, Is wasteful and ridiculous excess.
[Là où l’on peut lire : « Dorer l’or déjà pur, peindre le lys, jeter un parfum sur la violette, lisser la glace, ou ajouter une nuance à l’arc-en-ciel, ou chercher, à la lueur d’un cierge, à parer le bel œil du ciel, voilà un excès aussi vain que ridicule. »]
Dans la pièce, ce discours intervient alors que le roi Jean se réjouit de son second couronnement : « Here once again we sit, once again crown’d » [« Nous voici de nouveau assis, de nouveau couronnés »]. Ses courtisans, eux, sont plus circonspects et jugent ce second sacre « superflu ». L’usage du texte de Shakespeare pour désigner une ornementation inutile est assez transparent : « dorer » consiste à recouvrir d’une fine couche d’or, si bien que « dorer l’or pur » est évidemment superflu. Malheureusement, tout le monde ne retient pas Shakespeare mot pour mot, et la citation s’est peu à peu déformée. Comme le montre le passage original, « gild the lily » n’y figure pas telle quelle.
L’expression « paint the lily » a été employée au XXe siècle avec le même sens que celui que nous donnons aujourd’hui à « gild the lily ». C’est manifestement la formulation d’origine. Les deux versions ont coexisté un temps, même si « paint the lily » est désormais tombée en désuétude. La plus ancienne citation que l’on connaisse pour « gild the lily » provient des États-Unis, dans le Newark Daily Advocate, en 1895, sous la forme d’une version manifestement mal mémorisée de Shakespeare :
« One may gild the lily and paint the rose, but to convey by words only an adequate idea of the hats and bonnets now exhibited absolutely passes human ability. »
[« On peut dorer le lys et peindre la rose, mais rendre par les mots seuls une idée adéquate des chapeaux et des bonnets aujourd’hui exposés dépasse absolument les capacités humaines. »]
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