Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression ‘dressed up to the nines’ ? La version rapide
L’origine de l’expression « dressed up to the nines » est incertaine. Certaines théories populaires suggèrent qu’elle viendrait du nombre de mètres de tissu utilisés pour confectionner un costume, ou des uniformes du 99e régiment d’infanterie du Lanarkshire (99th Lanarkshire Regiment of Foot). Cependant, rien ne vient étayer ces affirmations.
Une explication plus plausible est que l’expression prolonge simplement la formule antérieure « to the nines », qui signifiait « parfaitement » ou « au plus haut niveau ». Cette expression plus courte était déjà utilisée au XVIIIe siècle, avant que « dressed to the nines » n’apparaisse.
Le chiffre neuf est employé depuis longtemps comme superlatif en anglais. On pense par exemple aux Neuf Preux (Nine Worthies) et aux neuf Muses. Il est probable que « dressed up to the nines » ne fasse que signifier qu’une personne est habillée aussi bien que possible.
Quelle est l’origine de l’expression ‘dressed up to the nines’ ? L’histoire complète
Le neuf est le chiffre le plus problématique de l’étymologie anglaise. Plusieurs expressions d’origine incertaine contiennent ce mot. On peut citer cloud nine, nine days’ wonder et la fameuse whole nine yards. On peut ajouter « dressed up to the nines » à cette liste.
Les explications les plus fréquemment avancées associent le chiffre neuf à un aspect vestimentaire.
Selon une théorie, les tailleurs auraient utilisé neuf mètres de tissu pour confectionner un costume (ou, selon certains auteurs, une chemise). Plus on disposait de tissu, plus on gagnait en prestige, bien que neuf mètres semble généreux même pour un dandy.
Une autre explication, souvent répétée, renvoie aux uniformes particulièrement élégants du 99th (Lanarkshire) Regiment of Foot, formé en 1824. Le problème de ces explications est qu’elles ne s’appuient sur aucune preuve, à part une référence au chiffre neuf (ou 99, ce qui semble tirer le tissu un peu loin). Le régiment existait bien au début du XIXe siècle, ce qui correspond à peu près à l’époque où l’expression s’est largement répandue, au milieu de ce siècle.
Nous savons ce que signifie l’expression, mais que sont ces ‘nines’ ?
Le premier exemple imprimé de cette expression que l’on puisse trouver figure dans The Progressive Dictionary of the English Language de Samuel Fallows, paru en 1835. Dans son entrée consacrée à l’expression « to the nines », Fallows donne l’exemple « dressed up to the nines » et suggère qu’elle pourrait « peut-être » venir de « to thine eynes », c’est à dire « to the eyes » (« aux yeux »). L’hypothèse n’est pas mauvaise, mais faute de preuve (et je n’en ai trouvé aucune), ce « peut-être » est tout ce que l’on peut affirmer.
Ce qui va à l’encontre de ces explications, et de toute théorie qui tenterait de relier le chiffre neuf à une caractéristique du vêtement, c’est l’usage antérieur de l’expression plus courte « to the nine » ou « to the nines ». Cette formule servait à indiquer la perfection, le plus haut degré d’accomplissement, sans aucun rapport avec l’habillement. Elle était déjà en usage au XVIIIe siècle, bien avant que « dressed up to the nines » n’apparaisse, comme le montre cet exemple tiré de Epistle to Ramsay de William Hamilton, paru en 1719 :
The bonny Lines therein thou sent me, How to the nines they did content me.
(Les jolis vers que tu m’as envoyés là, comme ils m’ont comblé à la perfection.)
Il faut noter que le chiffre neuf est employé depuis longtemps comme superlatif. Les Neuf Preux (The Nine Worthies) étaient des personnages issus de l’histoire païenne, de l’histoire juive et de la Bible. Ce groupe prestigieux réunissait Hector, Alexandre, Jules César, Josué, David, Judas Maccabée, le roi Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon. Ces figures étaient bien connues des lettrés médiévaux comme l’incarnation de toute la noblesse et de tout l’héroïsme.
De même, la mythologie classique nous a laissé les neuf Muses des arts et du savoir : Clio, Thalie, Érato, Euterpe, Polymnie, Calliope, Terpsichore, Uranie et Melpomène.
The Poetick Miscellenies of Mr John Rawlett, paru en 1687, fournit la référence la plus ancienne à « to the Nine » que l’on puisse trouver :
The learned tribe whose works the World do bless, Finish those works in some recess; Both the Philosopher and Divine, And Poets most who still make their address In private to the Nine.
(La tribu savante dont les œuvres bénissent le monde achève ces œuvres dans quelque retraite ; le philosophe comme le théologien, et surtout les poètes, s’adressent en privé aux Neuf.)
Il semble évident que « the Nine » dont parlait Rawlett désignait les neuf Muses. Il est tout aussi clair que « dressed up to the nines » n’est qu’une extension de « to the nines », et que l’on pourrait tout aussi bien danser ou sauter à la perche « to the nines ».
La recherche d’un lien entre les « nines » et le sens vestimentaire n’a fait apparaître aucun candidat convaincant. L’absence de preuve n’est pas la preuve d’une absence, mais je me risquerai ici à affirmer que, pour cette expression comme pour les autres expressions liées au chiffre neuf, « nine » ne désigne rien de précis : il signifie simplement « beaucoup ».