Quelle est l'origine de cette expression ?
« Break a leg » signifie bonne chance. C’est ce que l’on dit à un artiste avant qu’il n’entre en scène, à la place de « bonne chance » elle-même, que la superstition théâtrale interdit de prononcer. Le sens théâtral apparaît pour la première fois dans un texte imprimé en 1948. Pourquoi ce souhait a pris cette forme précise n’a jamais été tranché avec certitude.
Quelle est l’origine de l’expression « Break a leg » ?
Les gens de théâtre sont réputés pour leur croyance dans les superstitions, ou du moins pour leur volonté d’afficher qu’ils y croient. L’expression « break a leg » semble venir de la croyance selon laquelle il ne faut jamais dire « bonne chance » à un acteur.
En lui souhaitant la malchance, on suppose que le contraire se produira. D’autres superstitions veulent qu’il soit malchanceux de siffler dans un théâtre, de prononcer la dernière réplique d’une pièce lors de la répétition générale, ou de dire le nom de « la pièce écossaise » (Macbeth) dans le foyer d’un théâtre.
_ Se casser une jambe n’a pas vraiment de rapport avec la bonne chance. _
Le mot anglais « break » a de nombreux sens : l’OED en recense 57 emplois distincts rien que pour le verbe. Cela laisse une large place à la spéculation sur ce que signifie vraiment l’expression. L’interprétation la plus courante de « break » dans ce contexte est « dévier d’une ligne droite », comme dans le terme de cricket « off break », c’est-à-dire déplier la jambe droite en pliant le genou, comme lors d’une révérence.
« Break a leg » signifie aussi « faire un effort soutenu ». On trouve de nombreuses références à cet usage, antérieures au premier sens théâtral de porte-bonheur, par exemple dans The Hammond Times, dans l’Indiana, en 1942 :
“Whatever the army or navy want, the Continental Roll [and Steel Foundry] will turn out … Or break a leg trying.” [Quoi que l’armée ou la marine demandent, la Continental Roll [and Steel Foundry] le fabriquera… ou s’y échinera en essayant.]
et dans l’Evening State Journal, dans le Nebraska, en 1937 :
“With all the break-a-leg dancing there are many who still warm to graceful soft shoe stepping.” [Avec toute cette danse effrénée, beaucoup gardent encore une tendresse pour les pas gracieux et légers.]
Le Green’s Dictionary of Slang conserve cet usage lié à l’effort soutenu comme un sens à part, glosé « se dépêcher », et le fait remonter à un article plus ancien encore que les deux précédents, paru dans le New York Evening Journal du 5 août 1915 :
“Tear up to 1492 Columbus and slip this wire to Mr. P.J. Flanigan - and break a leg getting back.” [Fonce au 1492 Columbus et remets ce télégramme à M. P.J. Flanigan, et dépêche-toi de revenir.]
Il est donc possible que lorsqu’on dit à un acteur « break a leg », on l’exhorte simplement à donner une prestation énergique et enlevée.
Il existe bien d’autres origines possibles en circulation, la plupart liées au message de « bonne chance ». Par ordre décroissant de plausibilité :
- Donner une prestation si réussie qu’il faudra plier le genou pour saluer les applaudissements.
- Impressionner tellement le public qu’il faudra se baisser pour ramasser les pièces jetées sur scène.
- S’évanouir sur scène pour recevoir un rappel (les rideaux latéraux d’une scène sont appelés « legs » en anglais).
- Invoquer les pouvoirs de la célèbre actrice Sarah Bernhardt, qui n’avait qu’une jambe.
- Une référence à John Wilkes Booth, qui s’est cassé la jambe en sautant sur scène pour tenter de fuir après avoir tué le président Lincoln.
Il est tentant de croire que l’expression est ancienne et de l’imaginer chuchotée aux ménestrels des Tudor lorsqu’ils entraient en scène au Globe Theatre de Shakespeare. Il existait un sens plus ancien de « break a leg », datant de 1670, qui signifiait « donner naissance à un enfant illégitime ». Ce sens est aujourd’hui totalement tombé en désuétude et n’a aucun lien avec la version théâtrale. Le sens actuel n’est en réalité pas si ancien. L’expression trouve son origine dans le théâtre américain du XXe siècle, et toutes les premières attestations connues viennent de sources américaines.
Le Green’s Dictionary of Slang conserve ce sens plus ancien comme une entrée verbale à part, et le rapporte au Classical Dictionary of the Vulgar Tongue de Francis Grose, en 1785, où l’entrée sous « leg » indique :
“to break a leg, a woman who has had a bastard, is said to have broken a leg.” [se casser une jambe : on dit d’une femme qui a eu un enfant illégitime qu’elle s’est cassé une jambe.]
L’Online Etymology Dictionary relève le même euphémisme du XVIIe siècle, en s’appuyant sur l’autorité de Farmer et Henley.
La citation la plus ancienne que l’on puisse trouver imprimée de « break a leg » au sens théâtral date d’aussi tard que 1948, dans une édition du journal américain The Charleston Gazette du mois de mai de cette année-là. Elle provient de leur rubrique « Ask The Gazette » :
Q. What are some of the well-known superstitions of the theatre? A. Superstitions of the stage are numerous and many are particular to individual actors and actresses. That it is bad luck to whistle in a dressing room is a widely accepted belief. Another is that one actor should not wish another good luck before a performance but say instead ‘I hope you break a leg.’ [Q. Quelles sont quelques-unes des superstitions bien connues du théâtre ? R. Les superstitions de la scène sont nombreuses, et beaucoup sont propres à tel ou tel acteur ou actrice. Que siffler dans une loge porte malheur est une croyance largement répandue. Une autre veut qu’un acteur ne doive pas souhaiter bonne chance à un autre avant une représentation, mais dise plutôt : « J’espère que tu vas break a leg ».]
Cela écarte à peu près les interprétations liées à Sarah Bernhardt et à John Wilkes Booth qui, en plus d’être plutôt fantaisistes, sont censées dater d’une époque bien antérieure à toute version imprimée connue.
Cette date de 1948 se confirme dans les dictionnaires. L’Online Etymology Dictionary donne 1948 pour ce qu’il appelle la formule ironique de bonne chance théâtrale, et signale une affirmation selon laquelle l’expression aurait été utilisée à l’oral dès les années 1920. Le Green’s Dictionary of Slang ne trouve rien d’antérieur à un avis paru en 1949 dans le Bulletin of the National Theatre Conference :
“Then the backstage goodluck line to everyone else. ‘Break a leg, Harry’.” [Puis la formule de bonne chance en coulisses adressée à tous les autres. « Break a leg, Harry ».]
Il existe une expression allemande, « Hals und Beinbruch », signifiant « casse-toi le cou et la jambe », attestée dès la Seconde Guerre mondiale comme argot de la Luftwaffe, donc antérieure à toute version anglaise connue. Il est possible qu’il s’agisse d’une déformation de la bénédiction hébraïque « hatzlakha u-brakha », qui signifie « succès et bénédiction ».
L’allemand et le yiddish étaient des langues couramment utilisées par l’importante communauté juive du monde théâtral américain. On ne peut être certain de l’origine exacte de l’expression, mais il est fort probable qu’elle ait migré vers l’anglais depuis ces versions allemande et hébraïque plus anciennes.
L’Online Etymology Dictionary cite cette expression allemande ainsi que l’italien « in bocca al lupo » à côté de « break a leg », à titre de comparaison plutôt que comme sources véritables, et ni lui ni le Green’s Dictionary of Slang ne tranche entre ces différentes explications. Les deux s’accordent en revanche sur la date : le souhait théâtral apparaît à l’imprimé en 1948, et aucun des deux ne connaît d’exemple antérieur.
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