Quelle est l'origine de cette expression ?
« The bane of one’s life » désigne tout ce qui cause des ennuis ou un malheur permanents. Le mot « bane » a commencé en vieil anglais comme terme pour désigner un meurtrier, a traversé une longue période où il signifiait poison, et ne s’est adouci en simple contrariété quotidienne que dans les années 1570. La citation la plus ancienne connue de « the bane of his life » à l’écrit date de 1592.
Quelle est l’origine de l’expression « the bane of one’s life » ?
Nous n’utilisons plus guère le mot « bane » aujourd’hui, et quand nous le faisons, c’est probablement dans l’expression « the bane of my/his/her life ». On l’emploie généralement pour se plaindre d’une menace pas très sérieuse : un jardinier pourrait dire par exemple « those slugs are the bane of my life » (ces limaces sont le fléau de ma vie). Les menaces désignées par « bane » n’ont pas toujours été aussi anodines. C’est un mot très ancien, attesté dans les Old English Chronicles dès l’an 800 environ, avec le sens de « meurtrier ». À cette époque, le « bane » de la vie de quelqu’un représentait une menace bien réelle pour son existence.
L’Online Etymology Dictionary fait remonter le mot au vieil anglais bana, glosé « tueur, assassin, meurtrier, artisan de la mort », terme appliqué à une personne, un animal ou un objet, et utilisé également comme nom du diable. Le même dictionnaire situe le sens plus doux, « ce qui cause la ruine ou le malheur », dans les années 1570. Le moment est révélateur : le mot venait tout juste d’acquérir son sens allégé lorsque l’expression complète est apparue à l’écrit une vingtaine d’années plus tard. Le « bane » moderne se rapproche davantage d’une écharde dans la chair que de quoi que ce soit de mortel.
Avec le temps, le terme « bane » en est venu à désigner « ce qui cause la mort », et plus précisément le poison. On en trouve encore la trace dans les noms de plantes vénéneuses : la jusquiame (Henbane, Hyoscyamus niger), l’aconit (Wolfsbane, Aconitum), et le peu engageant Ratsbane, autre nom de la mort-aux-rats, c’est-à-dire l’arsenic.
Ces noms de plantes sont datables. « Henbane » est attesté depuis le milieu du XIIIe siècle, et la traduction de Bartholomew Glanville par John of Trevisa, à la fin du XIVe siècle, en explicite la logique : « Iusquiamus, henne bane, is mannes bane » [« La jusquiame, poison des poules, est le poison de l’homme »]. « Ratsbane » apparaît dans les années 1520, défini par l’Online Etymology Dictionary comme « poison à rats, arsenic ». Shakespeare avait encore le poison à l’esprit lorsqu’il écrivit Mesure pour mesure, imprimé dans le First Folio de 1623, où Claudio dit que nos appétits courent à leur propre perte « like rats that ravin down their proper bane » [« comme des rats qui dévorent avidement leur propre poison »].
Le plus ancien emploi connu de « the bane of someone’s life » que l’on puisse trouver provient d’une époque où l’on peut supposer que l’auteur le pensait vraiment : les Foure Letters and certaine Sonnets de Gabriel Harvey, 1592 :
“He that like a Lacedemonian, or Romane, accounteth Infamy worse than death, would be loath to emprove his courage, or to employ his patience, in digestinge the pestilent bane of his life.”
[Celui qui, comme un Lacédémonien ou un Romain, considère l’infamie pire que la mort, répugnerait à mettre à l’épreuve son courage, ou à employer sa patience, à digérer le pestilentiel fléau de sa vie.]
Harvey ne parlait pas de limaces. Ces lignes figurent dans l’épître liminaire de l’ouvrage, dont le titre complet le désigne comme une querelle « visant particulièrement Robert Greene », et le « bane » qu’il a en tête est la diffamation : un homme qui juge l’infamie pire que la mort, avance-t-il, répugnerait à dépenser sa patience à l’avaler. La réédition du texte de 1592 orthographie « then death » et « emproue ». C’est là le sens ancien et lourd du mot, encore employé sérieusement dans la décennie même où le sens plus doux s’installait.
Deux variantes méritent d’être clarifiées. « Bain of my life » n’est qu’une faute d’orthographe ; le mot est bien « bane », issu du vieil anglais bana, et « bain » n’y a aucune part. « The bane of my existence » n’est que le même idiome sous d’autres habits. Le Cambridge Dictionary définit « the bane of something » comme « a cause of continuous trouble or unhappiness » [« une cause de trouble ou de malheur continuels »] et répertorie « the bane of someone’s life » dans son entrée britannique, tandis que son entrée américaine illustre le mot par « the bane of my existence these days » [« le fléau de mon existence ces temps-ci »]. Cette répartition donne une bonne indication de la fréquence de chaque forme selon les régions, les deux ayant exactement le même sens.