Quelle est l'origine de cette expression ?
« As happy as a clam » signifie être totalement satisfait, sans le moindre souci. L’expression est américaine et son usage écrit est attesté dès 1833. Sous sa forme complète, « as happy as a clam at high water », elle est généralement comprise comme signifiant que la palourde est le plus en sécurité lorsque la marée haute la recouvre et qu’on ne peut plus la déterrer.
Quelle est l’origine de la phrase « as happy as a clam » ?
Pourquoi les palourdes seraient-elles heureuses ? On a suggéré que les coquillages ouverts donnent l’impression de sourire. Mais l’origine viendrait plus probablement de la version complète de l’expression, aujourd’hui rarement entendue : « as happy as a clam at high water ». La marée haute est le moment où les palourdes échappent aux attaques de leurs prédateurs, sans doute le moment le plus heureux qui soit dans le monde des mollusques bivalves. L’expression est née dans les États du nord-est des États-Unis au début du XIXe siècle. La citation la plus ancienne que j’aie pu trouver provient d’un mémoire de la frontière, The Harpe’s Head, A Legend of Kentucky, 1833 :
“It never occurred to him to be discontented… He was as happy as a clam.” [Il ne lui venait jamais à l’esprit d’être mécontent… Il était heureux comme une palourde.]
L’homme décrit ici est un planteur trop installé dans ses habitudes pour songer à se plaindre, et la phrase complète se lit ainsi : « it never occurred to him to be discontented, while she seemed to be satisfied. He was as happy as a clam. » Le Online Etymology Dictionary date lui aussi l’expression de cette même année et la glose par « be content and pleased » [être content et satisfait]. Il émet cependant une réserve : la lecture liée à la marée haute est, selon ses propres termes, ce que l’on « dit généralement » être l’origine de l’expression, mais il ajoute que « les premiers emplois ne donnent aucune précision, et peut-être l’idée est-elle simplement celle d’un contentement intérieur ».
Le premier témoignage véritablement attesté de la version « high water » provient du journal américain The Bangor Daily Whig And Courier, décembre 1841 :
“Your correspondent has given an interesting, and, undoubtedly correct explanation of the expression: ‘As happy as a clam at high water.’” [Votre correspondant a donné une explication intéressante, et sans doute exacte, de l’expression : « as happy as a clam at high water ».]
Cependant, plusieurs biographies du général Robert E. Lee indiquent qu’il aurait employé l’expression « as happy as a clam at high water » à plusieurs reprises. L’une d’elles affirme qu’il l’aurait utilisée dans une lettre écrite en 1833, ce qui précéderait de quelques années la citation ci-dessus. Je n’ai pas pu retrouver cette lettre, et le témoignage n’est donc que de seconde main, mais il est tout à fait plausible que Lee ait employé cette expression à cette époque.
Une trace écrite plus ancienne de la forme longue a depuis été retrouvée. Le blog Grammarphobia rapporte que « la version ‘high water’ est apparue pour la première fois dans ‘The Oakwood Letters’, une série humoristique publiée dans plusieurs journaux en 1836 ». Cela place la forme complète à trois ans à peine du premier relevé de la forme courte, et cinq ans avant la citation du Bangor mentionnée plus haut.
L’expression était suffisamment connue aux États-Unis dans les années 1840 pour figurer dans le Dictionary Of Americanisms, A Glossary of Words And Phrases Usually Regarded As Peculiar To The United States de John Russell Bartlett, 1848 :
“As happy as a clam at high water,” is a very common expression in those parts of the coast of New England where clams are found. [« As happy as a clam at high water » est une expression très courante dans les régions du littoral de la Nouvelle-Angleterre où l’on trouve des palourdes.]
Toujours en 1848, le Southern Literary Messenger de Richmond, en Virginie, estimait que l’expression « est familière à tout le monde ».
Les dates seules ne permettent pas de trancher laquelle des deux formes est venue en premier, et l’édition ultérieure de Bartlett, publiée à Boston en 1860, traite la version courte comme la forme habituelle : « happy as a clam » y est qualifiée de « comparaison courante en Nouvelle-Angleterre, parfois développée en ‘happy as a clam at high-water’ ».
La marée n’est pas la seule explication que le XIXe siècle ait donnée à la bonne humeur de la palourde. Le Knickerbocker de mars 1838 qualifiait « happy as a clam » de vieil adage et attribuait la tranquillité de l’animal à son armure plutôt qu’à l’eau, le décrivant comme « ensconced in his mail of proof » [enfermé dans son armure éprouvée]. Au milieu du siècle, la comparaison était suffisamment usée pour être contestée. Le « Sonnet to a Clam » de John Godfrey Saxe, publié dans ses Poems de 1851, prend le parti de la palourde contre elle : « Albeit men mock thee with their similes / And prate of being ‘happy as a clam !’ » [Bien que les hommes te raillent avec leurs comparaisons / Et rabâchent qu’on est « heureux comme une palourde » !]
Voir d’autres comparaisons du type « as x as y ».
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