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Quelle est l'origine de l'expression « Power corrupts; absolute power corrupts absolutely » ?

La signification de l'expression

Cette expression signifie que le pouvoir corrompt le sens moral d'une personne, et que le pouvoir absolu le corrompt entièrement.

Quelle est l'origine de cette expression ?

« Power corrupts ; absolute power corrupts absolutely » signifie que le fait de détenir le pouvoir use le sens moral d’une personne, et que le fait de détenir un pouvoir illimité l’use complètement. Lord Acton l’a écrit dans une lettre à l’évêque Mandell Creighton en 1887 ; sa formulation exacte était « Power tends to corrupt, and absolute power corrupts absolutely. » Il n’a pas été le premier à avoir cette pensée, et il en avait lui-même formulé dix ans plus tôt une version plus rudimentaire.

Origine, la version courte

« Absolute power corrupts absolutely » est la citation la plus célèbre de l’homme politique britannique du XIXe siècle Lord Acton. Il a emprunté l’idée à plusieurs autres auteurs qui avaient déjà exprimé la même pensée avec d’autres mots.

Origine, l’histoire complète

Les monarchies absolues sont celles dans lesquelles tout le pouvoir est donné au monarque ou, plus souvent, pris par lui. Parmi les monarques que le pouvoir a corrompus, on trouve les empereurs romains, qui se sont proclamés dieux, et Napoléon Bonaparte, qui s’est proclamé empereur.

« Absolute power corrupts absolutely » provient d’une citation de l’homme au nom fleuve et à la barbe impressionnante John Emerich Edward Dalberg Acton, premier baron Acton (1834 à 1902). L’historien et moraliste, plus connu simplement sous le nom de Lord Acton, exprima cette opinion dans une lettre à l’évêque Mandell Creighton en 1887 :

« Power tends to corrupt, and absolute power corrupts absolutely. Great men are almost always bad men. » [Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais.]

La formule « Absolute power corrupts absolutely » fut forgée par l’historien anglais Lord Acton en 1887.

La lettre elle-même resta inédite jusqu’en 1907, date à laquelle les Historical Essays and Studies d’Acton en publièrent, en annexe, des extraits que la veuve de Creighton avait rendus disponibles. Les éditeurs les présentent comme des extraits des lettres d’Acton à Creighton « au sujet de l’article sur les volumes III et IV de la History of the Papacy, qu’Acton avait fourni à l’English Historical Review ». Acton avait en effet critiqué l’ouvrage de Creighton dans cette revue, lui reprochant sa trop grande indulgence envers les papes de l’Inquisition ; la querelle qui suivit portait sur la question de savoir si un historien devait juger un pape ou un roi selon les mêmes critères que n’importe qui d’autre. La réponse d’Acton était oui, et la fameuse phrase constitue le pivot de cet argument plutôt qu’une simple formule isolée.

On la cite d’ailleurs presque toujours de façon tronquée. Dans les Historical Essays and Studies, le passage se poursuit ainsi : « Power tends to corrupt, and absolute power corrupts absolutely. Great men are almost always bad men, even when they exercise influence and not authority, still more when you superadd the tendency or the certainty of corruption by authority. » [Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais, même lorsqu’ils exercent une influence et non une autorité, plus encore lorsqu’on y ajoute la tendance ou la certitude d’une corruption par l’autorité.]

Acton tournait autour de cette idée depuis dix ans. Le 26 février 1877, il prononça un discours devant la Bridgnorth Institution, à l’Agricultural Hall, publié plus tard en ouverture de The History of Freedom and Other Essays, dans lequel il décrivait le pouvoir illimité qui avait ruiné la démocratie athénienne comme ce « qui ronge la conscience, endurcit le cœur et égare le jugement des monarques ». Il s’agit du même jugement, mais dans une phrase beaucoup plus lourde. Ce que la lettre de 1887 apporta, ce fut la formulation.

Ce texte est un favori des recueils de citations et figure toujours dans les anthologies. Si l’on cherche la formule exacte « power tends to corrupt, and absolute power corrupts absolutely », c’est bien Acton qu’il faut chercher.

Même si c’est Acton qui a forgé l’expression, il n’en a pas inventé l’idée. Une pensée similaire avait déjà été exprimée par un autre homme politique anglais lui aussi bien pourvu en noms, William Pitt l’Ancien, comte de Chatham. Pitt le déclara dans un discours de 1770 :

« Unlimited power is apt to corrupt the minds of those who possess it » [Le pouvoir illimité tend à corrompre l’esprit de ceux qui le détiennent]

Pitt s’exprimait devant la Chambre des lords le 9 janvier 1770, en réponse à Lord Mansfield, dans le débat sur l’affaire de John Wilkes, ce député qui avait été à plusieurs reprises exclu de la Chambre des communes après avoir remporté son siège. Sa phrase, comme celle d’Acton, n’est généralement citée que jusqu’à sa première proposition. Elle se poursuit ainsi : « and this I know, my Lords, that where law ends, tyranny begins ! » [Et je sais ceci, Mes Lords, que là où finit la loi commence la tyrannie !]

Acton s’est probablement inspiré des écrits du poète et homme politique républicain français Alphonse de Lamartine. Une traduction anglaise de son essai France and England : a Vision of the Future fut publiée à Londres en 1848 et comprenait ce passage :

“It is not only the slave or serf who is ameliorated in becoming free. The master himself did not gain less in every point of view, for absolute power corrupts the best natures.” [Ce n’est pas seulement l’esclave ou le serf qui gagne à devenir libre. Le maître lui-même n’y gagne pas moins, à tous points de vue, car le pouvoir absolu corrompt les meilleures natures.]

On ne sait pas avec certitude si c’est Lamartine ou son traducteur anglais anonyme qui peut revendiquer la paternité de l’idée que « le pouvoir absolu corrompt ». Ce dont on est sûr, c’est que cette formule est antérieure à la version plus célèbre de Lord Acton. On ignore en revanche si Acton connaissait l’essai de Lamartine.

Conclusion

« Absolute power corrupts absolutely » est l’un de ces proverbes que l’expérience du comportement humain semble constamment confirmer.

Elle fut forgée par le noble anglais Lord Acton en 1887, en s’appuyant sur des idées similaires déjà exprimées par plusieurs de ses contemporains.