Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « a whip round » ?
Le triste spectacle de l’ancien footballeur alcoolique Paul Gascoigne a été rapporté par la presse britannique en février 2013, accompagné d’articles expliquant que ses amis célèbres avaient organisé une « whip round » pour financer son séjour en cure de désintoxication.
Alors, pourquoi appelle-t-on une collecte de fonds une whip round ? Cette expression est on ne peut plus « made in England », puisqu’elle provient de la chasse au renard, de l’armée britannique et du parlement.
Au XIXe siècle, lors des chasses au renard, certaines personnes étaient employées pour empêcher les chiens de s’égarer en les rassemblant à coups de fouet (whip). Ces personnes furent appelées « whippers in », ou simplement « whips ». Ce terme s’est perpétué à la Chambre des communes britannique, où le mot « whip » remplit à nouveau une double fonction : il désigne à la fois les responsables chargés de guider les députés récalcitrants vers les lobbies de vote, c’est à dire de « fouetter » l’enthousiasme en faveur d’un vote donné, et le processus de coercition lui même, appelé « the whip ».
Plus tard dans le siècle, le terme commença à être employé dans les mess d’officiers. John Camden Hotten en fit la description dans l’édition de 1864 de A Dictionary of Modern Slang, Cant and Vulgar Words :
Whip, after the usual allowance of wine is drunk at mess, those who wish for more put a shilling each into a glass handed round to procure a further supply.
[Whip : une fois la ration habituelle de vin bue au mess, ceux qui en veulent davantage mettent chacun un shilling dans un verre que l’on fait circuler pour se procurer un supplément.]
Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre comment ce procédé finit par être appelé une « whip round ». Bien qu’apparu dans les mess d’officiers, le terme fut ensuite utilisé plus largement chaque fois qu’une collecte de fonds était demandée à un groupe. Le premier usage de « whip » dans ce sens élargi que j’ai pu trouver figure dans le roman de Thomas Hughes, Tom Brown at Oxford, paru en 1861 :
If they would stand a whip of ten shillings a man, they might have a new boat.
[S’ils acceptaient une collecte de dix shillings par personne, ils pourraient avoir un nouveau bateau.]
L’usage précoce de « whip round » a presque coïncidé avec celui de « whip », comme en témoigne cet extrait d’une édition de mars 1863 du Hampshire Advertiser, qui illustre bien l’emploi du terme pour désigner « une contribution commune destinée à éponger une petite dette » :
In our last week’s impression we stated that the balance in the hands of the committee for carrying out the Royal wedding festivities amounted to 30 shillings; it should have been threepence. Two or three bills were overlooked at the time, so that instead of a balance in hand it will require a ‘whip round’ to settle these bills.
[Note : le mariage évoqué est celui, célébré à Windsor, du prince Édouard de Galles avec la princesse Alexandra de Danemark.]
[Dans notre édition de la semaine dernière, nous avions indiqué que le solde détenu par le comité chargé d’organiser les festivités du mariage royal s’élevait à 30 shillings ; il aurait dû être de trois pence. Deux ou trois factures avaient été oubliées à l’époque, de sorte qu’au lieu d’un solde disponible, il faudra une « whip round » pour régler ces factures.]
C’est peut-être le signe d’une évolution sociale au Royaume-Uni que, bien que l’expression soit née dans la haute société anglaise, ce soient aujourd’hui des footballeurs plutôt que des princes qui font l’objet d’une « whip round ». Je n’ai trouvé aucune trace d’une collecte destinée à financer les festivités lors du mariage à Windsor, en avril 2005, de Charles, alors prince de Galles.