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Quelle est l'origine de l'expression « The life of Riley » ?

La signification de l'expression

« The life of Riley » désigne une vie facile et confortable, menée sans travail ni souci.

Quelle est l'origine de cette expression ?

“The life of Riley” désigne une existence facile et confortable, vécue sans travail ni souci. Celui qui mène « the life of Riley » a de l’argent qui rentre, du temps libre et rien de bien grave à quoi penser. L’expression est américaine et date du début du vingtième siècle : elle était déjà imprimée en 1909 et constituait une formule toute faite bien avant que les comédies radiophoniques puis télévisées américaines intitulées The Life of Riley n’en fassent leur titre. Qui était ce Riley reste incertain, même si un héros de ballade irlandaise fait figure de meilleur candidat.

Quelle est l’origine de l’expression « The life of Riley » ? La version courte

Les preuves ne suffisent pas pour être certain à cent pour cent de l’origine de l’expression « The life of Riley », mais il est probable qu’elle dérive de la vie d’une personne réelle, Willy Reilly, de Sligo, en Irlande. Le Green’s Dictionary of Slang, qui répertorie l’expression sous les deux orthographes et la définit comme « la belle vie, une existence confortable », indique que l’étymologie en est inconnue.

Quelle est l’origine de l’expression « The life of Riley » ? L’histoire complète

L’expression entra dans l’usage courant vers l’époque de la Première Guerre mondiale. Un exemple plus ancien que celui donné plus bas a depuis été retrouvé : Wordorigins.org publie une lettre envoyée au Bridgemen’s Magazine, la revue du syndicat des monteurs de ponts et de charpentes métalliques, publiée en août 1909, dans laquelle l’expression porte encore le nom complet du héros de ballade :

Paddy O’Malley is living the life of Willie Reilly. He has his Colleen Bawn out on a farm, half of which is planted with potatoes, the other half acre with cabbage

[Paddy O’Malley mène la vie de Willie Reilly. Il a sa Colleen Bawn installée dans une ferme, dont la moitié est plantée de pommes de terre et l’autre demi-acre de choux]

Cette lettre de 1909 éclaire l’origine de l’expression, car son auteur s’attendait à ce que ses lecteurs saisissent la référence à Willie Reilly et à sa Colleen Bawn sans qu’il ait besoin de préciser qui ils étaient.

La première citation imprimée que j’ai trouvée de « the life of Riley » sous sa forme moderne abrégée (avec le sens de vie facile et sans souci) provient d’un journal du New Jersey, The News, de mai 1910 :

Henry Mungersdorf is living the life of Riley just at present.

[Henry Mungersdorf mène en ce moment la vie de Riley]

On ajoute généralement des guillemets aux expressions que le lectorat pourrait ne pas connaître. Il n’y en a aucun dans la citation ci-dessus, ce qui laisse raisonnablement penser que « the life of Riley » était déjà connue de la population du New Jersey en 1910.

Le Green’s Dictionary of Slang ne mentionne pas cet exemple du New Jersey. Sa citation la plus ancienne provient du Hartford Courant du 6 décembre 1911, dans un article sur une vache errante qui avait pillé pendant un an les champs autour de Cromwell, dans le Connecticut :

The famous wild cow of Cromwell is no more. After ‘living the life of Riley’ for over a year […] the cow today fell a victim to a masterfully arranged trap, and tonight lies skinned.

[La célèbre vache sauvage de Cromwell n’est plus. Après avoir « mené la vie de Riley » pendant plus d’un an […] la vache est aujourd’hui tombée dans un piège magistralement tendu, et ce soir elle gît dépecée]

Ces deux citations vont dans le même sens. Dès 1910 et 1911, l’expression apparaissait dans la presse locale américaine sans explication, signe qu’elle circulait déjà depuis un certain temps à l’oral.

Cela peut sembler étrange que cette expression soit née aux États-Unis plutôt qu’en Irlande. Il y avait cependant sans doute plus de Riley à New York qu’à Dublin à cette époque. Beaucoup d’entre eux avaient émigré pour chercher une vie meilleure en Amérique, et certains l’avaient effectivement trouvée, menant ainsi « the life of Riley ».

L’expression fut beaucoup employée dans les milieux militaires, en particulier pendant la Première Guerre mondiale. La première citation connue dans ce contexte figure dans une lettre du sergent Leonard A. Monzert, du corps expéditionnaire américain, écrite « quelque part en France » et publiée en extrait dans le Brooklyn Daily Eagle le 26 mai 1918. Monzert y écrivait que lui et ses camarades menaient « the life of Reilly ».

D’autres lettres semblables de soldats américains affirmaient mener « the life of Reilly » pendant la guerre en France. Le Green’s Dictionary of Slang en cite une du même été, publiée dans le Syracuse Herald le 29 juillet 1918 :

This is surely one great life. We call it the life of Riley. We are having fine eats, are in a great detachment and the experience one gets is fine.

[C’est vraiment une vie formidable. Nous l’appelons the life of Riley. Nous mangeons bien, nous sommes dans un excellent détachement, et l’expérience qu’on y gagne est belle]

On ne sait pas exactement quelle part de vérité contenaient ces lettres et quelle part relevait de la propagande destinée à rassurer les familles restées au pays. Avec le recul, on peut être certain que la vie d’un soldat pendant la Première Guerre mondiale n’avait rien d’une partie de plaisir.

La guerre n’a pas forgé l’expression, mais elle l’a diffusée : les lettres des militaires envoyées chez eux l’ont fait paraître dans des journaux à travers tous les États-Unis, et elle est restée dans la langue par la suite. En 1939, P. G. Wodehouse pouvait encore l’utiliser dans Uncle Fred in the Springtime en comptant sur le fait qu’un lectorat anglais la connaîtrait : Pongo, écrivait-il, « was familiar with the expression ‘living the life of Riley’ » [connaissait bien l’expression « living the life of Riley »]. Les comédies radiophoniques puis télévisées américaines intitulées The Life of Riley vinrent plus tard encore, et empruntèrent leur titre à une formule déjà en usage depuis une génération.

Diverses chansons de music-hall victoriennes avaient déjà évoqué un Reilly menant une vie confortable et prospère ; on trouve par exemple la chanson de 1883 popularisée par le chanteur irlando-américain Pat Rooney, Is That Mr. Reilly ? Son refrain disait « Is that Mr. Reilly, of whom they speak so highly ? » [Est-ce là Mr. Reilly, dont on parle avec tant d’éloges ?]. Comme la plupart des chansons irlandaises de l’époque, elle flattait le public irlandais, celle-ci avec une pointe de racisme anti-chinois pour faire bonne mesure (les Chinois étaient alors les principaux concurrents des « Reilly » sur le marché du travail manuel aux États-Unis) :

I’ll have nothing but Irishman on the police Patrick’s Day will be the fourth of July; I’ll get me a thousand infernal machines, To teach the Chinese how to die,

[Je ne veux que des Irlandais dans la police, la Saint-Patrick sera le quatre juillet ; je me procurerai mille machines infernales pour apprendre aux Chinois à mourir]

La chanson de Rooney resta en circulation pendant des décennies. En 1915, l’éditeur new-yorkais Leo Feist publia une réécriture datant de la guerre, Are You the O’Reilly ? (Blime Me, O’Reilly, You Are Lookin’ Well), créditée sur la partition comme adaptée de l’original de Rooney. Ainsi, le Reilly du music-hall était encore chanté au moment même où les soldats écrivaient leurs lettres.

Un autre chanteur irlando-américain, George Gaskin, était populaire à New York à la même époque. On le surnommait « le ténor irlandais à la voix d’argent », même si le public devait faire preuve d’une grande indulgence en ces temps-là, car les enregistrements qui subsistent de lui évoquent plutôt un couteau raclant une assiette. Sa chanson de 1897, The Best in the House is None Too Good for Reilly, développait l’idée fantaisiste d’un Irlandais fortuné traité aux petits soins :

He’s money for to pay, So they let him have his way, The best in the house is none too good for Reilly.

[Il a de l’argent pour payer, alors on le laisse faire à sa guise, rien de ce qu’il y a de mieux dans la maison n’est trop bon pour Reilly]

Ainsi, si l’idée d’un Irlandais fictif menant la grande vie circulait déjà à la fin du dix-neuvième siècle en Irlande comme en Amérique, l’expression « the life of Riley » elle-même n’apparaît qu’au début du vingtième siècle.

L’anglais d’Irlande a conservé un second nom pour désigner le même bonheur. Le Green’s Dictionary of Slang consacre une entrée irlandaise distincte, « life of Larry », avec exactement la même définition, et la rattache non pas à un Larry précis mais à la comparaison plus ancienne « as happy as Larry ». Les noms propres s’attachent facilement à cette idée de bonheur, ce qui explique en partie pourquoi il est si difficile d’identifier un unique Riley d’origine.

Alors, qui était Riley/Reilly, et pourquoi sa vie était-elle si enviable ?

La source de l’expression « the life of Riley » a fait l’objet de nombreuses recherches étymologiques, qui n’avaient guère abouti jusqu’à ce que le miracle des bases de données numériques consultables vienne à la rescousse.

Une numérisation d’un exemplaire du journal Dublin Weekly Nation du samedi 14 octobre 1899 montre que Reiley (et il s’avère qu’il s’agissait bien de Reilly, non de Riley) était le héros d’une ballade populaire, menant exactement la vie qui allait conduire à la création de l’expression que nous recherchions.

Le récit existait déjà sous forme de livre bien avant cette parution dans le journal. Le romancier irlandais William Carleton en fit la matière d’un roman, Willy Reilly and His Dear Cooleen Bawn, et écrivit à propos de la chanson qu’au coin du feu, chez les paysans du Connaught et du nord de l’Irlande, les soirs d’hiver, « the rude but fine old ballad that commemorated that love is still sung with sympathy » [la vieille ballade rustique mais belle qui commémorait cet amour se chante encore avec sympathie]. Carleton parlait de Reilly et de la Cooleen Bawn comme de personnes dont on se souvenait, plutôt que comme d’une invention.

Le texte de la ballade est précédé d’un souvenir de l’homme politique nationaliste irlandais Sir Charles Duffy :

Willy Reilly, says Sir Charles Duffy, was the first ballad I ever heard recited, and it made a painfully vivid impression on my mind. I have never forgotten the smallest incident of it. The story on which it founded happened some sixty years ago; and, as the lover was a young Catholic farmer, and the lady’s family of high Orange principles, it got a party character, which, no doubt, contributed its great popularity.

[Willy Reilly, dit Sir Charles Duffy, fut la première ballade que j’entendis réciter, et elle marqua mon esprit d’une impression douloureusement vive. Je n’en ai jamais oublié le moindre détail. L’histoire qui en est à l’origine se serait déroulée il y a une soixantaine d’années ; et, comme l’amoureux était un jeune fermier catholique et la famille de la dame de haute obédience orangiste, l’affaire prit un caractère partisan qui, sans doute, contribua grandement à sa popularité]

Si l’on croit le récit de Duffy selon lequel Willy Reilly fut un Irlandais bien réel des années 1820, alors nous tenons notre homme.

Duffy indique ensuite à quel point la chanson était connue dans le nord de l’île d’Irlande :

“There is no family under the rank of gentry in the inland counties of Ulster where it is not familiarly known. Nurses and semptresses [seamstresses], the honorary guardians of national songs and legends, have taken it into special favour, and preserved its popularity.”

[« Il n’existe pas, dans les comtés de l’intérieur de l’Ulster, une seule famille en dessous du rang de gentry qui ne la connaisse pas familièrement. Les nourrices et les couturières, gardiennes officieuses des chansons et légendes nationales, l’ont prise en affection particulière et en ont préservé la popularité »]

Voici la ballade telle qu’elle fut imprimée en 1899, qui raconte l’histoire de Willy Reilly s’enfuyant avec son amoureuse héritière, avant d’être capturé et jugé pour enlèvement, pour finalement retrouver la liberté et la fortune dans les bras de sa bien-aimée, ce qui est véritablement « the life of Reilly » :

[Note : « Coolen bawn » est une version anglicisée de « Caillín bán », qui signifie « jeune fille blanche ». La forme originale « bán » conviendrait mieux au schéma des rimes, qui la fait rimer avec « land », « band », etc.]

“Oh! rise up, Willy Reilly, and come along with me, I mean to go with you and leave this counterie, To leave my father’s dwelling, his houses and free land;” And away goes Willy Reilly and his dear Coolen Bawn.

They go by hills and mountains, and by yon lonesome plain, Through shady groves and valleys all dangers to refrain; But her father followed after with a well-arm’d band, And taken was poor Reilly and his dear Coolen Bawn.

It’s home then she was taken, and in her closet bound. Poor Reilly all in Sligo jail lay on the stony ground, ‘Til at the bar of justice before the Judge he’d stand. For nothing but the stealing of his dear Coolen Bawn.

“Now the cold, cold iron hands and feat are bound. I’m handcuffed like a murderer, and tied unto the ground. But all the toil and slavery I’m willing for to stand, Still hoping to succoured by my dear Coolen Bawn.”

The jailor’s son to Reilly goes, and thus to him did say, “Oh! get up, Willy Reilly, you must appear this day. For great Squire Foillard’s anger you never can withstand, I’m afeared you’ll suffer sorely for your dear Coolen Bawn.”

“This the news, young Reilly, that last night I did hear, The lady’s oath will hang you or else will set you clear;” “If that be so” says Reilly, “her pleasure I will stand, Still hoping to be succoured by my dear Coolen Bawn.”

Now Willy’s drest from top to toe all a suit of green, His hair hangs o’er his shoulders most glorious to seen; He’s tall and straight, and comely as any could found, He’s fit for Foillard’s daughter, was she heiress to a crown.

The Judge he said, “This lady being in her tender youth, If Reilly has deluded her she will declare the truth;” Then, like a moving beauty bright, before him she did stand, “You’re welcome there, my heart’s delight and dear Coolen Bawn.”

“Oh, gentlemen,” Squire Foillard said, “with pity look on me, This villain came amongst us to disgrace our family, And by his base contrivance this villainy was planned, If I don’t get satisfaction I’ll quit this Irish land.”

The lady with a tear began, and thus replied she, “The fault is none of Reilly’s, the blame lies all on me, I forced him for to leave his place and come along with me, I loved him out of measure, which wrought our destiny.”

Out bespoke the noble Fox, the table he stood by, “Oh, gentlemen, consider on this extremity; To hang a man for love is a murder you may see, So spare the life of Reilly, let him leave this counterie.”

“Good, my lord, he stole from her her diamonds, Gold watch and silver buckles, and many precious things, Which cost me in bright guineas more than five hundred pounds, I’ll have the life of Reilly should it cost ten thousand pounds.”

“Good, my lord, I gave them a token of true love, And when we are a parting I will them all remove. If you have got them Reilly, pray send them home to me.” “I will my loving lady, with many thanks to thee.”

“There is a ring among them I allow yourself to wear, With thirty locket diamonds well set in silver fair, And as a true-love token wear it on your right hand, That you’ll think on my poor broken heart when you’re in foreign lands.”

Then out spoke noble Fox, “You may let the prisoner go, The lady’s oath has cleared him, as the Jury all may know She has released her own true love, she has renewed his name, May her honour bright gain high estate, and her offspring rise to fame.”

[Traduction : « Lève-toi, Willy Reilly, et viens avec moi, je veux partir avec toi et quitter ce pays, quitter la maison de mon père, ses demeures et ses terres libres » ; et voilà Willy Reilly parti avec sa chère Coolen Bawn.

Ils passent par les collines et les montagnes, par cette plaine solitaire, à travers bosquets ombragés et vallées, évitant tous les dangers ; mais le père d’elle les suivit avec une troupe bien armée, et le pauvre Reilly fut pris avec sa chère Coolen Bawn.

Elle fut ramenée chez elle et enfermée dans sa chambre. Le pauvre Reilly, dans la prison de Sligo, gisait sur le sol de pierre, jusqu’à ce qu’il comparaisse devant le juge, pour rien d’autre que d’avoir « volé » sa chère Coolen Bawn.

« Mes mains et mes pieds sont liés dans le froid, froid fer. On m’a menotté comme un meurtrier et attaché au sol. Mais toute cette peine et cet esclavage, je suis prêt à les supporter, espérant toujours être secouru par ma chère Coolen Bawn. »

Le fils du geôlier vint trouver Reilly et lui dit : « Lève-toi, Willy Reilly, tu dois comparaître aujourd’hui. Tu ne pourras résister à la colère du grand Squire Foillard, je crains que tu ne souffres cruellement pour ta chère Coolen Bawn. »

« Voici la nouvelle, jeune Reilly, que j’ai apprise hier soir : le serment de la dame te pendra ou te fera libérer. » « S’il en est ainsi, dit Reilly, je m’en remets à son bon plaisir, espérant toujours être secouru par ma chère Coolen Bawn. »

Willy est maintenant vêtu de pied en cap d’un habit vert, ses cheveux tombent sur ses épaules, glorieux à voir ; il est grand, droit, aussi beau qu’on puisse trouver, digne de la fille de Foillard, fût-elle héritière d’une couronne.

Le juge dit : « Cette dame étant encore jeune, si Reilly l’a abusée, elle dira la vérité. » Alors, belle comme une apparition, elle se tint devant lui : « Sois le bienvenu, délice de mon cœur, chère Coolen Bawn. »

« Messieurs, dit le Squire Foillard, ayez pitié de moi, ce scélérat est venu parmi nous déshonorer notre famille, et par sa vile ruse cette infamie fut ourdie ; si je n’obtiens pas réparation, je quitterai cette terre d’Irlande. »

La dame, en larmes, répondit ainsi : « La faute n’est pas celle de Reilly, elle est toute mienne, je l’ai forcé à quitter sa place et à venir avec moi, je l’aimais sans mesure, ce qui a scellé notre destin. »

Le noble Fox prit alors la parole, debout près de la table : « Messieurs, considérez cette extrémité ; pendre un homme pour amour, c’est là un meurtre que vous pouvez bien voir, épargnez donc la vie de Reilly, laissez-le quitter ce pays. »

« Mon seigneur, il lui a volé ses diamants, sa montre en or, ses boucles d’argent et bien d’autres choses précieuses, qui m’ont coûté plus de cinq cents livres en guinées sonnantes ; j’aurai la vie de Reilly, dût-elle me coûter dix mille livres. »

« Mon seigneur, je les lui ai donnés en gage de véritable amour, et à notre séparation je les reprendrai tous. Si vous les avez, Reilly, envoyez-les-moi, je vous prie. » « Je le ferai, ma tendre dame, avec tous mes remerciements. »

« Il y a parmi eux une bague que je te permets de garder, sertie de trente diamants en médaillon d’argent fin, porte-la comme gage de véritable amour à ta main droite, afin que tu penses à mon pauvre cœur brisé lorsque tu seras en terre étrangère. »

Alors le noble Fox reprit : « Vous pouvez libérer le prisonnier, le serment de la dame l’a innocenté, comme le jury tout entier peut en témoigner ; elle a libéré son véritable amour, elle a rétabli son nom, puisse son honneur radieux s’élever haut, et sa descendance connaître la gloire. »]

Il s’agit bien sûr d’une ballade romancée, dont il existe plusieurs variantes, et il convient donc d’avancer avec prudence. En faveur d’un fond de vérité, on relève qu’une famille protestante fortunée du nom de Ffolliott vivait à Sligo à la fin du dix-huitième siècle, ainsi qu’un certain Luke Fox, magistrat de la région à cette époque. Il existe aussi des récits historiques d’un petit propriétaire terrien nommé Reilly, vivant non loin dans le comté de Sligo, qui aurait jeté son dévolu amoureux sur Helen Ffolliott, la fille de la maison, et qui aurait été jugé de la façon que décrit la chanson. Il existe donc de bons indices circonstanciels que les principaux personnages de la ballade furent des personnes réelles.

Ce qui joue contre la véracité du récit, c’est le flou des dates et des lieux. Les détails de l’histoire, comme ceux de la ballade, varient selon les versions. Le récit de Duffy place ainsi Reilly dans les années 1820, non à la fin du dix-huitième siècle. Carleton situe les événements plus tôt encore. Sa préface affirme sans détour : “The period then was about that of 1745, when Lord Chesterfield was Governor-General of Ireland” [« L’époque était alors celle de 1745 environ, lorsque Lord Chesterfield était gouverneur général de l’Irlande »]. Les années 1820 de Duffy et le 1745 de Carleton sont séparés de quatre-vingts ans, ce qui n’est pas ce à quoi ressemble un fait solidement établi.

Néanmoins, la trame du récit reste cohérente d’une version à l’autre : Reilly courtisant, ou enlevant, Mademoiselle Ffolliott, avant d’être finalement réuni à elle et à sa fortune, et de fonder avec elle une famille heureuse. Certaines variations dans la transmission d’un conte populaire romantique sont à attendre, en Irlande plus qu’ailleurs, et, tout bien considéré, je dirais que le meilleur candidat que nous ayons pour avoir été le premier à mener « the life of Riley » est Willy Reilly, de Sligo, en Irlande.

Aucune citation retrouvée à ce jour ne relie explicitement l’expression à la ballade en ces termes précis. La plus proche est la lettre de 1909 citée plus haut, où un homme vivant confortablement sur son propre lopin de terre est dit mener la vie de Willie Reilly, sa Colleen Bawn nommée à ses côtés. C’est la meilleure preuve dont on dispose d’un véritable Reilly derrière l’expression, et ce n’est qu’une seule lettre, écrite longtemps après les événements auxquels elle fait allusion. L’expression elle-même ne fait aucun doute : elle est américaine, date des années autour de 1910, et désigne depuis lors cette même vie facile et sans souci qu’est « the life of Riley ».