Quelle est l'origine de cette expression ?
« Such is life » est une manière de hausser les épaules devant quelque chose qu’on ne peut pas changer. C’est un anglais tout simple, imprimé dès 1750, et bien plus ancien que sa célébrité australienne : l’usage qu’en aurait fait Ned Kelly sur l’échafaud en 1880 est contesté. Le Cambridge Dictionary glose l’idiome comme étant « utilisé pour désigner un événement qui s’est produit et que l’on doit accepter ».
Quelle est l’origine de l’expression « Such is life » ?
Les premiers emplois de cette expression datent du milieu du XVIIIe siècle. Ainsi, la Grammar of the Italian Language de Joseph Baretti, publiée en 1762, traduit « Cosi va’l mondo ! » par « Such is life » et poursuit :
“Such is life, that whatever is proposed, it is much easier to find reasons for rejecting than embracing.”
[Traduction : « Telle est la vie, que quoi qu’on propose, il est bien plus facile de trouver des raisons de le rejeter que de l’accepter. »]
« Such is life » fait bien sûr écho au français « C’est la vie », qui équivaut à l’anglais « that’s life », ou « life’s like that ». Parmi les variantes modernes, on trouve « that’s the way it goes », « that’s the way the ball bounces », « that’s the way the cookie crumbles », etc.
La phrase que reproduit Baretti n’était pas de lui. Elle est de Samuel Johnson, et avait déjà paru douze ans plus tôt dans The Rambler n° 39, daté du mardi 31 juillet 1750 : “Yet such is life, that whatever is proposed, it is much easier to find reasons for rejecting than embracing.” [Traduction : « Pourtant telle est la vie, que quoi qu’on propose, il est bien plus facile de trouver des raisons de le rejeter que de l’accepter. »] Johnson emploie les mots à peu près comme on le ferait aujourd’hui, pour reconnaître une difficulté qui ne sera pas résolue. Le fac-similé de la grammaire de 1762 montre la phrase composée avec le « s long » de l’époque, s’ouvrant sur « Such is life, that whatever is propofed it is much eafier to find reafons for ».
Dès 1842, l’expression pouvait s’insérer dans une scène comique comme un simple haussement d’épaules du quotidien. Charles Dickens l’utilise dans American Notes, 1842, dans un passage consacré aux cochons qui erraient alors dans les rues de New York. Un cochon passe devant le montant de porte d’un boucher où pend la carcasse d’un ami abattu, « grogne ‘Such is life : all flesh is pork !’ [Telle est la vie : toute chair est du porc !], enfouit de nouveau son groin dans la boue » et s’éloigne en se dandinant dans le caniveau.
L’association australienne est venue plus tard, et elle est plus fragile qu’il n’y paraît. L’Australian Dictionary of Biography, dans sa notice consacrée à Edward (Ned) Kelly, rapporte que Kelly fut pendu à la prison de Melbourne le 11 novembre 1880 et que « ses derniers mots furent ‘Ah well, I suppose it has come to this’ [Eh bien, je suppose qu’on en est arrivé là], plus tard rendus par un journaliste par ‘Such is life’ ». Selon ce récit, la version célèbre serait donc une mise en forme du journaliste plutôt qu’une transcription fidèle, et les mots eux-mêmes figuraient déjà dans l’anglais imprimé depuis plus d’un siècle lorsque Kelly se tint sur la trappe.
Joseph Furphy a repris l’expression comme titre du roman qu’il acheva en mars 1897 et publia à Sydney par l’intermédiaire du Bulletin en 1903, sous le pseudonyme de Tom Collins. C’est à la fois le titre du livre et sa dernière phrase : “Such is life, my fellow-mummers” [Telle est la vie, mes chers comédiens], conclut le narrateur, “just like a poor player, that bluffs and feints his hour upon the stage, and then cheapens down to mere nonentity” [tout comme un pauvre acteur qui bluffe et feinte le temps de son heure sur scène, puis se réduit à une simple néantise].
Par son ton, l’expression se situe entre ‘Life goes on’, qui regarde vers l’avant, et ‘Keep a stiff upper lip’, qui appelle au sang-froid. « Such is life » ne demande ni l’un ni l’autre. Elle clôt le sujet.