Français

Quelle est l'origine de l'expression « Purple patch » ?

La signification de l'expression

Un « purple patch » désigne un passage littéraire trop orné ou, par extension, une période de réussite ou d'inspiration exceptionnelle.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Quelle est l’origine de l’expression « Purple patch » ?

Les « purple patches », parfois appelées aussi « purple passages » ou « purple prose », désignaient à l’origine, au sens figuré, des passages littéraires trop fleuris, ajoutés à un texte pour créer un effet dramatique. C’était l’équivalent littéraire d’un morceau de tissu pourpre cousu sur un vêtement autrement sobre. Le pourpre fut choisi non seulement parce qu’il s’agissait d’une couleur distinctive, mais aussi parce qu’elle était réservée, dans la Rome impériale, aux empereurs et aux hauts dignitaires. La plupart des premières références à ces « purple patches » portent la marque évidente d’une origine classique, beaucoup d’entre elles citant même du texte latin.

La première personne que l’on puisse identifier comme ayant employé l’expression « purple patch » à l’écrit en anglais n’est autre qu’Élisabeth Ire. En 1598, la reine Élisabeth traduisit le texte latin De Arte Poetica d’Horace, publié en 1899 dans Queen Elizabeth’s Englishings :

Oft to beginnings graue and shewes of great is sowed A purple pace, one or more for vewe.

[Traduction : « Souvent, à des débuts solennels et à des apparences de grandeur, on coud un passage pourpre, un ou plusieurs, pour l’apparence. » Note : « purple pace » traduisait l’expression latine originale « purpureus pannus ». « Pace » signifiait ici « passage ».]

Beaucoup d’œuvres attribuées à divers monarques anglais n’étaient en réalité pas de leur main, ces attributions n’étant qu’une forme de flatterie. Élisabeth, elle, bénéficia de l’idée tudorienne selon laquelle les femmes de la noblesse méritaient une éducation formelle, et sa mère, Anne Boleyn, avait veillé à ce qu’« elle wolde endewe her with the knowlege of all tounges, as Hebrue, Greeke, Latyne, Italian, Spanishe, Frenche » [« elle la dotât de la connaissance de toutes les langues, comme l’hébreu, le grec, le latin, l’italien, l’espagnol, le français »] [et, à en juger par sa signature, aussi de la calligraphie]. La reine devint une latiniste réputée, et l’on peut être assuré que cette traduction, ou plutôt cet « Englishing », comme on disait joliment à l’époque tudorienne pour désigner une traduction vers l’anglais, était bien de sa propre plume.

L’expression « purple patch » ne fut guère reprise avant le XVIIIe siècle, période où les critiques littéraires valorisaient l’homogénéité du style. Les textes inégaux étaient blâmés, et « purple patch » devint l’étiquette idéale pour désigner un passage qui tranchait par son excès d’ornement. Cette idée est exprimée avec vigueur dans l’ouvrage de critique littéraire The True Tom Double, en 1704 :

All a Man writes should be proportion’d Even and of a piece; and one Part of the Work should not so far out-shine, as to Obscure and Darken the Other. The Purple Patches he claps upon his Course Style, make it seem much Courser than it is.

[Traduction : « Tout ce qu’un homme écrit devrait être régulier et cohérent ; aucune partie de l’œuvre ne devrait tant éclipser les autres qu’elle les obscurcisse. Les purple patches qu’il plaque sur son style grossier ne font que le rendre plus grossier encore. »]

Ce n’est qu’au XXe siècle que l’expression « purple patch » s’appliqua à autre chose qu’à l’écriture. Elle en vint alors à désigner « une période de chance ou de créativité ». On en trouve un exemple précoce dans le journal The Westminster Budget, en octobre 1900 :

True, it is hardly to be counted a purple patch of history, but a man must surely blame himself if he does not find something epic in the struggle. [de la lutte du peuple ordinaire]

[Traduction : « Certes, on ne peut guère la compter parmi les purple patches de l’histoire, mais un homme doit sûrement se reprocher de ne pas trouver quelque chose d’épique dans cette lutte. »]

Dans les années 1960, l’expression revint à son sens littéral lorsque les hippies se mirent à porter du velours pourpre et à rapiécer leurs jeans avec ce tissu. Le « Hendrix purple » est aujourd’hui une nuance reconnue dans l’industrie de la mode.

Exemples d'utilisation

  • Le romancier traverse un purple patch depuis la parution de son dernier livre.
  • Ce chapitre contient un vrai purple patch, trop chargé en métaphores pour le reste du récit.