Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression ‘Parting shot’ ?
« Parting shot » est aujourd’hui une expression figurée, mais elle renvoie clairement à l’idée de tirer un coup de feu. La première allusion littérale que l’on connaisse se trouve dans les écrits de John McLeod, chirurgien à bord du navire de Sa Majesté l’Alceste. McLeod écrit ceci dans A Narrative of a Voyage to The Yellow Sea, 1818 :
The consort, firing a parting shot, bore up round the north end of the island, and escaped.
[Le navire compagnon, tirant un coup de feu en se retirant, contourna la pointe nord de l’île et s’échappa.]
L’usage figuré de l’expression apparaît peu après, dans les archives de la Société religieuse des amis (les quakers), The Friend or, Advocate of Truth, 1828 :
I think it would be much more becoming…, if you could separate without giving each other a parting shot. If you could but use this short sentence, “we cannot agree and therefore we separate.”
[Je pense qu’il serait bien plus convenable… que vous puissiez vous séparer sans vous adresser un dernier trait. Si seulement vous pouviez utiliser cette courte phrase : « nous ne sommes pas d’accord et c’est pourquoi nous nous séparons ».]
Cette origine de « parting shot » semble très simple et limpide. Pas si vite : voici les Parthes et leurs « Parthian shots ». Les Parthes étaient un ancien peuple établi au nord-est de la Perse. Réputés archers et cavaliers, ils étaient connus pour leur tactique consistant à semer la confusion chez l’ennemi en feignant de fuir tout en tirant des flèches en arrière, ce qui n’est pas la chose la plus aisée à faire sur un cheval au galop. La tactique dut être efficace, puisqu’au premier siècle avant J.-C., la Parthie s’étendait de l’Euphrate à l’Indus, couvrant l’essentiel de ce qui est aujourd’hui l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan.
La réputation des Parthes était bien connue des lettrés anglophones aux XVIe et XVIIe siècles ; Samuel Butler, par exemple, fait explicitement référence à leur tactique de combat dans An Heroical Epistle of Hudibras to His Lady, 1678 :
You wound, like Parthians, while you fly, And kill with a retreating eye.
[Vous blessez, comme les Parthes, tout en fuyant, et vous tuez d’un regard qui se retire.]
L’usage du terme exact « Parthian shot » apparaît bien plus tard. Comme pour « parting shot », c’est d’abord un usage littéral qui se rencontre. On le trouve dans A Tour in India, récit d’un certain capitaine Mundy, aide de camp de lord Combermere lors d’une expédition de chasse en Inde en 1832. Avec toute la bravoure de ceux qui assomment des bébés phoques à coups de gourdin, Mundy raconte sa rencontre héroïque avec un tigre :
Out rushed a little cub tiger of about three months, and charged me so courageously that my elephant took to her heels. I made a successful Parthian shot with my favourite Joe Manton [shotgun], and slew my determined little pursuer.
[Surgit alors un petit tigreau d’environ trois mois, qui me chargea avec tant de courage que mon éléphant prit la fuite. Je réussis un tir à la parthe avec mon fusil favori, le Joe Manton, et j’abattis mon déterminé petit poursuivant.]
L’usage métaphorique de « Parthian shot » apparaît peu après, dans The Times, en avril 1842 :
They have probably enough dealt a Parthian shot to British interests, by setting the Nacional once more upon its legs.
[Ils ont sans doute porté un coup à la parthe aux intérêts britanniques, en remettant le Nacional sur pied.]
L’existence, dans la langue anglaise, de deux expressions presque identiques et de même sens a nourri l’idée que l’une dériverait de l’autre. C’est possible, mais aucune preuve décisive ne permet de le confirmer. Il est peu probable que « Parthian shot » vienne de « parting shot », tant la tactique militaire à laquelle il renvoie est ancienne. Le fait que les premières attestations connues de « parting shot » précèdent celles de « Parthian shot » tend d’ailleurs à suggérer que les deux expressions ont été forgées indépendamment. On ne peut en être certain, mais il semble bien que la ressemblance entre les deux ne soit qu’une simple coïncidence.