Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « paint the town red » ? La version courte
L’expression « paint the town red » évoque un comportement débridé, allant parfois jusqu’à l’effusion de sang, et son origine fait l’objet de plusieurs hypothèses. Une anecdote populaire remonte à 1837, lorsque le marquis de Waterford et ses amis auraient semé le chaos à Melton Mowbray, en Angleterre, en peignant des bâtiments en rouge. Le marquis était connu pour son comportement de voyou, et l’événement est bien documenté.
Cependant, aucune trace écrite de l’expression n’existe avant 1883, aux États-Unis, où elle est attestée pour la première fois à New York. D’autres sources la relient au quartier des plaisirs (le « red-light district »), à l’excès de boisson, ou encore aux visages rougis par l’alcool. L’origine exacte reste incertaine : plusieurs théories existent, mais aucune preuve n’est concluante. Si l’incident de Melton Mowbray constitue une piste séduisante, elle manque de preuves suffisantes pour être considérée comme la source définitive.
Quelle est l’origine de l’expression « paint the town red » ? L’histoire complète
L’allusion contenue dans l’expression « paint the town red » renvoie à ce type de comportement débridé qui finit par faire couler le sang.
Plusieurs hypothèses circulent quant à l’origine de l’expression. La plus souvent répétée, notamment dans les murs de l’office de tourisme de Melton Mowbray, est une anecdote datant de 1837. C’est à cette époque que le marquis de Waterford et un groupe d’amis auraient semé le désordre dans la ville du Leicestershire de Melton Mowbray, peignant en rouge la barrière de péage et plusieurs bâtiments.
Cet événement est bien documenté et correspond tout à fait au style du marquis, un voyou notoire. Pour ses amis, il s’appelait Henry de la Poer Beresford ; pour le public, il était « le marquis fou ».
Dans l’Oxford Dictionary of National Biography, Beresford est décrit comme « un vaurien et propriétaire terrien ». Parmi ses méfaits : bagarres, vols, une invitation à quitter l’université d’Oxford, des vitres brisées, des charrettes à pommes renversées (littéralement), des duels et, pour couronner le tout, avoir peint les sabots du cheval d’un pasteur avec de l’anis avant de le pourchasser avec des limiers. Il était suffisamment tristement célèbre pour que certains l’aient soupçonné d’être « Spring Heeled Jack », l’étrange personnage semi-mythique du folklore anglais.
Melton Mowbray est le lieu d’origine de la célèbre tourte au porc de Melton Mowbray, laquelle ne pouvait guère venir d’ailleurs. La revendication de la ville comme source de « paint the town red » est plus douteuse. Il est certes plausible que l’expression en vienne, mais pas plus plausible que Stony Stratford, dans le Buckinghamshire, comme origine de « cock and bull story », ou qu’Ashbourne, dans le Derbyshire, comme origine de « local derby » (ce qui n’est pas le cas). Malheureusement, la plausibilité s’arrête là. L’expression n’apparaît par écrit que cinquante ans après la fameuse soirée du comte. Si cet événement en était vraiment la source, pourquoi aurait-on attendu cinquante ans, tout le monde en fait, avant d’y faire allusion ?
Un autre indice, qui appuie la réalité de l’événement mais dessert l’hypothèse de son origine, vient d’une légende accompagnant une image des noceurs, datée de 1837. L’image s’intitule A Spree at Melton Mowbray, avec pour sous-titre Or doing the Thing in a Sporting-like manner [« Une virée à Melton Mowbray, ou comment faire les choses avec panache »].
La date de cette gravure correspond bien à l’incident allégué, et l’événement fut rapporté dans le New Sporting Magazine en juillet 1837 :
“Mr. R. Ackermann, 191, Regent Street, has just published two more of the series of Sporting Anecdotes, illustrative of certain disgraceful proceedings termed ‘sprees,’ which took place at Melton Mowbray last season. In that intitled ‘Quick work without a Contract, by tip-top Sawyers,’ three gentlemen (?) in scarlet coats, small-clothes, and silk stockings, - comme il faut, - are seen engaged in painting the sign of the White Swan red; and two others of the same class are perceived painting the window of the Post Office in the same manner. Another of those ‘bloods’ is making a stroke with his brush at the back of a flying watchman; two others, like regular gutter-bullies, are engaged in personal contest with two watchmen, and three MEN in scarlet have a single watchman down and are daubing his face with paint.”
[« M. R. Ackermann, 191 Regent Street, vient de publier deux nouvelles anecdotes sportives illustrant certains agissements scandaleux appelés « virées », survenus à Melton Mowbray la saison dernière. Dans celle intitulée « Travail rapide sans contrat, par des scieurs de haut vol », trois gentlemen ( ?) en habits écarlates, culottes courtes et bas de soie, très comme il faut, sont vus en train de peindre en rouge l’enseigne du White Swan ; deux autres du même acabit peignent de la même façon la fenêtre du bureau de poste. Un autre de ces « durs » donne un coup de pinceau dans le dos d’un veilleur de nuit en fuite ; deux autres, tels de vrais voyous de caniveau, se battent avec deux veilleurs, et trois hommes en écarlate en ont maîtrisé un et lui barbouillent le visage de peinture. »]
La comptine elle-même s’intitule Quick work without a contract. By tip-top sawyers [« Travail rapide sans contrat. Par des scieurs de haut vol »] :
Coming it strong with a Spree and a spread, Milling the day-lights, or cracking the head; Go it ye cripples! come tip us your mauleys, Up with the lanterns, and down with the Charleys:
If lagg’d we should get, we can gammon the Beak, Tip the slavies a Billy to stifle their squeak. Come the bounce with the snobs, and a [blank] for their betters, And prove all the Statutes so many dead letters.
Ce texte demande un peu de déchiffrage, mais c’est manifestement un hymne à la joie de sortir semer la pagaille. Il regorge de l’argot de l’époque, traduit en partie ici en français moderne :
To do signifiait « voler ou tromper » ; sport voulait dire « chahut ou débordement joyeux », si bien que doing the thing in a sporting like manner revient à mener ses méfaits dans la bonne humeur.
Coming it strong with a Spree and a spread : le mot « spread » suggère ici l’ampleur du chaos.
Milling signifiait « se battre », donc milling the day-lights équivaut à « rouer quelqu’un de coups ».
Go it ye cripples ! : « go it » signifie « continue ! bats-toi ! ». « Cripples » peut désigner des infirmes, mais aussi une pièce de six pence difforme. Aucun des deux sens ne semble vraiment convenir ici.
Come tip us your mauleys : « serrez-nous la main ».
Down with the Charleys : un « Charley » était un veilleur de nuit.
If lagg’d we should get, we can gammon the Beak : « lagged » signifie « arrêté » ; « gammon » désignait le baratin ; un « beak » était (et reste) un magistrat.
Tip the slavies a Billy to stifle their squeak : soudoyer les domestiques pour les empêcher de dénoncer. Un « billy » pouvait être une matraque, ou plus probablement une pièce d’un souverain (une livre) à l’effigie du roi Guillaume.
Come the bounce with the snobs : « to bounce » pouvait signifier frapper, faire du bruit, cogner (notamment à une porte), se vanter ou intimider. Toutes ces significations sont plausibles. Un « snob » était une personne de basse condition ou un apprenti cordonnier.
and a [blank] for their betters : le mot manquant, je le laisse à votre imagination.
L’image représente de véritables rues de Melton et il est très probable qu’elle dépeigne un événement réel. Le compte rendu du journal décrit la peinture rouge présente dans l’illustration d’Ackermann, bien qu’elle soit difficile à discerner sur les tirages postérieurs. Ni le texte accompagnant l’image ni les comptes rendus ultérieurs ne mentionnent le marquis de Waterford ni, surtout, l’expression « paint the town red ». En réalité, comme indiqué plus haut, la première apparition écrite de l’expression est bien plus tardive : elle ne date que de 1883, et à New York, non dans le Leicestershire. Le New York Times de juillet 1883 rapporte :
“Mr. James Hennessy offered a resolution that the entire body proceed forthwith to Newark and get drunk… Then the Democrats charged upon the street cars, and being wafted into Newark proceeded, to use their own metaphor, to ‘paint the town red.’”
[« M. James Hennessy a proposé une résolution selon laquelle l’ensemble du groupe se rendrait immédiatement à Newark pour s’enivrer… Les démocrates ont alors pris d’assaut les tramways et, une fois transportés à Newark, ont entrepris, selon leur propre métaphore, de « paint the town red ». »]
Les autres premières occurrences de l’expression se rapportent également aux États-Unis plutôt qu’à l’Angleterre. L’édition de novembre 1884 du Boston [Mass.] Journal contient :
“Whenever there was any excitement or anybody got particularly loud, they always said somebody was ‘painting the town red.’”
[« Chaque fois qu’il y avait de l’excitation ou que quelqu’un se montrait particulièrement bruyant, on disait toujours que quelqu’un était en train de « paint the town red ». »]
Vient ensuite Rudyard Kipling. On ne peut pourtant pas faire plus anglais que lui. Mais ici encore, c’est bien à l’Amérique qu’il fait référence, dans son livre Abaft Funnel, 1889 :
“They would do their best towards painting that town [Chicago] in purest vermilion.”
[« Ils feraient de leur mieux pour peindre cette ville [Chicago] du plus pur vermillon. »]
D’autres théories existent également :
Jaipur (la Ville rose) est la capitale de l’État indien du Rajasthan. Les anciens bâtiments de la ville sont construits en grès rose. En 1853, la ville fut peinte en rose en l’honneur d’une visite du prince Albert. Mais si c’était là l’origine de l’expression, pourquoi ne dirait-on pas « peindre la ville en rose » ?
William et Mary Morris, dans leur Morris Dictionary of Word and Phrase Origins, avancent que l’expression est probablement née sur la frontière américaine. Ils la relient au « red-light district » (le quartier chaud) et suggèrent que des gens sortis faire la fête « en ville » auraient pu se mettre en tête de mettre la ville entière au rouge. Peut-être bien, mais rien n’est moins sûr.
On dit parfois aussi que l’expression viendrait de l’argot américain où « paint » signifiait « boire ». Or, lorsqu’une personne est ivre, son visage et son nez rougissent, d’où l’analogie.
Comme c’est souvent le cas, les hypothèses plausibles ne manquent pas, mais les preuves concluantes, elles, font défaut : sur ce point, le doute persiste. D’après ce que l’on sait aujourd’hui, l’expression semble être née aux États-Unis vers 1883 : on recense de nombreuses citations américaines pour cette année-là, et aucune antérieure. La façon dont elle a été forgée reste inconnue, mais il n’est pas impossible que les événements de Melton en 1837 en aient inspiré la création. Nul doute que beaucoup se joindraient volontiers aux habitants de Melton Mowbray pour désigner le marquis canaille comme la source de l’expression, mais les preuves manquent encore pour une condamnation en bonne et due forme. En revanche, leurs tourtes, elles, sont indiscutablement excellentes.
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