Quelle est l'origine de cette expression ?
« Onward and upward » est ce que l’on dit quand la seule direction utile qui reste est d’aller de l’avant. L’expression fonctionne de deux façons : comme une véritable exhortation à progresser vers de meilleures choses, et comme un haussement d’épaules ironique après un échec, l’équivalent verbal de se relever et de s’épousseter (« eh bien, cet entretien a été un désastre, onward and upward »). Les Britanniques disent souvent « onwards and upwards ». Dans un cas comme dans l’autre, cela signale que le locuteur a décidé de ne pas s’attarder sur le passé. Le ton est aujourd’hui généralement léger, mais l’expression est née dans un esprit tout à fait sérieux, comme une pièce d’édification morale victorienne.
Quelle est l’origine de l’expression « onward and upward » ?
Les deux mots sont anciens, mais leur association est une création du dix-neuvième siècle. Le corpus de livres numérisés de Google ne montre que de rares occurrences avant les années 1830, puis une progression constante tout au long des décennies victoriennes jusqu’à un pic dans les années 1890. Cette combinaison convenait parfaitement à l’époque : le progrès (« onward ») uni à l’amélioration morale et spirituelle (« upward »), condensés en un sermon de deux mots.
Les premières occurrences apparaissent exactement là où on s’y attendrait, dans des vers édifiants et de la prose de chaire. L’actrice et écrivaine Fanny Kemble employa cette association dans un poème d’adieu adressé à des garçons quittant l’école de Lenox, dans le Massachusetts, publié dans son recueil Poems en 1844 :
Fail not for sorrow, falter not for sin, But onward, upward, till the goal ye win; God guard ye, and God guide ye on your way, Young pilgrim warriors who set forth to-day.
[Ne faiblissez pas devant le chagrin, ne trébuchez pas devant le péché, mais avancez, montez, jusqu’à ce que vous remportiez le but ; que Dieu vous garde et vous guide sur votre chemin, jeunes pèlerins guerriers qui partez aujourd’hui.]
Un an plus tard, le poète américain James Russell Lowell mit les deux mots à contribution dans « The Present Crisis », écrit en décembre 1845, dans des vers qui furent cités pendant des générations par la suite :
New occasions teach new duties; Time makes ancient good uncouth; They must upward still, and onward, who would keep abreast of Truth.
[De nouvelles circonstances enseignent de nouveaux devoirs ; le temps rend le bien ancien inconvenant ; ils doivent toujours monter et avancer, ceux qui veulent rester au plus près de la vérité.]
Ni l’un ni l’autre n’a réellement inventé l’expression, ils l’ont plutôt saisie alors qu’elle montait en popularité. Dans la seconde moitié du siècle, « onward and upward » (avec « upward and onward » comme variante courante) était devenue une devise toute faite du mouvement d’amélioration de soi, adoptée par des écoles, des sociétés et des tracts religieux. L’exemple le plus littéral vient d’Écosse : dans les années 1880 et 1890, Ishbel, Lady Aberdeen, développa son programme d’éducation des jeunes servantes autour de Haddo House, dans l’Aberdeenshire, en une association appelée Onward and Upward Association, dotée d’un magazine mensuel, Onward and Upward, publié de 1890 à 1920.
Ce sérieux est précisément ce que le vingtième siècle trouva drôle. Le New Yorker adopta « Onward and Upward » pour les titres de ses rubriques de longue durée, la plus célèbre étant « Onward and Upward with the Arts », reprenant l’ancienne devise avec un sourcil levé. Sous la rubrique jumelle « Onward and Upward in the Garden », la rédactrice de fiction du magazine, Katharine S. White, publia quatorze essais entre 1958 et 1970, réunis en 1979 dans un livre du même nom, édité par son mari E. B. White.
L’usage moderne se situe quelque part entre les victoriens et le New Yorker : une expression que l’on emploie sincèrement, mais avec un sourire, lorsqu’il n’y a rien d’autre à faire face à une déception que de passer à autre chose. Elle accompagne souvent every cloud has a silver lining, l’autre formule toute faite de consolation face à un revers.