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Quelle est l'origine de l'expression « My heart is full » ?

La signification de l'expression

« My heart is full » exprime un sentiment si intense, qu'il soit de joie ou de chagrin, qu'il déborde et rend les mots presque impossibles à trouver.

Quelle est l'origine de cette expression ?

« My heart is full » est ce que l’on dit quand un sentiment dépasse l’espace disponible pour le contenir. Aujourd’hui, l’expression signale presque toujours un débordement heureux : gratitude, amour ou fierté lors d’un mariage, d’une naissance, d’une remise de diplôme ou d’une retrouvaille. Depuis les années 2010, elle est devenue un incontournable des légendes sur les réseaux sociaux, souvent amplifiée en « my heart is so full », épinglée sous des photos de rassemblements familiaux et de couchers de soleil. L’image qui sous-tend cette expression est pourtant plus ancienne et moins joyeuse que sa carrière sur Instagram ne le laisse penser. Le cœur y est conçu comme un récipient, et un récipient plein peut contenir du chagrin aussi bien que de la joie. Ce que l’expression annonce réellement, c’est que l’émotion a atteint son bord, et que les mots sont sur le point de déborder ou de manquer complètement.

Quelle est l’origine de l’expression « my heart is full » ?

L’idée que le cœur est un récipient qui se remplit de sentiments est ancienne, et la Bible du roi Jacques l’a ancrée dans l’oreille anglaise. L’Ecclésiaste dit que « le cœur des fils des hommes est plein de mal », et dans l’Évangile selon Matthieu, Jésus dit aux pharisiens que « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle ». Ce second verset fournit la logique essentielle de l’expression : tout ce qui remplit le cœur doit finir par sortir de la bouche.

Shakespeare connaissait cette formule comme quelque chose que l’on disait déjà, et que l’on chantait même. Dans Roméo et Juliette, écrit au milieu des années 1590, le serviteur Pierre plaisante avec les musiciens après que Juliette a été trouvée apparemment morte, les suppliant de jouer l’air « Heart’s ease », car, dit-il, « my heart itself plays ‘My heart is full of woe’ » (« mon cœur lui-même joue ‘mon cœur est plein de chagrin’ »). Pierre fait référence à une chanson populaire, ce qui laisse penser que l’expression circulait déjà bien avant que Shakespeare ne l’utilise. Dans Othello, environ une décennie plus tard, Emilia lui donne sa forme moderne exacte lorsqu’elle affronte Iago au sujet du meurtre de Desdémone : « Speak, for my heart is full » (« parle, car mon cœur est plein »). Son cœur est plein d’horreur, non de gratitude, mais le mécanisme est le même : trop de sentiment, exigeant d’être libéré.

La fiche de Dictionary.com consacrée à cet idiome situe sa première trace écrite entre 1670 et 1680, et au XVIIIe siècle, l’expression était partout où les sentiments s’exacerbaient. Le roman de Samuel Richardson, Pamela (1740), qui a établi le modèle du roman sentimental, fait dire à son héroïne : « My heart is full ; and why should you wish to undo me ? » (« mon cœur est plein, et pourquoi voudriez-vous me perdre ? »). Dans les années 1740, Charles Wesley a ouvert un hymne par « My heart is full of Christ, and longs / Its glorious matter to declare » (« mon cœur est plein du Christ, et aspire à proclamer sa glorieuse matière »), donnant à cette plénitude une tonalité dévotionnelle. Wordsworth a repris la même image à l’un des moments charnières de The Prelude, en évoquant la promenade matinale qui a scellé sa vocation de poète : « to the brim / My heart was full ; I made no vows, but vows / Were then made for me » (« jusqu’au bord, mon cœur était plein ; je ne fis aucun vœu, mais des vœux furent alors faits pour moi »).

Pendant la majeure partie de son existence, l’expression couvrait donc tout le registre émotionnel, du chagrin à l’adoration. Son resserrement vers la gratitude publique est récent. Lorsque Loretta Lynch a prêté serment en tant que procureure générale des États-Unis en avril 2015, elle a déclaré à l’assistance qu’« it seems like such an understatement to say that my heart is full, but it is » (« cela semble un tel euphémisme de dire que mon cœur est plein, mais c’est le cas »), une déclaration largement relayée à l’époque. Ce sens cérémoniel et reconnaissant est celui que les réseaux sociaux ont adopté au cours de la même décennie, et la version des rédacteurs de légendes domine désormais tellement que les lectures anciennes, empreintes de chagrin, semblent presque archaïques. Le récipient, autrefois aussi susceptible de déborder de peine que de joie, est aujourd’hui généralement supposé être rempli de bénédictions. Ceux qui préfèrent afficher leurs sentiments plutôt que simplement les annoncer wear their heart on their sleeve, une image qui, elle aussi, vient d’Othello.