Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « to mince words » ?
On imagine volontiers que « mincer ses mots » ferait allusion au fait de hacher les mots pour les rendre plus digestes. Ce sens culinaire de « mince » (hacher) est bien attesté dans la langue anglaise et remonte au moins au XIVe siècle. On en trouve un exemple dans Curye on Inglysch, 1381 :
Nym onyons & mynce hem smale & fry hem in oyle. [Prenez des oignons, hachez-les finement et faites-les frire dans de l’huile.]
Ce n’est cependant pas ce sens de « mince » qui est à l’œuvre dans « to mince words ». L’expression ne fait pas non plus référence à cette démarche affectée à petits pas, appelée « mincing », souvent adoptée par des acteurs homosexuels dans les comédies britanniques de la seconde moitié du XXe siècle. Le mot « mincing » n’est pas nouveau pour autant : lui aussi est ancien et apparaît dès 1562 dans la pièce pour enfants Jack Juggler, sans la connotation efféminée qu’on lui prête aujourd’hui :
She minceth, she brideleth, she swimmeth to and fro. [Elle marche à petits pas, elle se pavane, elle se dandine de-ci de-là.]
Le sens de « mince » qui nous intéresse est moins courant, bien que tout aussi ancien. Depuis le XVIe siècle, « to mince » signifie minimiser, en particulier employer un langage poli pour formuler une critique. Shakespeare l’emploie ainsi dans Henri V :
I know no wayes to mince it in loue, but directly to say, I loue you. [Je ne connais pas de moyen d’adoucir mes mots en amour, sinon de dire directement : je vous aime.]
et dans Antoine et Cléopâtre :
Speake to me home, Mince not the generall tongue, name Cleopatra as she is call’d in Rome. [Parlez-moi franchement, ne mâchez pas vos mots, nommez Cléopâtre comme on l’appelle à Rome.]
Il faut attendre le XIXe siècle pour trouver la première apparition imprimée de « mince words ». Benjamin Disraeli, romancier autant que politicien, l’utilise dans son récit de 1826, Vivian Grey :
Your Lordship’s heart is very warm in the cause of a party, which, for I will not mince my words, has betrayed you. [Le cœur de Votre Seigneurie est bien chaud pour la cause d’un parti qui, je ne mâcherai pas mes mots, vous a trahi.]
Une forme particulière de mots « mincés » sont les minced oaths, des jurons édulcorés qui permettent d’évoquer Dieu sans prononcer directement son nom.