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Quelle est l'origine de l'expression « Mad dogs and Englishmen » ?

La signification de l'expression

L'expression désigne, avec une pointe d'autodérision, les Anglais qui s'aventurent dehors en plein soleil de midi sous les tropiques, alors que tous les autres peuples se mettent à l'abri.

Quelle est l'origine de cette expression ?

L’humour autodérisoire de cette formule tient au fait que, dans les années 1930, lorsque la chanson fut écrite, peu d’Anglais avaient voyagé à l’étranger, et ceux qui l’avaient fait n’étaient absolument pas préparés à la chaleur du soleil près de l’équateur, le soleil en Angleterre exigeant rarement des mesures de protection.

Quelle est l’origine de l’expression « Mad dogs and Englishmen » ?

Toute discussion sur l’expression « mad dogs and Englishmen » doit évidemment commencer par Noel Coward.

L’usage que fit Coward de cette expression comme titre de sa chanson de 1931 la porta à l’attention du public, bien que, comme nous allons le voir, ce ne soit pas lui qui l’ait inventée.

Une statue de Noel Coward, sur le site de son ancienne demeure et de son lieu d’inhumation en Jamaïque, le représente dans sa posture caractéristique et, comme il se doit, en plein soleil et sans chapeau (« which the Britishers won’t wear » [« ce que les Britanniques ne veulent pas porter »]).

Cette chanson est un chef-d’œuvre de rimes comiques et, à mon humble avis, la meilleure œuvre de Coward. Ce qui est d’autant plus impressionnant que, selon son biographe Sheridan Morley, Coward composa la chanson entièrement dans sa tête lors d’un trajet en voiture au Vietnam, « sans stylo, sans papier, ni piano ».

In tropical climes there are certain times of day When all the citizens retire To tear their clothes off and perspire. It’s one of those rules that the greatest fools obey, Because the sun is much too sultry And one must avoid its ultry-violet ray. The native grieve when the white men leave their huts, Because they’re obviously definitely nuts! Mad dogs and Englishmen Go out in the midday sun, The Japanese don’t care to. The Chinese wouldn’t dare to, Hindus and Argentines sleep firmly from twelve to one. But Englishmen detest a siesta. In the Philippines There are lovely screens To protect you from the glare. In the Malay States There are hats like plates Which the Britishers won’t wear. At twelve noon The natives swoon And no further work is done. But mad dogs and Englishmen Go out in the midday sun. It’s such a surprise for the Eastern eyes to see That though the English are effete, They’re quite impervious to heat, When the white man rides every native hides in glee, Because the simple creatures hope he Will impale his sola topi on a tree. It seems such a shame When the English claim The earth That they give rise to such hilarity and mirth. Mad dogs and Englishmen Go out in the midday sun. The toughest Burmese bandit Can never understand it. In Rangoon the heat of noon Is just what the natives shun. They put their Scotch or Rye down And lie down. In a jungle town Where the sun beats down To the rage of man and beast The English garb Of the English sahib Merely gets a bit more creased. In Bangkok At twelve o’clock They foam at the mouth and run, But mad dogs and Englishmen Go out in the midday sun. Mad dogs and Englishmen Go out in the midday sun. The smallest Malay rabbit Deplores this foolish habit. In Hong Kong They strike a gong And fire off a noonday gun To reprimand each inmate Who’s in late. In the mangrove swamps Where the python romps There is peace from twelve till two. Even caribous Lie around and snooze; For there’s nothing else to do. In Bengal To move at all Is seldom, if ever done. But mad dogs and Englishmen Go out in the midday Out in the midday Out in the midday Out in the midday Out in the midday Out in the midday Out in the midday sun.

[Traduction résumée : sous les climats tropicaux, à certaines heures, tous les habitants se retirent pour se dévêtir et transpirer, car le soleil est trop accablant. Les indigènes s’affligent de voir les Blancs quitter leurs huttes, les jugeant fous à lier. Les chiens fous et les Anglais sortent en plein soleil de midi, alors que Japonais, Chinois, Hindous et Argentins font tous la sieste. Aux Philippines on trouve des paravents contre l’éclat du soleil, dans les États malais des chapeaux larges que les Britanniques refusent de porter. Partout les indigènes s’arrêtent de travailler à midi, sauf les Anglais, à la fois source d’étonnement et d’hilarité pour les yeux d’Orient, tant ils semblent insensibles à la chaleur. Ni le plus redoutable bandit birman à Rangoun, ni les habitants de Bangkok ou de Hong Kong, où l’on tire même un coup de canon de midi, ne comprennent cette manie. Dans les marais à mangroves comme au Bengale, tout le monde se repose de midi à deux heures, sauf les chiens fous et les Anglais, qui persistent à sortir en plein soleil de midi.]

L’idée que seuls les Anglais étaient assez fous pour sortir à midi dans les pays chauds remonte à l’époque des Grands Tours du XVIIIe siècle. Se protéger de la chaleur n’est guère un souci en Angleterre : l’apparition du soleil n’y est pas une raison de rentrer et de dormir, mais plutôt de se déshabiller et de bronzer. Aujourd’hui encore, certains vacanciers britanniques couleur homard sur la Costa del Sol mettent un point d’honneur à ne jamais admettre que le soleil pourrait être trop fort pour eux.

Parmi les voyageurs du Grand Tour figurait l’écrivain de l’époque géorgienne Charles Burney. En 1770, il rédigea le récit de voyage Music, Men and Manners in France and Italy, qui contient cette phrase :

He certainly over-heated himself at Venice by walking at a season when it is said that only Dogs and Englishmen are seen out of doors at noon, all else lie down in the middle of the day.

[Il s’est certainement échauffé à Venise en marchant à une saison où l’on dit que seuls les chiens et les Anglais se voient dehors à midi, tous les autres s’allongeant au milieu de la journée.]

Il est clair que l’idée résumée dans la chanson de Coward provient de textes antérieurs, et Burney en est probablement la source originale. Coward n’a peut-être pas repris l’idée directement de Burney, car on trouve d’autres exemples de cette notion imprimés au XIXe siècle. Par exemple, ce passage tiré de The Adventures of a Griffin on a Voyage of Discovery, de Harden S. Melville, 1867 :

They were bound to keep under cover during the midday hours, for it was said that none but mad dogs and Englishmen walked abroad then.

[Ils étaient contraints de rester à l’abri pendant les heures de midi, car on disait qu’il n’y avait que les chiens fous et les Anglais pour se promener dehors à cette heure-là.]