Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Harbinger of doom » ?
Aujourd’hui, on emploie « harbinger » au sens figuré, pour dire « précurseur, annonciateur ». Avec ce sens, presque tout peut être « harbingered », ce n’est pas exactement un mot d’usage quotidien, mais il est employé occasionnellement depuis le XVIIe siècle. On entend parfois parler de « harbingers of Spring » (précurseurs du printemps) ou de « harbingers of day » (précurseurs du jour), mais ce sont les « harbingers of doom » qui sont les plus fréquents dans la langue actuelle.
Le sens original de « harbinger » était bien plus précis et n’avait rien à voir avec ce qui précède. Au XIIe siècle, un « harbinger » était le tenancier d’une auberge. Le mot dérive de « harbourer », ou comme on l’écrivait alors, « herberer » ou « herberger », c’est à dire celui qui héberge des voyageurs pour la nuit. « Herberer » vient lui-même du mot français « auberge ». Les « ye herbergers » sont mentionnés (en tant que simples tenanciers d’auberges) dans le texte en anglais ancien The Lambeth Homilies, vers 1175.
Au XIIIe siècle, « harbinger » a évolué de son sens premier de tenancier d’auberge pour désigner un éclaireur envoyé en avant d’une armée ou d’une cour royale afin de réserver des logements pour la troupe qui suivait. C’est de là que vient le sens de « messager précurseur » que nous connaissons aujourd’hui. Geoffrey Chaucer fut le premier à consigner ce sens de « harbinger », dans The Man of Law’s Tale, vers 1386 :
The fame anon thurgh toun is born How Alla kyng shal comen on pilgrymage, By herbergeours that wenten hym biforn
[La nouvelle se répandit bientôt par toute la ville, que le roi Alla viendrait en pèlerinage, annoncée par les messagers qui le précédaient]
Il fallut encore plusieurs siècles avant qu’apparaisse l’usage figuré, lorsqu’on commença à parler de précurseurs d’autre chose que l’arrivée d’un roi ou d’invités. La première évocation de « doom », ou de « ruin » comme l’écrivait l’Edinburgh Advertiser, date de septembre 1772 :
“The spirit of migration [from Scotland] is the infant harbinger of devoted ruin.”
[L’esprit de migration (depuis l’Écosse) est le tout jeune précurseur d’une ruine vouée à s’accomplir]
Il est assez juste de retrouver cet usage précoce venant d’Écosse. Le personnage de Private Frazer, dans Dad’s Army, célèbre série de la BBC (au moins au Royaume-Uni), fut construit sur l’image d’un pessimisme perçu comme propre à ce peuple. John Laurie, qui interprétait le lugubre Frazer, incarnait l’archétype de l’Écossais de théâtre, et la réplique de la série « We’re all doomed, doomed I tell ye » (nous sommes tous perdus, perdus je vous dis) devint une sorte de formule fétiche pour lui.
Ces pessimistes « harbingers of doom » qui furent les premiers à décréter que « la fin du monde est proche » vivaient au XIXe siècle.
La citation la plus ancienne que j’aie trouvée de cette formule provient des Letters from the Aegean de James Emerson Tennent, 1829 :
“Achmet, our janissary, calculating from the decay of their empire and the daily fulfilment of the predictions of Mahomet with regard to the final resurrection, have come to a conclusion that the end of the world is nigh at hand.”
[Achmet, notre janissaire, en tirant ses calculs du déclin de leur empire et de l’accomplissement quotidien des prédictions de Mahomet concernant la résurrection finale, en est venu à la conclusion que la fin du monde est proche]