Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Guinea-pig » ?
On ne sait pas très bien pourquoi ce charmant petit animal de compagnie a hérité de ce nom. Ce ne sont pas des cochons, mais des cavias, et ils ne viennent pas de Guinée. Les mots « guinea » (Guinée) et « pig » (cochon) semblent tous deux provenir d’associations simples, mais erronées. Le nom « guinea pig » date du XVIIe siècle et sa première trace écrite (sous la forme « ginny-pig ») figure dans le manuel de médecine de William Harvey, Anatomical exercitations, concerning the generation of living creatures, paru en 1653.
La partie « guinea » du nom est particulièrement déroutante. Il s’agissait certainement d’une référence à un lieu plutôt qu’à l’idée que ces animaux coûtaient une guinée à l’achat : la pièce de monnaie appelée guinée n’a été frappée pour la première fois qu’en 1663, soit après la publication de Harvey. La Guinée se trouve en réalité en Afrique de l’Est, alors que ces petits rongeurs, dont le nom scientifique est Cavia Cobaya, viennent de la région andine d’Amérique du Sud. Il se pourrait que le nom vienne des « Guineamen », ces navires qui reliaient le Royaume-Uni à l’Afrique puis aux Amériques dans le cadre du commerce triangulaire des esclaves. Il se peut aussi qu’à l’époque, la distinction entre l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique du Sud n’était pas aussi nette qu’aujourd’hui, et que « guinea » signifiait simplement « quelque part très loin, de l’autre côté de la mer ».
Le mot « pig » est un peu plus facile à comprendre. Les cavias ressemblent tout de même vaguement à de minuscules cochons, ce qui a inspiré les savants qui leur ont donné leur nom latin : Cavia porcellus, porcellus signifiant « petit cochon ». Cela correspond à l’habitude de l’époque de qualifier de « cochons » toute petite créature à l’allure vaguement porcine. C’est ce que fait la traduction par George Gascoigne de Noble Arte Venerie, en 1575, à propos des bébés blaireaux :
“There are Foxes and theyr Cubbes, and Badgerdes and theyr Pigges.” [« Il y a les renards et leurs petits, et les blaireaux et leurs cochons. »]
Les mêmes associations approximatives ont sans doute joué lorsque l’animal fut appelé Spanish Coney dans une édition de 1710 de The British Apollo : Containing Two Thousand Answers to Curious Questions in Arts and Sciences :
“A Guinea Pig… in Johnston’s Natural History goes by the Name of a Spanish Coney.” [« Un guinea pig… dans l’Histoire naturelle de Johnston, porte le nom de lapin espagnol. »]
« Coney » était l’ancien mot désignant le lapin : au lieu d’un cochon venu de Guinée, on obtient donc un lapin venu d’Espagne.
La première utilisation du terme « guinea pig » pour désigner une personne n’avait pas encore le sens actuel de « sujet d’expérience », mais servait à nommer les jeunes aspirants inexpérimentés à bord des navires mentionnés plus haut, comme le rapporte The Adventures of a Kidnapped Orphan, en 1747 :
“He sent his nephew, at the age of fourteen, on a voyage as a Guinea-pig.” [« Il envoya son neveu, à l’âge de quatorze ans, en voyage comme guinea-pig. »]
Ce n’est qu’au XXe siècle que l’expression a pris sa signification actuelle. On en trouve une première allusion chez George Bernard Shaw, dans Quintessence of Ibsenism Now Completed, en 1913 :
“The… folly which sees in the child nothing more than the vivisector sees in a guinea pig: something to experiment on with a view to rearranging the world.” [« La… folie qui ne voit dans l’enfant rien de plus que ce que le vivisecteur voit dans un cochon d’Inde : quelque chose sur quoi expérimenter en vue de réorganiser le monde. »]
Shaw, végétarien convaincu et défenseur de la cause animale avant l’heure, faisait référence à l’usage des cochons d’Inde dans les expériences scientifiques, pratique déjà bien établie en 1913. Le célèbre chimiste français Antoine Lavoisier avait ainsi utilisé un cochon d’Inde lors d’une expérience sur la respiration en 1780.
La raison pour laquelle les cochons d’Inde ont été choisis comme sujets d’expérimentation reste incertaine. Ils ne coûtaient sans doute pas une guinée, mais étant importés de « Guinée », ils revenaient plus chers que les souris et les rats, qui ont depuis largement, et sans doute bien malgré eux, pris leur place.