Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « full to the gunwales » ?
« Gunwales » se prononce comme « gunnels » et s’écrit d’ailleurs souvent ainsi. Rien d’étonnant, puisque ce mot n’est plus guère utilisé au quotidien : à peu près tout ce que la plupart d’entre nous savons des gunwales, c’est qu’elles peuvent être « pleines » ou « bondées ». Il suffit de consulter n’importe quel moteur de recherche pour trouver de nombreux exemples de « full to the gunnels ». Pourtant, « gunnels » est bel et bien une orthographe fautive.
Une citation ancienne du mot apparaît dans Manners and Household Expenses of England, en 1466 :
Item, the same day my mastyr paid to Roger Fuller, for tymbre for colers [collars] of the maste, and gonne walles…
[Voici, ce même jour, mon maître a payé Roger Fuller pour le bois des colliers du mât, et des gonne walles…]
Cela suggère que les gunwales d’un navire étaient à l’origine ses « murs à canons » (gun walls). Ce n’est pourtant pas exact : une « wale » est une pièce de bois qui s’étend horizontalement le long du sommet des flancs d’un bateau.
Chaque fois que je m’aventure, en simple terrien, à définir des termes maritimes, je reçois inévitablement des messages de marins chevronnés m’expliquant que je me trompe. Par précaution, voici la définition des gunwales donnée par l’Oxford English Dictionary :
Gunwales: The upper edge of a ship’s side; in large vessels, the uppermost planking, which covers the timber-heads and reaches from the quarter-deck to the forecastle on either side; in small craft, a piece of timber extending round the top side of the hull.
[Gunwales : le bord supérieur du flanc d’un navire ; sur les grands vaisseaux, le dernier bordage, qui recouvre les têtes de membrures et s’étend du gaillard d’arrière au gaillard d’avant de chaque côté ; sur les petites embarcations, une pièce de bois qui fait le tour du sommet de la coque.]
Les expressions « full to the gunwales » ou « packed to the gunwales » désignaient d’abord, au sens littéral, des navires lourdement chargés. « Gunwales » remonte peut-être au XVe siècle, mais l’expression elle-même n’apparaît qu’au XIXe siècle, comme dans le périodique unitarien The Monthly Repository, en 1834 :
This is the Island of the Golden Fruit. Look, yonder they come! boats, one, two, three, five, a dozen! all laden up to the gunwales with the juicy balls.
[Voici l’île du fruit doré. Regardez, les voilà qui arrivent ! des bateaux, un, deux, trois, cinq, une dizaine ! tous chargés jusqu’aux gunwales de ces boules juteuses.]
L’usage non nautique de l’expression n’apparaît qu’au XXe siècle. On en trouve un emploi semi-figuré dans la publicité du film The Fleet’s In, en 1944 :
The Fleet’s In… and it’s loaded to the gunwales with the funniest, friskiest entertainment.
[The Fleet’s In… et c’est chargé jusqu’aux gunwales du divertissement le plus drôle et le plus pétillant qui soit.]
Un exemple d’usage véritablement figuré, c’est à dire situé à terre plutôt qu’à bord d’un navire, provient du New York Magazine de juin 1969 :
A popular East Side bar, packed to the gunwales with arch young bankers and panicky, pathetic, ersatz Now girls.
[Un bar prisé de l’East Side, bondé de jeunes banquiers prétentieux et de pseudo-filles branchées, aussi paniquées que pathétiques.]
Il semble que rien n’ait beaucoup changé dans le monde de la banque en quarante ans, et tout cela est bien loin des murs à canons.