Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Close your eyes and think of England » ?
Cette formule est consignée dans le journal intime de Lady Hillingdon, daté de 1912 :
“When I hear his steps outside my door I lie down on my bed, open my legs and think of England.” [« Quand j’entends ses pas devant ma porte, je m’allonge sur mon lit, j’écarte les jambes et je pense à l’Angleterre. »]
Cette citation est largement reprise dans divers ouvrages de référence, mais le document source n’est pas dans le domaine public et, faute de pouvoir le consulter, cette phrase doit être considérée comme spéculative. Si elle est authentique, on peut aussi supposer que la patience de cette bonne dame n’était pas mise à trop rude épreuve. Elle était mariée à Charles William Mills, deuxième baron Hillingdon, qui s’était retiré de la vie professionnelle active cinq ans avant cette entrée de journal, pour raisons de santé.
Cette idée qu’une expérience désagréable puisse être adoucie par le rêve du « pays vert et plaisant » a peut-être été inspirée par le poème In A Strange Land, publié anonymement, mais probablement par un expatrié nostalgique, dans le journal néo-zélandais The Evening Post, en février 1905 :
Oh, to lie awake at night and think of England, Out of reach and far away; Oh, to see her in the distance as a picture, And let your fancy play. [Oh, rester éveillée la nuit et penser à l’Angleterre, hors d’atteinte et si lointaine ; oh, la voir au loin comme un tableau, et laisser vagabonder son imagination.]
« Lie back and think of England », ou, comme on le dit plus souvent aujourd’hui, « Close your eyes and think of England », était employée dans deux contextes. D’abord, c’était, ou du moins des œuvres dramatiques ultérieures ont laissé entendre que c’était, un conseil donné par une mère à sa fille le soir de son mariage. L’éducation sexuelle laissait beaucoup à désirer au début du XXe siècle.
L’autre contexte est celui d’un conseil donné par une amie à une épouse sans amour. Le mariage constituait, dans l’Angleterre édouardienne, une voie vers la sécurité économique pour les femmes, et beaucoup ont dû considérer l’octroi de faveurs sexuelles comme un prix indésirable à payer pour cela.
L’expression est parfois attribuée à la reine Victoria. Elle possède en effet le ton moralisateur de nombreuses maximes victoriennes qui prônaient l’effort et la résignation, comme « Play up, play up and play the game » ou « If you can fill the unforgiving minute with sixty seconds’ worth of distance run… you’ll be a man, my son ». Rien ne prouve toutefois que la reine Victoria ait jamais prononcé cette phrase, et les indices circonstanciels vont entièrement dans le sens contraire : elle aimait profondément son époux, était une partenaire sexuelle enthousiaste, et le couple eut neuf enfants.
Ce à quoi pensent les dames d’autres pays pendant des rapports non désirés reste, quant à lui, non consigné.